l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

La mémorisation est peut-être la musculation du cerveau. Elle donne aussi la possibilité de mettre en réserve ces ressources dans lesquelles il y aura bonheur à puiser… non pas pour briller en société mais lorsqu’il faudra pouvoir faire écho et relier les éléments face à de nouvelles découvertes…

Avec le « ça me rappelle … » « c’est comme… »la mémoire aide à différencier et relier, à interpréter… « je me souviens que.. ça ne peut pas être… ».

Enigme d’un cerveau probablement sous exploité, le travail de la mémoire n’est pas forcément la répétition dépourvue de sens. Pour bien mémoriser à l’école il faut élucider, accompagner de métaphores visuelles, auditives ou mentales, mettre en scène la pensée… Hiérarchiser, associer, classer… le travail de la mémoire  doit être un travail intelligent.

Reconnaître, se rappeler, pouvoir laisser aussi « le pilotage automatique » faire à sa place…

Pour cela, l’école doit oser structurer, entraîner… en séquences brèves et collectives ou face à l’ordinateur, en utilisant des référents et des repères très balisés… en laissant les élèves dire comment ils mémorisent…

La perméabilité de la mémoire enfantine, ou plutôt son élasticité devrait très tôt se trouvée valorisée. Il suffit de voir à l’école maternelle la vitesse à laquelle les comptines sont engrangées…

Les adultes à leur tour pour mieux comprendre, pourraient se confronter à la question en travaillant cette mémorisation pour eux-mêmes à l’instar de la marche à pied…

Nous entendons parler des « 15% », ces élèves en échec et nous voyons souvent ce chiffre accablant renvoyé ou instrumentalisé dans des débats divers.
D’élèves ayant des difficultés aux élèves « en difficulté », nous désignons sous des vocables mal définis ces « élèves à besoins éducatifs particuliers » aux réalités et destins divers.

Sans moraline ni culpabilisation des uns ou des autres, il serait utile aux maîtres que leur formation initiale ou continue leur permette d’approcher par la rencontre in situ ce que sont devenus ces jeunes sortis du système éducatif, afin de mesurer mieux qui ils sont et en quoi leur parcours est difficile.

Outre le fait qu’il faudra bien leur inventer « une deuxième chance », il est probable que nous ayons beaucoup à apprendre de ce que ces jeunes auraient à nous dire.

Il nous faut sans fatalisme des points de vigilance et rechercher des stratégies concertées d’aide.
Il nous faut bien penser aussi, qu’aider les plus en difficulté, ce sera aider tous les autres « le bon, le moyen, le passable » comme disait le poète.
Sans exclure jamais les démarches fondées sur le questionnement et l’intelligence, sans opposer code et sens, sans simplifier jusqu’à dénaturer mais en posant les jalons, en explicitant, élucidant avec nos élèves, nous devons oser nous centrer sur l’essentiel et désigner nos urgences.

Sans panique, mais avec détermination.

L’enfant qui bute sur la difficulté, cet enfant souvent pudiquement nommé « élève à besoins éducatifs particuliers », ce n’est pas un enfant « qui ne comprend pas ». C’est un enfant qui « ne comprend pas comme ça ».

Et l’obstacle sur lequel il bute parfois avec violence, c’est souvent l’implicite sur lequel nous sommes passés, mine de rien, nous laissant illusionner par d’autres élèves qui parlent mieux mais n’ont pas forcément « le concept »…

Le rapport au savoir est la vraie question des enseignants aujourd’hui avec en écho celle de l’étayage : il ne faut pas ôter les obstacles, il faut les décrypter, les faire parler, interpréter et donner à l’élève le courage d’essayer, la possibilité de reconnaître dans ce qu’il produit ce qui est première réussite.

Nous avons énormément à apprendre des élèves qui ne comprennent pas comme les autres. Il ne s’agit pas de répéter seulement, il faut expliciter – donner les références culturelles – et mettre en mots -faire du langage -.

L’un de nos enjeux forts à venir sera le traitement de la difficulté. Il ne s’agit pas seulement de faire des petits groupes et de « refaire à l’identique », il faudra aller regarder ce qui coince, soulever le capot… et même pour le maître le plus expérimenté, se poser humblement la question de ce que cache le plus petit savoir : cette règle que l’on énonce, cette  conjugaison que l’on récite, cette opération si simple… que cachent-elles d’enjeux, de problèmes et de questions pour nos élèves qui doivent dans un même mouvement apprendre et comprendre, essayer, reconnaître, refaire, mémoriser, stabiliser, transposer… mais toujours avec l’exigence du droit de comprendre ce que l’on est apprendre… ?

« Qu’est-ce que je fais dans la classe, chaque jour, sans me poser la question ni du pourquoi, ni du comment, ni du quand ? »
Chacun peut mener l’inventaire pour lui-même et venir interroger telle ou telle pratique, telle façon de faire et mesurer à la fois son utilité et son impact…
Des gestes quotidiens dans la classe peuvent ainsi se trouvés visités, réformés, transformés, évacués…
Ils sont comme autant de petits leviers de réflexion et d’action sur le quotidien pédagogique. L’innovation n’a pas toujours besoin de grands moyens pour faire évoluer nos représentations…

Resserrer sur l’essentiel sans assécher, s’inscrire dans la progressivité sans céder à une vision « étapiste » de l’enseignement, simplifier sans réduire, donner des repères sans enfermer la pensée…

Polyvalence et transversalité au service d’une démarche qui ne s’abandonne pas aux caprices des méthodes.

Ni attentisme, ni impatience : puisqu’il n’est pas deux élèves qui apprennent de la même façon, différencier dès l’amont pour ne pas se laisser dévorer par des remèdiations a posteriori. Préférer l’anticipation, la re –médiation, le détour, ne pas négliger l’explicitation, l’élucidation, la métacognition.

Lorsqu’il faudra aider, grouper en fonction des besoins, cibler, proposer une aide massée plutôt que du saupoudrage.

Placer les programmes en un attelage cohérent avec le socle commun des connaissances. Les penser dans la cohérence d’un enseignement de la maternelle à la troisième. Partager de l’expérience et du patrimoine entre tous les maîtres.

Evaluer loin des notes moyennes globalisantes : travailler par compétences dans une pédagogie fondée sur le repérage actif des premières réussites. La vigilance sans la dramatisation.
Dans un bon équilibre, conserver sa place à l’investigation, mais permettre la stabilisation puis les transferts.

Il sera difficile à terme de ne pas penser le découpage annuel du temps de l’année scolaire : ce que préfigurent peut-être déjà les stages. Point de résistance.

De l’assertivité pour travailler en professionnels, nous sera à tous, utile… indispensable !