l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Personne n’échappe au syndrome de la tête à claques. Dans une assemblée, parmi un groupe d’élèves, face à un collègue, un parent… voilà que notre boussole intérieure désigne à notre irrésistible agacement une personne dont, là le discours péremptoire, ici l’attitude suffisante ou une vision étriquée nous font monter la moutarde au nez.

Vous sentez bien que vous avez raison mais vous voyez devant vous cette logique insensible à vos arguments, qui ne voit pas votre Monde.

Difficile de savoir faire preuve de relativisme et plus encore d’assertivité, de construire même en milieu professionnel une démarche constructive et partager sans renoncer à l’essentiel.

Difficile de ne pas se dire que l’on pourra facilement devenir la tête à claques de l’autre.

Comment s’en sortir lorsqu’on est professeur face au parent fermé (l’inverse n’est évidemment pas exclu !) ?

Ou face à ce collègue et ses vérités lapidaires criantes d’injustice ?

Self contrôle, distance.
Inviter à la reformulation. Reformuler soi même.

Vous pensez que. Dites moi si je redis bien ce que vous exprimez.
Interpréter.
Plus loin que la reformulation c’est aider l’autre à dire pourquoi il s’exprime ainsi.

Vous dites que…parce qu’à la suite de, il vous apparaît que…

Mais ensuite professionnaliser.
Vous exigez que, mais l’Institution… les textes… nous demandent de.

Il y a là un écart.

Entre cette exigence et votre volonté, un réglage à construire. Peut-être d’ailleurs votre intervention va-t-elle permettre de réguler…  et vous avez bien fait de venir.

Peut-être faut-il poser un désaccord dans ce triangle relationnel entre vous, moi et l’exigence institutionnelle qui pose le cadre et s’appuie sur des textes, une exigence démocratique, une règle extérieure à notre conflit.

Délimiter.

Toute résolution n’est pas possible…

Puis dans son intimité essayer de comprendre ce qui fait la tête à claques et surtout se redonner dans l’entre-soi des règles pour ne pas céder à la tentation de monter en épingle, de céder à la provocation. Sortir du champ magnétique de la provocation.

Et lisser son éthique avec calme et recul…. essayer !

Les enseignants disent souvent souffrir d’incompréhension. La Presse, les parents, leur hiérarchie, ne les comprendraient pas et ne parviendraient pas à décrire la réalité de leur quotidien.
Un malaise est né dès lors qu’avec le récent concept d’échec scolaire et la recherche de ses causes, ils se sentent désignés dans  leur responsabilité propre, leurs méthodes.

Dans ce système complexe et hautement interactif d’un Monde à la fois en évolution rapide et super-médiatisé, il est difficile d’avancer si nous ne regardons les faits qu’avec la loupe grossissante. C’est un peu ce que les médias nous proposent.

Regarder le Monde avec une loupe c’est en ignorer le contexte, c’est avoir une vision déformée du problème… mais cela ne veut pas dire que le problème n’existe pas.

Chaque acteur peut-être animé d’intentions : qu’elles soient nobles ou pas, il ne suffit pas de rejeter le point de vue de l’autre…

Si l’autre pense sur ce mode, qu’elle peut en être la cause ? Et que nous donnent à lire nos propres réactions sur notre fonctionnement, notre façon de penser notre rôle et notre action ?

Quelle est la part de « croyances » dans nos réactions ?

Si l’école d’aujourd’hui est mal perçue – et il faudrait relativiser -, qu’a-t-elle donné à voir d’elle même ?
L’école ne doit pas seulement être professionnelle, elle doit être pédagogue sur ses façons de faire, surtout si ces façons de faire innovent avec un passé ou une tradition supposée.

Lorsque l’écart est trop grand ce n’est plus audible : comme en littérature ou en musique, nous voulons en revenir à des formes plus classiques, plus rassurantes, qui semblent « aller de soi« …

L’une des grandes difficultés de l’innovation pédagogique, est de pouvoir mesurer les effets bénéfiques de son action.
L’innovation ne peut fonctionner sans souci précis d’une évaluation au plus près, de pratiques réflexives… Sans compter que la terre ne s’arrête jamais de tourner et que l’innovation d’aujourd’hui doit savoir qu’elle sera obsolète dans cinq minutes, peut-être objet de dérives…

A nous d’être « professionnels », de faire preuve d’assertivité,

Nous savons aussi que ne pas innover, c’est prendre le risque de ne plus se poser de questions et de laisser par habitude une situation se dégrader.

Nous devons faire, expliquer ce que nous faisons, réajuster en permanence.

L’école doit apprendre à comprendre ce que le Monde dit d’elle, non pas pour se conformer ou céder aux cris mais pour mesurer l’écart entre ce qu’elle fait, ce qu’elle donne à voir et ce que le Monde en dit et intégrer qu’il faut bâtir de la professionnalité « à tous les étages ».

Dans le même temps, l’école doit veiller à une construction apaisée de son évolution : publique, nationale, démocratique, elle doit être loyale avec les choix démocratiques. Ne rien enlever, ne pas rajouter… ou alors, comment mesurer l’impact de ces choix ou comment laisser croire au citoyen que son bulletin est respecté ?

Resserrer sur l’essentiel sans assécher, s’inscrire dans la progressivité sans céder à une vision « étapiste » de l’enseignement, simplifier sans réduire, donner des repères sans enfermer la pensée…

Polyvalence et transversalité au service d’une démarche qui ne s’abandonne pas aux caprices des méthodes.

Ni attentisme, ni impatience : puisqu’il n’est pas deux élèves qui apprennent de la même façon, différencier dès l’amont pour ne pas se laisser dévorer par des remèdiations a posteriori. Préférer l’anticipation, la re –médiation, le détour, ne pas négliger l’explicitation, l’élucidation, la métacognition.

Lorsqu’il faudra aider, grouper en fonction des besoins, cibler, proposer une aide massée plutôt que du saupoudrage.

Placer les programmes en un attelage cohérent avec le socle commun des connaissances. Les penser dans la cohérence d’un enseignement de la maternelle à la troisième. Partager de l’expérience et du patrimoine entre tous les maîtres.

Evaluer loin des notes moyennes globalisantes : travailler par compétences dans une pédagogie fondée sur le repérage actif des premières réussites. La vigilance sans la dramatisation.
Dans un bon équilibre, conserver sa place à l’investigation, mais permettre la stabilisation puis les transferts.

Il sera difficile à terme de ne pas penser le découpage annuel du temps de l’année scolaire : ce que préfigurent peut-être déjà les stages. Point de résistance.

De l’assertivité pour travailler en professionnels, nous sera à tous, utile… indispensable !