l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Des collègues m’interrogeaient sur les derniers changements voulus par le plan pour l’école.
Ils sont significatifs, mais il me semble que le véritable virage de notre système éducatif a été marqué par la  loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » du 11 février 2005.
Cette loi pose que tout enfant « a droit » à l’école et que c’est au système de s’adapter en compensant si besoin afin de permettre à chacun l’accès à l’école.
Derrière ce texte fondateur, tout ce qui a trait à l’individualisation des parcours, à l’obligation de différencier l’enseignement nous montre que l’école ne peut plus proposer un schéma univoque confondant égalitarisme et égalité.

C’est parce que l’institution reconnait qu’il n’y a plus un seul chemin pour apprendre, qu’elle a donné par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, la responsabilité pédagogique. Cette responsabilité engage le professionnel à choisir la « bonne méthode », à en changer si besoin… car une méthode n’est bonne qu’en fonction des effets qu’elle produit et des progrès qu’elle favorise.

Mais l’école, si elle individualise, reste un lieu collectif où il s’agit d’apprendre aussi à rencontrer l’autre, de se former à la citoyenneté et qui s’inscrit  dans le postulat qu’on n’apprend jamais bien seul, même seul avec un professeur, mais que la voie des apprentissages par interactions avec des pairs est une voie hautement formatrice.

Un point de tension existe probablement dans ce dialogue à construire entre des temps partagés, collectifs, des moments en plus petits groupes voire très individualisés.

En arrière plan se pose la question de la difficulté scolaire.

Il est normal de rencontrer des difficultés dans l’apprentissage. En revanche nous confondons souvent l’élève ayant « des difficultés » avec celui « en difficulté ».

Des difficultés passagères peuvent être traitées dans l’apprentissage en classe. Lorsqu’elles sont plus structurelles par une aide ou le détour pédagogique, y compris en dehors du grand groupe… viennent ensuite des dispositifs encore mal explorés comme les PPRE qui peuvent intégrer divers moyens et acteurs dont la famille et le RASED… lequel peut intervenir dans la classe ou hors de la classe, plutôt auprès d’élèves « en difficulté »…
On le voit bien,nous ne pouvons pas figer nos modèles et nos représentations si nous voulons être attentifs aux besoins réels de l’élève.

Nous avons l’obligation de vigilance active, de réactivité face à la difficulté en la détectant tôt.

Éducabilité de tous, relation aux savoirs, valeurs…
L’Estime de soi et son développement ont pour la première fois fait leur apparition dans nos textes institutionnels.
Cela veut dire aussi sans démagogie, faire évoluer nos pratiques vers une pédagogie de la réussite, de l’assurance, de la réassurance… qui n’est en aucun cas une pédagogie d’un étayage « carcan » et dévoreur d’autonomie, pas plus qu’un enseignement démagogique qui nierait l’effort.

L’effort est déprimant s’il ne donne jamais rien. Mais nous le rechercherons dans une belle dynamique, une émulation d’autant plus réjouissante que la compétition se construira avec soi même, dans ces petits défis que l’on se donne et qui construisent un projet personnel d’apprentissage au long de la vie.

Il est de bon ton de chercher des coupables, d’être pessimiste, de cultiver une forme d’agressivité… L’incertitude, la déstabilisation, les inquiétudes d’un siècle soumis à des mutations imprévisibles, tout cela peut nous inciter à nous réfugier dans notre coquille… C’est souvent une posture qui protège du risque d’avoir à endosser la responsabilité des éventuelles erreurs… Pourtant, il semble autrement plus exaltant d’aller repérer les leviers du changement, de stimuler son imagination, de chercher de nouvelles solutions en ne se trompant pas d’orgueil.

Plus j’aurai peur du changement, plus il sera cruel avec moi. Exactement comme l’équilibriste qui doit traverser son fil.

Cette formule citée par Perrenoud dans son ouvrage « Pédagogie différenciée » (ESF) est une reprise du point de vue de Meirieu pour qui respecter les différences c’est prendre le risque d’y enfermer la personne.

« Je tiens compte des différences »ajoute Meirieu, « c’est à dire que je prends en compte le niveau où il (l’élève) est mais je vais l’aider à progresser ».

Transmettre avant tout et sans équivoque. Différencier pour aider l’élève à questionner le Monde. Différencier parce que chaque pensée chemine selon sa voie propre.
Mais relier … les connaissances entre elles. Relier c’est à dire, non pas favoriser simplement le « vivre ensemble » dans le registre de l’aimable convivialité… mais démontrer que penser à plusieurs aide à penser mieux, que travailler ensemble si l’on sait pourquoi peut démultiplier les forces… relier pour aider à reconnaître dans un savoir ce qui vient d’un autre, ce qui se transpose, se transfère.
La phrase se questionne comme le cocon en sciences. Le problème mathématique raconte une histoire.

Voici le maître témoin et historien. Il dit aux élèves ce que les hommes ont apporté aux hommes. Ces reconstructions inlassables après ces échecs terribles. La résilience. Et la poésie, le chant. Et les oeuvres d’art et les inventions. Le savoir savoureux qui chaque jour avance et soudain nous fait regarder le Monde autrement. Ce Monde où tout interagit. Interrogations.

Il faut un maître qui ose en classe aimer le savoir et cherche dans la conjugaison la plus banale, dans la table de multiplication la plus austère ce qu’elle nous montre : là une régularité que l’on peut observer en entomologiste, ici une singularité qui questionne, pousse à chercher et vient se garder en mémoire plus facilement… Petits et grands phénomènes. Hypothèses.

Il faut soulever les cailloux, démonter les objets, classer, réfléchir, comparer, reconnaître, ranger, chercher, bricoler, inventer, essayer… tout mettre en intelligence, stimuler, enrichir, partager … essayer, essayer encore, oser… voir si c’est pareil, si « ça marche à chaque fois », refaire, refaire pour se rassurer, s’assurer, stabiliser…
Il y a dans ces intelligences qui s’expriment et se frottent en classe la vraie jubilation du bonheur d’apprendre.
Maître, pour y aider, es-tu toujours assez curieux du Monde ?

Question piège ou bateau d’une amie sur « ce qu’il me semblait le plus important pour un maître »…

Je n’allais pas lui citer le cahier des charges de la formation des maîtres et les dix compétences… J’ai répondu : « transmettre, différencier, relier ».

Transmettre, parce qu’un enseignant doit oser mettre en partage ses connaissances.

Différencier parce qu’il faut aider l’élève à questionner le monde, classer, trier, identifier, chercher à construire de la pensée rationnelle. Histoire de devenir élève… Différencier parce que chaque élève n’avance pas du même pas vers la connaissance pas plus qu’il n’en a le même regard…

Relier parce que tout interagit et qu’il faut à la fois montrer ce qui relie l’homme et son Monde, les systèmes entre eux, la complexité et parce que le partage d’intelligences reste la chance de l’Humanité. Relier parce que vivre ensemble est difficile mais ce qui nous ressemble en nous doit nous rassembler plus que ce qui nous sépare…

L’école pour goûter à l’Universalité et revendiquer l’éducabilité de tous …

C’est un peu grandiloquent et pourtant c’est aussi là que le socle commun peut se retrouver (transmettre les connaissances, différencier les domaines et construire de la transversalité…) ou la polyvalence du maître capable d’aider l’élève à observer et classer les particularités de la langue comme il l’a fait la veille avec des catégories animales en sciences… ou bien parce qu’il lui permettra de comprendre la langue scolaire au travers des différentes disciplines… Un maître qui doit aimer apprendre autant qu’enseigner et qui doit aussi s’interroger sur le chemin et les obstacles que rencontre l’élève face au savoir…

Comme il doit savoir s’émerveiller de ces intelligences neuves que chaque rentrée scolaire conduit devant lui…

Et vous, qu’auriez-vous dit ?