un autre regard

Samedi 12 avril 2008

L’enfant qui bute sur la difficulté, cet enfant souvent pudiquement nommé “élève à besoins éducatifs particuliers”, ce n’est pas un enfant “qui ne comprend pas”. C’est un enfant qui “ne comprend pas comme ça”.

Et l’obstacle sur lequel il bute parfois avec violence, c’est souvent l’implicite sur lequel nous sommes passés, mine de rien, nous laissant illusionner par d’autres élèves qui parlent mieux mais n’ont pas forcément “le concept”…

Le rapport au savoir est la vraie question des enseignants aujourd’hui avec en écho celle de l’étayage : il ne faut pas ôter les obstacles, il faut les décrypter, les faire parler, interpréter et donner à l’élève le courage d’essayer, la possibilité de reconnaître dans ce qu’il produit ce qui est première réussite.

Nous avons énormément à apprendre des élèves qui ne comprennent pas comme les autres. Il ne s’agit pas de répéter seulement, il faut expliciter - donner les références culturelles - et mettre en mots -faire du langage -.

L’un de nos enjeux forts à venir sera le traitement de la difficulté. Il ne s’agit pas seulement de faire des petits groupes et de “refaire à l’identique”, il faudra aller regarder ce qui coince, soulever le capot… et même pour le maître le plus expérimenté, se poser humblement la question de ce que cache le plus petit savoir : cette règle que l’on énonce, cette  conjugaison que l’on récite, cette opération si simple… que cachent-elles d’enjeux, de problèmes et de questions pour nos élèves qui doivent dans un même mouvement apprendre et comprendre, essayer, reconnaître, refaire, mémoriser, stabiliser, transposer… mais toujours avec l’exigence du droit de comprendre ce que l’on est apprendre… ?

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exercices d’admiration

Dimanche 3 février 2008

Qu’allez-vous donner à admirer cette semaine ?

Il faudrait chaque jour un exercice d’admiration pour que chaque soir l’enfant rentre chez lui en disant :”tu sais, voici ce que j’ai appris à l’école !”

L’ oeuvre d’art qui racontera une histoire ou décodée dévoilera un mystère. Un phénomène orthographique étonnant qui parle de la langue . Une construction numérique, une expérience étonnante en sciences, une poésie qui joue avec les mots…

Il faut chaque jour enrichir l’album d’images savoureuses en pensant que la motivation des élèves ne doit pas venir du décors ou des appareils pédagogiques, mais de la saveur du savoir, d’un mystère dévoilé, d’un implicite levé.

Pour donner le goût du savoir, il faut le faire goûter. Le maître, bon amateur, dénicheur de jolies surprises, “élucidateur”, sait choisir sans les accumuler de bons ingrédients avec une vraie curiosité généreuse et rationnelle.

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de la parole pour penser…

Mercredi 9 janvier 2008

Les maîtres parlent beaucoup dans la classe, pour expliquer et rassurer pensent-ils… ce qui peut faire problème, nous l’avons déjà évoqué .

Lorsque la parole est laissée à l’élève, parfois seulement concédée, c’est pour dire quoi ?

Est-il certain que nous écoutions vraiment les élèves ?

Pour les écouter, il faut peut-être les solliciter sur de bons sujets : que faire du récit interminable de la promenade dominicale au zoo ?

Le maître y apprend parfois des choses sur la vie quotidienne de ses élèves mais…

La question posée en classe, qui appelle “la bonne réponse”, ou cette quête de l’élève qui a compris “où le maître voulait en venir” et permet donc à ce dernier d’entretenir l’illusion que le consensus est là, qu’il est possible de passer à l’étape suivante… cela ne suffit pas .

Quand le maître écoute-t-il vraiment ce que l’élève peut avoir dire d’un problème, d’une question relative à une notion, une norme ?

Cela passe par le choix de ne pas considérer qu’il y a faute en classe, ni même “erreur” mais “essai”. Il faut “faire parler” l’essai de l’élève le plus incongru pour découvrir avec lui la logique de son raisonnement…

Il faut accorder ce crédit à l’élève et l’inclure dans une démarche d’intelligence où la parole en classe ne vient pas seulement raconter ce qu’on a fait ou ce qu’on fera, mais explique le “comment de ce que l’on est en train de faire ” (lever l’implicite), il faut montrer que la parole est en classe un outil de la pensée individuelle et collective…

En classe, il faut savoir “réfléchir à haute voix”… Y compris le maître lorsqu’il écrit au tableau et vérifie… mais le plus souvent possible avec tous ses élèves…

La parole est faite pour convoquer l’intelligence sur le devant de la scène scolaire et la mettre en partage.

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