de la nuance avant toute chose…

Dimanche 8 juin 2008

Dès lors que nous connaissons un peu le sujet, il est rare de trouver dans les médias un traitement précis et nuancé des questions d’éducation.

L’école est un point hautement sensible sur lequel chacun a son opinion.

Le citoyen, le politique, le père ou la mère de famille, le professeur, le syndicaliste, le représentant de parent, l’élu local … autant de focales toutes légitimes…

Le débat est en démocratie hautement utile.

Mais s’il n’est pas certain que tout ce “qui est excessif soit insignifiant”, il vient un moment où des discours trop tranchés et opposés ne font que se nourrir l’un l’autre.

L’enseignant de l’école publique est un professionnel responsable. A ce titre, il a pu construire une expertise ou à tout le moins une expérience, un savoir faire…

De ce savoir, justifié dans la loi de 2005 par la “liberté pédagogique”, la tentation est grande de dépasser son action professionnelle en s’en désignant le prescripteur.

Le maître ne choisirait pas seulement comment enseigner, il choisirait ce qu’il est bon d’enseigner.

Pourtant  l’enseignant dit en général s’inscrire dans la logique de l’école publique et/ou républicaine.  Ne risque-t-il pas en quelque sorte de scier la branche sur laquelle il est assis, surtout s’il exige autre chose ou le contraire de ce que veut le citoyen ou le parlement élu ?

Le fonctionnaire “fonctionne”. Nulle vassalité ou indignité s’il croit en la démocratie.

Nous savons ce risque de voir  le citoyen qui n’a pas obtenu ce qu’il voulait par le vote, l’obtenir par d’autres moyens.
Nous savons  que le citoyen peut se tromper : l’Histoire l’a montré se trompant assez pour s’asservir et renoncer à la démocratie.

Ce que le citoyen a défait, seul le citoyen a pu le reconstruire… et le prix fut souvent douloureux.

Mais l’éthique alors ? Et le risque de capitulation de la morale ? S’inspirant peut-être de Weber, Frédérique Lerbet-Sereni nous dit :”En reliant éthique et responsabilité, le projet est de sortir l’éthique de sa possible tendance à une auto-référence stricte, qui pourrait légitimer un conflit infini de relativismes où chacun serait sourd et aveugle à l’autre, renvoyant indéfiniment et statiquement chacun dos-à-dos, ou trouvant son issue dans l’affrontement duel.
Ainsi, la responsabilité m’oblige à l’égard de l’autre, de cet autre dont j’ai accepté d’avoir la charge d’accompagnement, de façon incessible, permettant dès lors aux relativismes éventuellement opposés de se travailler”.

Nous ne pouvons avoir raison à la place de l’autre. Au final, c’est le bulletin de vote qui doit décider… mais auparavant, il nous faut peut-être aussi poser devant nous les objets du débat, mettre un peu de distance, regarder comment d’autres répondent aux mêmes problématiques, ne pas tout placer au même niveau, dialoguer… même si en apparence l’autre refuse de le faire ou engage mal la conversation…

Nous nous butons parfois sur des points qui peuvent être révélateurs d’une représentation, mais ne sont que des éléments de détail au regard des urgences ou des priorités.

Dans les débats sur l’école, il y a la difficulté d’aller construire le dialogue avec autrui, mais tout autant probablement la difficulté de venir négocier dans son intimité avec notre plus féroce adversaire : nous - mêmes.

Edgar Morin disait : “Quand on a l’obsession de réfuter une idée, c’est contre soi qu’on veut la réfuter. Si on ne répond pas aux vrais arguments d’autrui, et qu’on en cherche seulement les défauts superficiels, c’est qu’on sent ces arguments terriblement valables.Certes, je suis conscient du fait que la polémique, qui ferme l’esprit, peut aussi l’aiguiser. La polémique est un aspect du jeu dialectique « de la vérité ». Je ne propose pas la mort de la polémique. Je pose plutôt la nécessité de l’auto-polémique. Ne sommes-nous pas à nous-mêmes notre meilleur ennemi ? Oui, il faut une pensée toujours en lutte, aiguisée, hors du fourreau, mais contre l’ennemi intérieur ; il faut concevoir ce qu’il y a de juste dans une objection, en même temps qu’on fonce pour découvrir ce qu’il y a de faux.”(Le vif du sujet, p.58, Points/Seuil n°137)

Tout cela est hautement complexe. Il est facile de réagir au discours de l’autre et souvent dans les échanges sur l’école le débat porte sur des intentions prêtées à l’autre plutôt que sur des faits.

Dans un contexte marqué de plus par l’individualisme, chacun veut et ce n’est pas indigne, gagner sa part de reconnaissance. Le risque est permanent de sentir sa personne mise en cause et mettre un mouchoir sur sa fierté n’est jamais agréable.

« Chaque individu est le fils de son peuple à une certaine étape du développement de ce peuple. Personne ne peut sauter par-dessus l’esprit de son peuple, comme personne ne peut sauter par-dessus la terre », disait Hegel dans “La Raison dans l’histoire”.

Difficile exercice où la lucidité ne doit pas se laisser envahir de moraline, où il faudra construire des stratégies visant à relier, expliquer, comprendre, rassembler.

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mise en commun

Lundi 11 février 2008

Après un travail “en groupes” ou une recherche, les maîtres proposent souvent une phase de mise en commun.

Mais il est utile de penser celle-ci : distribution de la parole, construction collective de la synthèse, dictée à l’adulte, confrontation, explicitation, argumentation… il faut que le maître soit au clair avec les modalités de recueil de la parole de l’élève et des échanges.
Qui interroge-t-il ? pourquoi ? que fait-il des propositions des élèves ? que fait-il de la pensée de l’élève ?

La tentation est grande de choisir dans les propositions des élèves celles qui servent les conclusions attendues, “la bonne réponse”… mais alors, le risque est grand que reste mystérieux pour les élèves ce qui justifie son choix.
Le “contrat didactique” est alors trahi et les phases de recherche n’ont été qu’un exercice à vide.
Il est important de penser la mise en commun comme partie intégrante de la démarche et en faire un véritable moment de débat intellectuel.

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