l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Parmi les dispositifs d’aides rappelés par le BO 31 du 27 août 2009, l’intervention dans la classe des maîtres du Rased est citée.

Bien que des inspecteurs, voire des inspecteurs d’académie, exigent parfois une quotité minimale d’interventions au sein des classes, nous savons celles- ci minoritaires.

Réticences des uns, peur des autres… Il n’est pas facile à deux enseignants de partager un espace.
La présence du spécialisé, au regard réputé acéré sur la difficulté, peut déstabiliser un maitre qui se sent mal assuré .. Il peut manquer de confiance dans les dispositifs qu’il propose ou craindre une remise en question de son habitus
Dans le « je n’y arrive pas avec celui là », il y a la crainte que ce constat d’échec désigne d’abord un échec de la pédagogie mise en oeuvre dans la classe.

L’effet maître est intuitivement perçu même s’il contient en lui même une forme d’ambiguïté: Madame X réussit bien avec les élèves en difficulté, elle fait peu appel au Rased, voire pas du tout, les élèves progressent avec elle et semblent épanouis… mais parfois l’année suivante est douloureuse. Une tension, un écart d’attentes et c’est le blocage, voire l’insidieuse critique adressée au « maître d’avant » qui n’a pas su, pas voulu, pas osé tirer la sonnette d’alarme…

Traitant la difficulté, le spécialisé manque parfois de la référence de l’élève « qui va bien et réussit ».
Sa pratique, souvent conduite à l’écart de la classe reste un mystère pour nombre de maîtres et d’élèves qui ignorent ce qu’il peut se passer « dans la petite salle du Rased »…

La connotation « psy » accolée au Rased est source de malentendu… Si les causes de la difficulté scolaire sont extérieures, peut-on réduire les difficultés en n’agissant pas sur ces causes ?
La réponse est « pourtant oui » avec cette chance formidable qu’offre l’école à l’élève de pouvoir s’exercer un peu plus loin de son contexte privé, et même de ne pas avoir à en rendre compte…

Il faut alors que l’école sache être un vrai lieu d’apprentissage qui ne reporte pas par exemple des exercices ou des mémorisations importantes dans la sphère privée…

Souvent, trop souvent, l’élève « aidé » revient en classe après une aide « décrochée » et pèse sur lui une forme de brouillard ou d’inconnu sur ce qu’il a pu faire de si particulier avec le maitre du Rased...
Revenir en classe, après une sorte de parenthèse, c’est revenir à la réalité.
Et puis, l’élève qui a quitté la classe, a peut être soulagé momentanément le maître de son absence, mais il a « manqué des épisodes »… Faut-il alors prévoir de compenser ? Course impossible…

Passons encore sur les croisements de diagnostics, qui, parce qu’ils n’emploient pas toujours le même langage entre ce que dit et attend le « spécialisé » et ce qu’espère le « maitre » (des progrès, des résultats…) ajoutent du flou et de la difficulté lorsqu’il s’agit d’objectiver le suivi de l’élève…

Alors, dans la classe, pour quoi faire ?

Observer l’enfant parmi ses pairs bien entendu. Repérer, mesurer les effets du contexte. Les écarts culturels, les attitudes, les relations , les méthodes, les réactions…

Mais aussi aider directement.
Le maitre spécialisé, avec ses objectifs propres, peut aider un ou des élèves dans le cadre de leur projet d’aide, en raccrochant ses activités au projet de la classe.
Aide aussi auprès d’un groupe de besoin.

Aide encore à la reformulation, à l’explicitation… Après une aide en petit groupe ou individuelle, c’est aider l’élève à transposer les savoirs acquis ou les attitudes, c’est l’aider à reconnaitre dans la situation de classe le moment où il pourra faire appel à une technique, une méthode, un procédé, une façon de se mobiliser appris en petit groupe d’aide…

La participation active à « la clarté cognitive » proposée par le maitre spécialisé, pourrait aussi, dans un but préventif et stabilisateur renforcer les élèves « non aidés ». Certains outils, certains repères utilisés par le spécialiste pourraient tout à fait être efficients en classe, pour tous…

La présence du maitre spécialisé dans la classe, devrait donc aussi contribuer par le « faire ensemble » à un partage de pratiques…
Des tabous sont à lever. S’il peut être utile et nécessaire de travailler à l’écart pour retrouver confiance ou poser des repères, le maître spécialisé doit aussi oser lever le mystère sur ses propres pratiques et les confronter au regard de ses collègues. Spécialisé, mais maître avant tout et le territoire premier d’un maître : c’est la classe…

Il faudrait aux maîtres un appareil spécial qui leur permettrait lors d’une séance en classe, de mesurer les écarts d’objectifs entre ceux du maître et ceux de l’élève. Cet appareil s’appelle souvent « la reformulation » ou « la métacognition ».
Il faudrait encore que l’appareil mesure les écarts entre les objectifs du maître et ceux induits par la situation ou l’exercice proposé.

Ces écarts viennent souvent du brouillage provoqué par l’exécution de de tâches connexes (colorier, découper, coller) qui deviennent envahissantes et nuisent à la centration sur l’essentiel. Ou encore d’un exercice mal questionné par le maître et qui vient comme en illustration du thème, occuper l’espace d’un fichier, sans répondre vraiment à l’objectif.

Et d’ailleurs j’ai dit objectif plutôt qu’objectifs : car la fiche de préparation qui multiplie les objectifs finit aussi par brouiller.

Il faut que le maître s’assure lui même de son objectif premier, celui qu’il entend développer et pour lequel il se battra tout au long de la séance même si bien entendu « tout en faisant faire ça », il travaillera aussi « ça » ou aura besoin de….

En secouant fermement l’arbre des exercices et des « activités » données aux élèves chaque jour, nous verrions que tomberaient comme autant de feuilles mortes, ces pages passées à servir un « autre chose », à « exécuter sans penser »…

Il faudra aussi, mais c’est un autre sujet, interroger toutes ces tâches déjà élucidées avant d’être mises en oeuvre, cet étayage surabondant qui dénature la situation problème et s’en tient à des problèmes de mise en scène, ou de mise en page… qui n’aident plus à apprendre ou à conforter l’objectif à servir…