l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Didacticien des sciences, pédagogue à la générosité lucide, Jean-Pierre Astolfi est décédé fin décembre.

Je ne peux que vous inviter à un retour utile vers ses publications qui ont marqué l’enseignement. Ces dernières années, il intervenait en particulier dans la formation des inspecteurs de l’éducation nationale.

Quelques liens :

http://www.touteduc.fr/index.php?sv=34&aid=1245

http://cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article6582

http://www.esen.education.fr/fr/ressources-par-type/conferences-en-ligne/detail-d-une-conference/?idRessource=818&cHash=58f44a6cc9

En guise d’étrennes,  découvrez ou retrouvez ce très joli blog : « Le Garde mots«  petit bijou d’Alain Horvilleur qui vous convie à une promenade savoureuse parmi les mots dans un dictionnaire subjectif enrichi deux fois par semaine…

De ce dictionnaire pour adultes, on imagine fort bien des versions transposées à tous les étages de l’école : car lexiques et dictionnaires y ont leur place. .. ou pour être précis devraient y trouver une place plus importante encore…Pas seulement au moment de la recherche ponctuelle d’une définition ou de l’apprentissage technique  aux allures souvent tristes et stériles…

Répertoires et carnets de découvertes, les collections de mots ou leur association en soleils de pensée devraient se multiplier, se partager… sans craindre d’enrichir plus que nous ne le faisons le dictionnaire de chacun.

Ces objets précieux peuvent à la fois alimenter le jardin secret de l’enfant  – individualité et estime de soi à connaître et maîtriser des mots neufs -et favoriser la rencontre, le dialogue, une solidarité, des vrais petits bonheurs à jouer et penser ensemble le Monde avec des mots.

C’est une jubilation pour l’enfant que de s’emparer de mots nouveaux. Une conquête. Un petit bois pour le feu de sa pensée, de son enthousiasme et de sa créativité…

La frilosité à donner des mots à nos élèves étonne.

Peut-être la crainte inconsciente et persistante que donner des mots favorise l’émancipation et l’autonomie, et par là, ferait risquer de questionner l’ordre établi ?  (« tu es trop petit pour comprendre » peut on entendre encore…) … le maître ne cède souvent son savoir qu’avec parcimonie oubliant par là qu‘un bon maître n’est pas celui qui en sait plus que ses élèves mais celui qui accepte d’avance être bientôt dépassé par ses élèves.

Donnez des mots et souvent et des mots  nouveaux et des compliqués, des mots savants et nuancés, des mots brefs ou merveilleusement longs, des mots qui invitent à lire, chercher, enquêter, puiser, relier

Rien n’est plus important et plus démocratique, rien n’est moins cher et proposer ces travaux sur les mots ne contraint pas à de lourdes dépenses mais peut s’insérer dans le quotidien de la classe… dans la continuité de la petite section au baccalauréat…

Voilà, j’ai trouvé mon voeu pour l’année nouvelle !

Si j’en crois le compteur de visites , le site a passé le cap des 100 000 visiteurs ces jours derniers…

Merci à toutes et tous.

L’occasion de vous présenter mes meilleurs voeux pour 2010 !

On s’étonnera que ce blog s’intéresse soudainement aux documentaires animaliers, pourtant, c’est à l’occasion de ces vacances, en regardant quelques documentaires animaliers que plusieurs constats confirment la prudence nécessaire vis à vis de ces films que l’on pense anodins.

France 5 notamment, chaine qui a plutôt bonne réputation, diffuse volontiers de tels documentaires. Quoi de plus rassurant pour les parents que de laisser leurs enfants devant de tels programmes ?

Les images sont belles et l’amour de la nature, la nécessité de la préserver, nous rendent enclins à favoriser la diffusion et la promotion de ces films qu’on préfère à nombre de feuilletons niais.

Et pourtant, à bien les regarder, ou plutôt les écouter, ils présentent deux défauts majeurs singulièrement liés :

  • ils développent un anthropomorphisme marqué. Dans un premier temps celui-ci peut permettre de susciter l’adhésion du jeune public, mais il a pour défaut majeur de prêter aux animaux des sentiments, des intentions qu’il reste difficile de leur attribuer : un animal choisit-il sa vie ?
  • ils favorisent des stéréotypes relatifs au rôle des sexes en leur conférant des vertus supérieures puisqu’issues des « lois de la nature » : instinct maternel, suprématie du mâle… Ce matin, un documentaire évoquait le rôle du lion en l’associant à des vertus « viriles » de force et de courage renvoyant la lionne au maternage. Pas de vérité scientifique ici et surtout, un commentaire vu du point de vue du jeune lion lui prêtant des sentiments bien humains… qui renforcent l’ambiguïté.

Alors que faire ? Couper le son ? Car, comme le rappelle Frederique Calcagno Tristant, le documentaire animalier donne une place prédominante au son comme s’il fallait éviter de « regarder » vraiment les images.

En classe, on pourrait attirer l’attention des élèves sur le « qui parle ? » et jouer d’ailleurs à refaire pour part le commentaire en revenant à ce qu’apporte l’observation et ce qu’elle dit et surtout ce qu’elle ne dit pas . On pourrait ainsi travailler sur le décalage entre l’image montrée et ce qu’on en dit y compris en montrant que de telles images décontextualisées peuvent prêter à de nombreuses interprétations.

Où sommes-nous ? Quand ces images ont-elles été filmées et sur quelle durée ? Une recherche peut montrer le flou qui règne souvent sur les éléments de contexte et le cadre scientifique de construction de ces images.

Au delà, la leçon de sciences en classe, doit  faire place à plus d’exigence dès lors que l’on évoque le comportement des animaux. C’est souvent que des commentaires sont émis par les élèves ou les maîtres prêtant des intentions aux animaux voire aux organes… qui nous montrent que la téléologie raillée par Voltaire n’est jamais loin … Laissons parler Pangloss pour finir : « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être  autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est  nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que  les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi  avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement  constituées pour être chaussées, et nous avons des  chausses. – Voltaire, Candide, Chap. 1 »

Nous avons historiquement conféré différents statuts aux évaluations menées dans les classes : prédictive, diagnostique, formative, sommative, certificative…

Pour être honnête, dans notre modèle sélectif à la française, c’est surtout l’étiquetage ou le constat qui prévalent avec au mieux la « remédiation » qui vient a posteriori tenter de réparer un manque.

Avec l’arrivée su socle commun et la réaffirmation de la notion de compétence, on voudrait  glisser vers un modèle d’évaluation authentique  c’est-à-dire une vision intégrant la complexité du croisement de capacités, connaissances et attitudes…

Grosso modo, on pourra considérer qu’une compétence est acquise soit parce que l’élève aura produit un objet qui témoigne de ses aptitudes, soit qu’il aura su décrire une procédure avec suffisamment de clarté cognitive, soit qu’il aura su répondre clairement à l’oral ou à l’écrit à une interrogation directe de l’enseignant.

Mais nous mesurons vite le conflit qui peut exister entre l’évaluation de contenus et la capacité de transférer des connaissances. Il existe une tension entre l’idée de standard et la performance attendue à un moment donné. Une tension entre théorie et pratique, entre concept et expérience.

L’élaboration de critères renvoie rapidement aux limites de la subjectivité de l’évaluateur ou de l’épreuve.

Problème  sans fin ?

Le discours de l’institution aujourd’hui vis-à-vis des évaluations nationales instaurées en CM2 et en CE1 est intéressant. Il est question non pas de faire du diagnostic ou de proposer un examen, mais de « poser un écart » entre ce que l’élève sait produire à un instant T et ce qui est attendu à ce moment là de sa scolarité par l’Institution (les programmes et plus précisément les repères des programmes). Mais il ne faudrait pas se limiter au seul constat : pour le maître, il s’agit de proposer une stratégie.

Ce qui compte c’est donc l’action qui peut porter à la fois sur les modalités d’apprentissage, les stratégies, mais aussi sur les décisions des conseils des maîtres en matière de programmations . Celles-ci sont souvent de simples répartitions qui ne pensent pas la progressivité et surtout négligent la construction spiralaire  des connaissances…

L’idée est également de rechercher une lecture fine de ce que l’élève a produit en le faisant parler et en l’associant activement à son évaluation. C’est le travail du maître à côté de l’apprenant.

L’aide personnalisée peut être l’un des l

ieux propices à ce travail rapproché entre le maître et l’élève.

On le sait, les évaluations nationales, avaient été l’objet de lectures souvent négatives l’an dernier.  Elles méritent certainement un sort meilleur… mais de nombreux conservatismes vont être chatouillés.

La prochaine étape pourra t elle être franchie ? Interdire les notes et aider les enseignants à analyser les résultats des élèves ?   Le débat est ouvert