La question des fournitures scolaires est au devant de l’actualité ces jours-ci. C »est ne l’oublions pas, l’époque de l’Aesculus hippocastanum .
Je me souviens, lorsque j’étais enfant, il y a quelques siècles, tout nous était fourni : cahiers, crayons, stylos…
Certes, pour avoir droit à renouveler son crayon, il fallait montrer au maitre que nous ne disposions plus que d’un très petit bout… Nous devions le rendre en échange au maître, avec la sourde question, mais qu’en faisait-il ?
Nos stylos à bille, que nous n’utilisions que pour le brouillon, étaient encore de mauvais serviteurs. Je sens encore sur mes doigts claquer l’élastique rouge qui serrait précieusement nos crayons de couleur et par dessus tout, « remember ! remember ! » le bonheur indicible : le droit accordé d’aller tailler ses crayons au gros taille crayon collectif à manivelle dont j’ai l’impression de ressentir encore la vibration si spéciale dans la main…
Pardon pour la séquence nostalgie ! Je vous ai passé l’ardoise, le chiffon, la petite éponge ronde dans sa boite translucide, le goût de la craie, le porte plume et l’encre violette, repère merveilleux sur mon majeur droit qui m’apprit ainsi à me latéraliser discrètement… la boite en plastique pour les crayons, les protège cahiers… bleu (cahier du jour), jaune (cahier de brouillon), vert (mais pourquoi donc ? la poésie). Je crois que le rouge c’était pour l’orthographe ou pour les contrôles ? Là, ma mémoire vacille… Il faudrait que je demande à mon maitre, monsieur Z …
Dans sa case, au garde à vous, chacun avait rangé strictement le même matériel et chacun en était responsable…
Vision égalitariste des choses, morne uniformité pour d’autres, mais sous nos blouses démocratiques il y avait ce qui n’était pas qu’un semblant d’unité. Nous étions tous fils de l’école républicaine, futurs pompiers-vétérinaires, aviateurs-journalistes, voire, agents secrets… cela est une autre affaire !
Ne nous leurrons pas, les cancres étaient au fond de la classe… d’abord parce qu’ils étaient beaucoup plus grands et je ne sais pas bien si une attention particulière leur était portée… J’entends encore le rire un peu bête de P. quand il était ennuyé parce qu’il ne comprenait pas grand chose… c’était un formidable copain pour la cour et il valait mieux être son ami…
Je divague, j’avoue, mais ce n’est pas encore l’école aujourd’hui !
Aujourd’hui justement, le commerce, même régulé par des initiatives institutionnelles, la Mode et ses effets, influencent fortement le contenu de la trousse.Lieu commun.
Les cahiers sont le plus souvent fournis par les municipalités. Pas toujours. Les livres, oui.
Cela ne devrait pas nous exonérer d’une réflexion approfondie, peut-être conjointe avec les familles, sur le type de fournitures, leur qualité, leur « cahier des charges » exigible, leur quantité aussi …
Côté support et cahiers, le souci de répondre aux exigences disciplinaires a souvent multiplié les objets… et alourdi les cartables.
Tellement fier de ses affaires, Mamadou n’aurait pas laissé une gomme dans sa case le soir, dès fois que…
Carnets, grands et petits formats, chemises, lutins… tout se trouve et souvent à profusion. Feuilles de couleurs, fiches Bristol, intercalaires, onglets, transparents…
Avec une inquiétude : un enfant de CP peut-il gérer jusqu’à treize supports ?
C’est un décompte que je peux faire pourtant assez souvent.
Le grand cahier, très encombrant sur la table, ne favorise pas toujours une bonne prise d’empan des petits.
La tendance aux cahiers de cycle se développe, mais elle engendre également des difficultés en termes de tenue ou de conservation des écrits.
Car le plaisir de recommencer un cahier, c’est l’espoir de le faire mieux, d’oublier une présentation maladroite ou des exercices ratés qui valurent le déshonneur…
Il me semble me souvenir que l’inspecteur général Jean Hébrard évoquait la pertinence et la place du cahier du jour où la date est l’élément structurant.
Et l’intérêt de revenir de temps à autre sur ce que l’on a écrit, avant…
J’aime les cahiers de roulement : enseignant j’en ai fait tenir tour à tour par les élèves, mémoire de référence de la classe… l’élève »de service » s’applique particulièrement…
La mise en page au formalisme bien français peut aussi être hautement structurante. Oui, elle est « normalisante » et peut sembler fastidieuse à certains… mais je crois qu’une mise en page pensée avec les élèves, c’est déjà une première cartographie de la pensée…
Sans formalisme excessif, ces outils et supports constituent un cadre qui devrait pouvoir être imaginé et évalué de bout en bout avec une progressivité dans le cycle.
Et je n’ai rien dit de la photocopie ou des fichiers… Mon combat de Don Quichotte…
Remplir les cases d’un fichier, c’est rarement faire des mathématiques… Ici aussi, le commerce nous a donné une illusion de confort. Un fichier c’est pourtant mauvais pour la pensée, trop uniforme dans sa progressivité pour bien apprendre, dangereux pour l’écriture et en prime fort mauvais pour l’environnement car c’est un produit non durable, pourtant rarement achevé au final… Un faux gain de temps.
Plus loin qu’une simple question économique, la problématique des fournitures et des cahiers reste une vraie question pédagogique. Elle interroge la place de la mise en forme, de la structuration de la pensée, les logiques de continuité, l’idée de référentiel et de recours envisagé à ceux-ci.
Le choix des cahiers repose enfinsur la question du respect des équilibres entre travaux de recherche, exercices et entrainements, leçons ou synthèses… Le volet évaluation peut très bien se trouver intégré dans la continuité des différents travaux.
Choix sensibles, souvent de la responsabilité du seul enseignant de la classe, il y aurait pourtant matière à un bon conseil des maîtres…