l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Si l’on peut avoir de multiples réserves vis à vis des fichiers et des photocopies avec leur lot de cases à cocher ou de phrases à trous, ce n’est pas seulement parce que trop souvent ils contraignent la pensée par un seul chemin, c’est aussi parce qu’ils ne donnent pas assez de place à l’essai sur le papier, à l’écrit pour penser, réfléchir avant même « d’institutionnaliser » ou d’aboutir à la page parfaite…

Laisser les élèves écrire, c’est les laisser chercher sur la page du cahier de brouillon, c’est accepter que l’on barre, raye, conserve la trace du cheminement intellectuel… C’est aussi se dire que la gomme et le crayon à papier, qui semblent des outils intéressants conservent à l’erreur un statut négatif… Ecrire pour penser c’est accepter que le papier donne à voir du cheminement… et c’est dire qu’il n’y a rien de méprisable au contraire dans les traces laissées par la réflexion, la recherche…

Le droit de se tromper n’est pas un droit gratuit accordé par charité à l’élève avant qu’il ne doive se confronter au risque de l’évaluation sommative, c’est la preuve de l’effort et la reconnaissance d’une intelligence qui ne se trompe pas par hasard… L’erreur commise est bien le signe d’une représentation à un moment donné… A ce moment là, je croyais que… j’avais cette représentation du monde ou du problème, puis confronté à l’obstacle « résistant », j’ai trouvé un chemin de pensée, une porte de sortie…provisoire…

Nous confondons l’erreur et l’échec et le maitre guide souvent trop l’élève comme si se tromper était indigne et devait vite être effacé.

On fait du fichier comme si l’on produisait.

Ecrire c’est oser se risquer sur la page, pour soi, parfois pour d’autres… ce n’est pas si simple et mérite de vrais encouragements, de vrais moments…

On donne à l’élève un cahier de brouillon.

Entre le brouillon et le cahier du jour, le cahier d’essais, soumis à correction mais outil de recherche, ose un statut différent.

Mais il est amusant de dire « cahier de brouillon » comme si l’on convoquait le désordre sur la feuille.

Le désordre aurait-il des vertus nous qui passons notre temps à l’école à vouloir formaliser, codifier et obtenir des objets écrits « parfaits » ?

J’aime beaucoup ces blocs, ces carnets, ces petits formats, ces cahiers libres où l’élève  – et son maître parfois invité – note une idée, une phrase, gribouille un schéma, une formule, un dessin et laisse peut-être même le stylo aller à la rêverie graphique. Jeux entre l’espace, la pensée, le temps, l’ennui, l’inspiration…  Pense-bête ou support ponctuel, le brouillon est à la fois béquille, mise à jour, visualisation… liberté hautement personnelle.

Car il est bon et bien que l’élève redevenu enfant découvre cette liberté qu’il a de pouvoir écrire pour lui et pour les autres.

Même si cela concerne alors la sphère privée, l’école qui émancipe doit lui montrer qu’il peut gagner ce pouvoir. Ce pouvoir de grandir. Alors écrire est potentiellement subversif !

Du brouillon à l’essai, jusqu’aux formes les plus abouties, il est enrichissant pour l’élève de voir comment le professeur procède devant lui.

Comparer, voir l’effort sur le papier.

Nous manquons aujourd’hui des brouillons d’écrivains que le traitement informatique masque laissant croire parfois au geste unique, à la magie de l’improvisation…
Fulgurances. Fugacité  d’un écrit qu’on peut faire disparaitre ou perfectionner jusqu’à le partager, le faire connaitre, le publier.
En cela, le vieux Célestin, avait compris bien des choses…

Les maîtres parlent beaucoup dans la classe, pour expliquer et rassurer pensent-ils… ce qui peut faire problème, nous l’avons déjà évoqué .

Lorsque la parole est laissée à l’élève, parfois seulement concédée, c’est pour dire quoi ?

Est-il certain que nous écoutions vraiment les élèves ?

Pour les écouter, il faut peut-être les solliciter sur de bons sujets : que faire du récit interminable de la promenade dominicale au zoo ?

Le maître y apprend parfois des choses sur la vie quotidienne de ses élèves mais…

La question posée en classe, qui appelle « la bonne réponse », ou cette quête de l’élève qui a compris « où le maître voulait en venir » et permet donc à ce dernier d’entretenir l’illusion que le consensus est là, qu’il est possible de passer à l’étape suivante… cela ne suffit pas .

Quand le maître écoute-t-il vraiment ce que l’élève peut avoir dire d’un problème, d’une question relative à une notion, une norme ?

Cela passe par le choix de ne pas considérer qu’il y a faute en classe, ni même « erreur » mais « essai ». Il faut « faire parler » l’essai de l’élève le plus incongru pour découvrir avec lui la logique de son raisonnement…

Il faut accorder ce crédit à l’élève et l’inclure dans une démarche d’intelligence où la parole en classe ne vient pas seulement raconter ce qu’on a fait ou ce qu’on fera, mais explique le « comment de ce que l’on est en train de faire  » (lever l’implicite), il faut montrer que la parole est en classe un outil de la pensée individuelle et collective…

En classe, il faut savoir « réfléchir à haute voix »… Y compris le maître lorsqu’il écrit au tableau et vérifie… mais le plus souvent possible avec tous ses élèves…

La parole est faite pour convoquer l’intelligence sur le devant de la scène scolaire et la mettre en partage.