l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Lorsque nous pensons la classe ne nous leurrons-nous pas dès lors que nous considérons un élève « moyen », un « standard » qui n’existe jamais ?

Nous concevons la classe en partant de cet élève idéalisé et c’est autour de lui que nous tentons d’ajuster ensuite en nous contentant souvent « d’un peu moins pour les uns » et « d’un peu plus pour les autres »… confondant au final  quantité et qualité comme si la classe était une usine de production d’exercices.

Mais ne faut-il pas changer de focale et de paradigme ?

C’est à dire, tout en connaissant le but à atteindre, en osant lui conserver toute son ambition, travailler d’abord pour l’élève qui rencontre le plus de difficultés.

Des repères à donner, des signaux clairs, que l’on ne confond pas avec de l’étapisme.

Des passages et des buts à atteindre mais l’acceptation que plusieurs chemins sont possibles.

Et puis, surtout, de la simplexitéla capacité à faire de la clarté cognitive, à présenter de manière simple quelque chose de parfois complexe. A ce titre, les représentations apportées par les cartes heuristiques apportent des façons de visualiser les problèmes, les noeuds et les liens et tout en conservant une apparente simplicité contribuent à faire du sens.

Il y a là des pistes à explorer, où l’explicitation des essais devient une démarche active.

Le maître ne nie pas savoir et ne cherche pas à tout faire reconstruire, mais il ne nie pas les interprétations du savoir de l’élève, il cherche à les débusquer, à élucider, soulever les pierres, relier, dire, nommer, pose la distance entre ce que l’élève a compris et la connaissance.

Aider le plus faible c’est le restituer dans sa dignité, celle qui au nom de l’éducabilité affirme que tous peuvent apprendre et accéder aux différents domaines.

L’école est bien là pour aider chacun à dépasser son monde : que le petit intello puisse taper le ballon, que le petit sportif puisse philosopher…

Aider le plus faible c’est le retrouver dans son intelligence et refaire le chemin. C’est pratiquer au quotidien cette solidarité active entre tous, parce que l’intelligence est la seule richesse qui ne se divise pas quand on la partage mais qui se multiplie.

On pourrait voir dans ces propos un credo naïf. Pour certains ils seront subversifs.

Aider le plus faible c’est donner l’occasion à tous de s’assurer qu’ils ont compris, conforter leurs savoirs. C’est visiter soi même avec humilité la moindre connaissance parce qu’il n’est pas de petit savoir.

La plus  petite égalité, le plus petit nombre contient la philosophie entière.

La moindre syllabe, la combinaison de lettres en son, porte une mécanique qui s’inscrit dans un système complexe et élaboré.

Il faudrait donc lorsque le maître pense sa classe, qu’il commence d’abord par se demander quel est le chemin à parcourir pour le plus faible de ses élèves. Et que l’on ne commence pas l’histoire au milieu… parce que souvent, si les plus débrouillés suivent, ils font aussi illusion avec quelques mots et un peu de savoir faire.

Il faut concevoir la classe en pensant aux plus faibles et pour le maître s’imposer cette ardente obligation d’interroger dans chaque notion, dans chaque exercice, dans la forme et le fond, dans la consigne ou le concept ce qui va bloquer, heurter, coincer et empêcher d’apprendre.

Obligation civique, sociale, morale et pédagogique : aider les plus faibles dans la classe, c’est garantir que l’on aidera chacun quand il en aura besoin. Car il est normal de rencontrer des difficultés pour apprendre. Car chacun possède en lui des éléments pour comprendre et avancer.

Nous avons parlé de la rentrée, les médias s’en sont donné à coeur joie, l’émotion légitime était partout…

Mais le deuxième jour c’est déjà celui qui confronte à la réalité des acteurs : le jour où tel élève semble moins attentif que prévu, où tel autre manifeste des difficultés … Où peut-être aussi la maitresse apparait moins gentille que la veille et l’ombre des premières contraintes assombrira les premiers sourires…

Retour en salle des maitres, confrontations, descente de nouvelles exigences peut-être ou de constats, demandes d’informations au « maitre d’avant » … et le risque de « parler sûr » sans étayer le propos…

Le deuxième jour, nous sommes un peu plus dans l’évaluation … il faut pouvoir affiner le regard, dépasser ses propres représentations d’un niveau supposé…

Il faut aussi assurer et rassurer le groupe classe en le motivant non par des lourds appareils pédagogiques ou des détours… mais en entrant dans le savoureux savoir…

Ne passons pas trop de temps à décrire ce que nous allons apprendre, enseignons-le !

Pas de séance philosophique sur « qu’est-ce que l’Histoire ?  » … sujet bien ambitieux au CE2, mais une belle leçon d’Histoire, riche en contenus…

Et l’emploi du temps rythmé, riche et divers …

Et la confiance réaffirmée : « il n’y a pas de mauvais élève, il n’y a que des élèves qui peuvent progresser »

Retrouver ses marques ou découvrir un espace, de nouveaux visages, accueillir, s’accueillir…

Comme les ordinateurs réclament leur mise à jour, il nous faut nous ré-approprier les textes, le contexte, l’actualité, découvrir « ce qui a changé » et « ceux qui ont changé » , alchimie toujours étonnante où mille informations se croisent avec en fond la projection vers l’année à construire …

A la rentrée, c’est souvent le moment où se tisseront liens, relations et habitudes qui permettront ou pas le travail en équipe.
Marquer son territoire est un réflexe légitime, dire ses compétences – non pour en faire une supériorité-  mais les proposer en partage est une coutume encore peu répandue…

Faire équipe, s’y affirmer sans s’opposer, chercher à faire vivre ces deux axiomes si souvent repris à s’en gausser dans certains lieux de formation : « cohérence » et « continuité ».

Cohérence et continuité, innovation, régulation, accueil et attention à la personne-élève dans son chemin d’élève.

Cet élève, qui malgré toutes les prédestinations, les fées bonnes ou mauvaises, cet élève qui peut apprendre, s’élever, échapper à son destin et le choisir grâce aussi à l’école : l’éducabilité.

Cette conviction indéfectible, moteur de notre action.

A l’heure où bien des familles se trouvent des excuses pour favoriser l’évasion des enfants avant la fin de l’année, à l’heure où un certain relâchement semble atteindre parfois même le bon élève soudain chatouillé par une ambiance « pré-vacancière »… Qui vient avec la plus grande régularité ? qui se rapproche ostensiblement du tableau ? Qui  » s’incruste » diraient même certains maîtres dépités et étonnés ?

Celui dont l’oeil brille trop, le chahuteur de service, celui qui n’a pas semblé tout au long de l’année témoigner d’un enthousiasme formidable pour la classe et encore moins fait d’effort. Celui dont l’oeil narquois, encore cet oeil, vous inquiétait par ses réparties. Celui dont vous pensiez qu’il n’aimait guère l’école et vous avec, incarnation de tout ce qui fait repoussoir au « cancre scrupuleux »…

Celui dont vous auriez pensé qu’à la moindre occasion il aurait pris le chemin des écoliers ou aurait préféré des escapades dans la poussière ensoleillée aux bancs de votre école … même engagée dans l’ultime répétition du spectacle ou dans des conseils ardents pour la sixième…

Il est là pourtant. Il ne vous quitte pas des yeux. Il est ultra-présent. Il est même capable de vous réclamer du travail et témoigne soudain d’un attachement pour la classe, pour l’école…

Et vous découvrez qu’il a peut être appris plus que prévu, qu’il en sait peut-être un peu plus long sur des sujets étonnants, qu’il a aimé votre leçon d’histoire et l’expérience en sciences et surtout qu’il n’a pas fini d’apprendre, qu’il veut bien apprendre et que le drame pour lui ce sont les vacances. Ce vide devant lui.

Apprendre l’inquiétait mais ne plus pouvoir le faire l’inquiète plus encore.

Il y a un peu moins d’élèves dans la classe, vous échangez avec lui et vous comprenez mieux que le masque provocateur ne faisait que cacher la mésestime de lui-même et la peur d’apprendre qui est à l’enfant du siècle bien plus forte que la peur du loup.

Alors qu’allez-vous faire de cette présence, de cette insistance ?

Il y a certainement des projets à imaginer pour lui, peut-être un interlocuteur à rencontrer, peut-être lui dire aussi ce que vous ressentez de cette capacité d’apprendre… Que voudrais-tu revoir et mieux comprendre avant de partir ? Et le stage cet été ne serait-il pas utile aussi ? Et l’an prochain comment commencer l’année ?

Et vous illustrerez concrètement le mot d’éducabilité…

« Vu à la télévision » comme ils disent : un morceau de reportage. Un centre fermé pour adolescentes en rupture ayant commis quelques bêtises. Filles de la violence. Ruptures. Chemins difficiles. Destins pour lesquels on serait tenté d’abandonner. Mais là bas… une enseignante qui enseigne avec patience et conforte l’estime de soi, dit à l’élève incrédule les qualités qu’elle lui reconnait malgré les doutes de celle-ci. Educabilité en action. Plus loin, une éducatrice qui sait écouter la douleur d’une gamine en manque de chez elle. Il faut tenir jusqu’au 14 juillet. Promesse de la conduire là bas ce jour là . Volonté de changement. Courage du projet. Engagement de ces femmes. Juste l’envie de les remercier et leur tirer mon chapeau !