l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Au courrier du site prepaclasse.net il n’est pas un jour en ce moment sans recevoir des courriers de parents d’élèves qui s’inquiètent de propositions de redoublement qui leur sont faites.

Le plus souvent, dixit ces familles, l’information est donnée oralement, sans préavis ou véritable préparation.

C’est l’enseignant seul qui donne l’information, parfois presque par hasard, un soir à la sortie de l’école…

C’est très rarement que l’enseignant semble s’appuyer sur les résultats de l’élève en évoquant des compétences précises des programmes ou en présentant les travaux écrits. On évoque les résultats en général ou parfois la maturité ou le comportement.
« Il sait lire, il est bon en numération » dit la maitresse, »mais elle veut le faire redoubler ». Et la maman comprend mal les manques de son enfant.

Souvent encore, la règlementation n’est pas respectée : pas de proposition écrite, pas de notification avec respect du délai légal de quinze jours à chaque étape, pas d’information sur les possibilités légales de recours.
Si certaines familles connaissent les possibilités de recours, d’autres sont sous informées et les courriers témoignent d’une réelle inquiétude, d’un sentiment d’échec qui ne se porte pas sur le seul enfant mais touche visiblement aussi ses parents.
Certains courriers montrent que les familles sont très affectées, que des enfants connaissent des sentiments d’angoisse qui peuvent induire du refus scolaire ou des réactions psychosomatiques.

Très peu de familles parmi celles qui nous écrivent se voient proposer un PPRE soit en amont du redoublement ce qui serait logique, soit en aval ce qui est obligatoire.

Bien entendu, nous n’avons à connaître par ces courriers que du point de vue des familles et parmi elles, celles qui ont rencontré des difficultés.
Il va sans dire que très certainement, dans la majorité des cas, les familles sont préparées, accompagnées et le redoublement est engagé avec l’aide active du directeur dont c’est le rôle et sur la décision collective du conseil de maîtres.

Les courriers reçus viennent en général de familles souvent peu favorisées et qui disposent de peu d’éléments pour comprendre le fonctionnement du système et quelle est la nature des difficultés de leur enfant.

Rôle du directeur, rôle du conseil des maîtres, respect de la règlementation mais au delà problème fort de communication.
Le redoublement est rarement proposé comme un projet , il apparait encore comme une sanction.

Il devrait pourtant rester l’exception et ne saurait se concevoir sans un long travail de recherche de l’adhésion de la famille et de l’enfant, sans l’élaboration d’un projet construit.

La loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École a rétabli la possibilité dans des conditions strictement encadrées de faire redoubler un élève à chaque niveau de l’école obligatoire et non seulement en fin de cycle.
Les méfaits du redoublement sont par ailleurs connus : il coûte cher et ne se montre bénéfique que pour des cas très particuliers (longue maladie, absence…). On sait également ce qu’il coûte en termes d’estime de soi et que des pays dont les résultats sont très bons (comme la Finlande) ne le pratiquent pas.

En France aujourd’hui, la loi rappelle qu’outre une procédure très encadrée, il ne peut y avoir de redoublement sans PPRE. Mais on comprend mal alors pourquoi un élève ne pourrait bénéficier d’un PPRE tout en poursuivant son parcours… l’échec n’étant probablement pas distribué unilatéralement dans tous les domaines…

Nonobstant, avec des intentions que l’on peut comprendre, certains collègues se refusent à employer le terme de « redoublement » et lui préfèrent le terme de « maintien ».

Ce faisant, ne risquent-ils pas de masquer une réalité qui est bien un véritable problème auquel il faut s’attaquer ?
Certes, il ne faudrait pas se contenter de « ne pas faire redoubler » sans agir auprès de l’élève en difficulté. Mais on ne peut renvoyer l’élève à « la case départ » et ce d’autant plus qu’il n’aura le droit qu’à « une seule cartouche de réserve ».

Au fond, ne serions-nous pas plus pertinents en nous imposant de refuser le redoublement et en recherchant la mise en oeuvre d’autres solutions plus imaginatives, moins coûteuses humainement et financièrement ?