l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Bien sûr, il y aurait le risque de faire du chiffre pour du chiffre…

L’école n’est pas une usine.

Mais, toute imparfaite qu’elle soit, une évaluation construite à l’extérieur reste parlante.

Nous pensons connaitre nos élèves et c’est le plus souvent le cas : l’évaluation externe (nationale) repère souvent l’élève « déjà connu »…

Pourtant, à compositions comparables, à contextes identiques, nous observons des disparités qui peuvent être significatives dès lors que d’une école ou d’une classe à l’autre les résultats d’un groupe (et notamment le premier quartile le plus faible des évaluations nationales) varient du simple au double.

Ce n’est vouloir faire injure à personne que de le souligner et ne tient pas que du traitement du programme.

Sans culpabiliser quiconque, il faut pouvoir aller questionner, soulever le capot du moteur pédagogique et se poser la question de ces écarts surtout pour aller chercher les leviers, réorienter les priorités.

Rien n’est plus difficile que d’objectiver. Les variables sont nombreuses, les interactions multiples, les effets de norme locale jouent.

Mais oser évaluer avec des outils internes et externes, c’est aussi refuser la fatalité.

On notera avec intérêt que la Presse y compris audiovisuelle est venue relayer fortement l’annonce d’une évaluation externe des performances des ministères. Le Figaro rappelle ce matin, en ce qui concerne l’Education nationale, que le ministre sera jugé sur le » nombre d’heures supplémentaires réalisées par les enseignants et l’ancienneté des enseignants en ZEP ».

L’idée est ici de mesurer par exemple l’engagement des enseignants dans le dispositif de l’accompagnement éducatif ou par ailleurs de favoriser la stabilité des équipes dans l’éducation prioritaire.

Sur les indicateurs, le blog Pravda en pointe les limites dès lors que l’on ne cherche qu’à agir sur l’indicateur lui même, il y a risque.

L’évaluation interne est déjà une pratique habituelle. L’est moins, celle de recourir à un cabinet externe et bien entendu les termes de la commande joueront si cette évaluation s’inscrit dans une focale trop réduite. On peut d’ailleurs se demander si un cabinet externe utilisera seulement ses propres outils ou de fait de l’information interne.

D’autres gouvernements font appel à cette double évaluation interne / externe. C’est le cas par exemple du gouvernement Wallon.

Comme le rappelle le journal le Monde, l’idée est de s’inscrire dans une culture du résultat. C’est d’ailleurs la logique actuelle dans notre ministère où les corps d’inspection sont invités à juger des acquis des élèves, de leurs résultats et non des méthodes pour elles-mêmes.

Il faut rappeler que le Ministère de l’Education nationale avec le programme 140 de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) doit rendre compte chaque année de son action à la représentation nationale sur des indicateurs précis (le taux de redoublement, le nombre d’élèves ayant atteint le niveau A1 en langues, le taux de réussite au B2i ou la proportion d’élèves handicapés scolarisés). Certains indicateurs sont en construction, d’autres « ciblés ».

Le Ministère dispose par ailleurs d’une Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale (D.E.P.P.) .

Cette logique doit-elle venir jusqu’aux classes ? Certains y voient le risque d’une compétition accrue et dangereuse.
Pourtant, l’évaluation par compétences, telle qu’elle est engagée en particulier avec la mise en place du socle commun , nous invite à nous libérer de la note globale moyenne hautement réductrice qui ne rend pas forcément compte de la réalité des acquis de l’élève, de ses réussites, comme de ses besoins.

Si le volontarisme sur un objectif ne suffit pas, et si la complexité et l’interaction de nombreux aspects doivent être intégrés, il est peut être intéressant pour un maître dans sa classe, de savoir se donner des objectifs de réussite sur des points précis et identifiés. Le PPRE propose une démarche explicite en ce sens. Voir par exemple la démarche concrète envisagée dans l’académie de Grenoble.

Les questions sont nombreuses et la culture du résultat ne pourra se dispenser d’une éthique rigoureuse, mais le service public peut aussi retrouver de la légitimité dans sa capacité à rendre compte de son action ou à témoigner le plus précisément possible de la réalité des difficultés.