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la qualité du silence

Lundi 31 mars 2008

Vous entrez dans la classe et vous voyez les élèves au travail, dans une qualité de silence presque palpable qui les fédère, les encourage et les engage. Une classe où chacun pense individuellement mais toute ensemble orientée vers un même projet. Le maître ne se croit plus obligé d’étayer ou de commenter, aucun élève ne penserait venir rompre le pacte du silence, tant le bonheur est grand de pouvoir se concentrer et retrouver la pleine ampleur du temps confié à la pensée.

Bien précieux et rare, il peut pourtant se gagner très tôt, dès la maternelle. C’est un fruit unique,, que seule l’école peut donner, un luxe. C’est là que l’école est sanctuaire.

Il faudrait que chaque jour le maître veille à préserver et développer dans le travail intelligent, ce moment où la classe est ensemble en silence. Cette expérience relie le plaisir à l’effort.

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temps perdus…

Lundi 10 mars 2008

Dans la litanie du temps qui manque combien de maîtres ont-ils osé avec leurs directeurs examiner ces petits bouts de temps perdus chaque jour qui dans les embouteillages de l’escalier du matin, qui a remplir le questionnaire de la circulaire apportée en classe par la dame de service, qui a ramasser les cahiers de correspondance et à attendre que le petit Lucas retrouve le sien, qui a chercher la rallonge pour le projecteur ou …. ?

Un peu de chorégraphie orchestrerait facilement la montée en classe, parfois des maîtres présents juste avant la sonnerie délivrent dix à quinze minutes, un directeur avisé qui réunit les circulaires au chaud dans la salle des maîtres et ce sont cinq minutes de gagnées…

La feuille à coller déjà habilement pré-découpée, le petit cahier plutôt que le grand classeur et ses feuilles qui se perdent… des casiers rangés, des cahiers mis en page avec une charte graphique claire, chaque jour je vous gagne trente à quarante minutes par classe… soit deux heures faciles par semaine…

Singulièrement pas la course, mais du temps utile, avec des rendez-vous à l’horloge, une dynamique du temps pensé : rien ne sert de s’éterniser si ça bloque ici, ailleurs se donner cinq minutes pour conclure gagnera sur la suite…

Si à l’impossible nul n’est tenu, un peu d’ergonomie nous aide souvent…


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espace d’autorité

Jeudi 6 mars 2008

L’autorité ne se réduit pas à la discipline.

Un maître qui enseigne avec autorité s’inscrit d’abord dans l’Institution avec la double exigence : il porte le savoir, il le diffuse avec éthique.

Un maître qui fait autorité agit dans un espace symbolique. Cet espace se construit dans la classe, elle même inscrite dans l’école, elle même inscrite dans la Cité.

Au nom de la démocratie le maître enseigne. Sans emphase, mais avec résolution : il doit s’en convaincre. Il va servir l’égalité des chances et l’inclusion parce qu’il affirme l’éducabilité et la dignité individuelle comme principes intangibles.

Il encadre. Il dresse un mur protecteur entre la Cité et les élèves qui sont là pour apprendre et essayer sans risque.
Le maître leur garantit ce droit . Les explorations du Monde seront toujours accompagnées, protégées, choisies. L’école n’est pas le Monde, elle est un jardin dans le Monde.
Pour l’élève, futur citoyen, encore enfant, il faudra rendre compte plus tard, mais d’abord, le maître pose le principe du droit à l’acculturation. Il s’engage à dire le savoir, à le dire dans l’école… Il ne viendra pas heurter les consciences, mais il s’affirme dans la rationalité quitte à déstabiliser les croyances. L’école permet les questions. Elle autorise l’élève à questionner sans avoir à rendre compte de ses propres croyances et cette première liberté que donne le maître fonde pour part son autorité.

Il responsabilise l’élève en lui donnant avec l’âge et les degrés du savoir, un peu de ce pouvoir sur lui-même en allant lever les implicites, les secrets.
Le maître donne le droit d’aller questionner le Monde, il explique, il dit ce que la famille n’a pas su, pas pu, pas osé dire.
Il ose la rationalité, l’esthétique de la mise en ordre des idées, l’élucidation…

Instruit, détenteur de la liberté pédagogique, le maître décide mais ne conserve pas ces implicites par devers lui.

Il lui faut transmettre ce qu’il sait. Il fait du citoyen républicain. Il donne du savoir non pas pour accéder simplement plus tard à des rôles économiques, mais pour aider à choisir.

L’autorité du maître est distance et engagement, elle s’incarne dans sa professionnalité.

Tout devra s’apprendre : même la coopération, le travail en commun, le partage des idées.

Alors le maître doit oser se situer lui-même dans l’Institution , acteur, professionnel, cadre… Il ne doit pas consommer sa propre Institution, il doit entrer en réseau actif avec ses différents acteurs. Chacun apportant sa pierre.

L’autorité se construit aussi par cette capacité à occuper pleinement la légitimité de son espace professionnel intérieur, extérieur.
On pourrait penser qu’il y a grandiloquence à évoquer tout cela, pourtant l’autorité ne se fonde pas sur une attitude, une façon de gérer son groupe… elle se fonde d’abord sur des valeurs et des convictions intériorisées et assumées.


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la culture scolaire

Mercredi 27 février 2008

Ne feignons-nous pas souvent d’ignorer que pour l’élève et plus encore celui des milieux défavorisés, la culture scolaire est une culture étrangère ?
La langue de l’école est une langue particulière . Ce n’est pas seulement le français parlé ou écrit de tous les jours.
Dès l’école maternelle, l’élève de petite section doit entendre cette langue de la maîtresse, modèle nouveau pour lui qui se situe déjà entre le “français parlé” et le “français écrit”.

C’est une langue nouvelle avec ses rites, règles et exigences qui sont autant de mystères étranges à décrypter.

Rien ne va de soi et si le terme “métier d’élève” peut sembler renvoyer à un rôle social accroché prématurément au monde du travail, il nous dit qu’il faut enseigner ce passage de l’enfant à l’élève.

Nous travaillons peu sur cet écart, sur le sens que peut avoir pour un enfant le fait d’être à l’école. Nous apprenons peu l’école à nos élèves.

Les maîtres d’aujourd’hui ont souvent vécu des études longues et leurs parents s’inscrivaient déjà dans cette logique d’une culture scolaire fondée sur un long parcours…
L’instituteur d’antan, celui de Jules Ferry, quand il avait acquis un peu de qualification, faisait partie de cette élite républicaine qui avait pu réussir le cep, préparer le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs en troisième… Il savait par proximité ce que vivaient ses élèves au quotidien, le poids des croyances, les conflits entre langues…

Mais l’école primaire et l’école secondaire allaient chacune leur chemin séparés, les études courtes ou le manque de qualification n’obéraient pas forcément la possibilité de trouver un emploi… même si s’émanciper de sa condition restait hautement difficile…

Il ne s’agit pas de s’inscrire dans une nostalgie, mais de penser l’école dans cette logique de nécessaire explicitation, de mise en place de repères, de structuration et de sens… Il s’agit pour le maître d’aider l’élève à comprendre le sens de la tâche la plus “technique”, celle qu’injustement on pourrait considérer de “bas niveau”.
Mémoriser, stabiliser, systématiser, ne s’opposent aucunement à l’investigation, au questionnement, à l’observation réfléchie de la langue pour prendre un terme aujourd’hui abandonné de nos programmes.

C’est une réflexion forte à mener qui interroge nos pratiques, notre représentation même de l’école primaire…


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débat scientifique

Mercredi 20 février 2008

Réunis dans la salle de classe autour de simples images, des élèves de sept ans sollicités pour les classer entre “vivant et non vivant”, se sont posés de hautes questions à la fois scientifiques et philosophiques.

Ces débats font un peu peur au maître qui n’est pas certain de tout maîtriser et des adultes soumis aux mêmes questions débattraient également : et les virus, vivant ou non vivant ?

Mais questionner, argumenter, secouer ses représentations initiales (”l’étoile de mer se déplace ! je l’ai vu dans un dessin animé”), c’est commencer à chercher de la rationalité, réfléchir ensemble “sur”…

Il faut des critères, des arguments, des contre-arguments… Le maître dans la classe ne donne pas alors son opinion et ne tranchera pas sans lui même s’appuyer sur des preuves, mais il invitera chacun à chercher, confronter, s’expliquer. Il aidera la pensée à s’organiser.

Ce sont là des moments forts que seule l’école peut apporter.


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