l'atelier pédagogique

l'enseignement à l'école primaire dans ses évolutions

Cette fracture ne s’incarne pas seulement dans une difficulté de pouvoir accéder à l’outil informatique, à l’Internet… mais dans la possibilité de pouvoir intégrer la pensée par hypertexte et toutes les applications hyperliées qui se construisent aujourd’hui croisant et reliant l’information…
Toute une mise à distance d’applications, d’objets téléconduits, d’images téléportées ajoutent encore à des modifications profondes de nos représentations et de nos façons de penser, de penser nos réseaux et nos relations… notre vision du Monde…

Les mutations sont rapides. L’ultra visibilité de nos échanges, de nos choix, de nos navigations… peut cruellement nous asservir. Une application à la mode comme « Facebook » est capable à la fois de nous dire et de nous trahir, de nous relier à des amis, de suggérer des réseaux… mais aussi d’accroitre notre vulnérabilité face à la puissance commerciale voire à d’autres qui pourraient se montrer plus pernicieux encore.

Faute de réfléchir et d’entrer activement dans le vif du sujet, nous laisserons nos élèves n’être que consommateurs. Il faudrait en faire des acteurs, pas seulement usagers mais producteurs conscients.
Il nous faut plus loin que le B2i, réfléchir aux enjeux des techniques de l’information et de la communication à l’école à la fois du point de vue philosophique, citoyen, mais aussi sur ce que cela impacte de nos façons de penser individuellement et collectivement sur la toile, sur ce « grand cerveau mondial » en perpétuelle évolution…

Les TUIC c‘est à dire les techniques usuelles de l’information et de la communication constituent aujourd’hui le quatrième pilier du socle commun des connaissances et des compétences.

Dans les textes comme dans les lieux de formation, il est habituel de décrire l’informatique comme « un outil au service de… ».
On voit bien le double souci de dédramatiser la relation à l’outil tout en veillant à développer l’esprit critique.

Pourtant l’informatique et en particulier Internet, n’est peut-être pas un simple outil mais peut constituer une autre façon de penser :
– autre façon de penser dès lors que l’hypertexte (l’hyperlien) favorise une toute autre construction de l’écrit puis de l’information qui se maille en toile (la fameuse toile d’araignée exprime une vision heuristique )
– autre façon de penser puisque les noeuds de la toile sont en interaction  et bénéficient des interactions des visiteurs ce qui aura un impact sur le référencement de l’information, sur la proximité des liens entre eux … Internet est le lieu de la « sérendipidité » dont il faut bien comprendre qu’elle n’est effective que parce que bien préparée par un contexte et des manières de faire choisies… ce n’est pas le simple jeu du hasard et « surfer » sur le Net exige des compétences spécifiques – et les enseignants ont un rôle capital à jouer pour éviter la fracture numérique -.

Cette toile est en évolution permanente. Elle peut favoriser les pires dérives commerciales et par « le marquage » ou la « traçabilité » de nos navigations risquer de restreindre les libertés individuelles, mais elle peut aussi aider à développer une « démocratie cognitive ». Les blogs, les forums… permettent souvent d’échanger « à l’horizontale » c’est à dire sans hiérarchie et pour peu que l’on sache s’orienter, il est parfois possible d’échanger aisément avec des scientifiques, des chercheurs… comme bien entendu des autodidactes aux connaissances plus ou moins affirmées (c.f. Wikipedia) ou à des individus peu honnêtes…

Joël de Rosnay décrit  le phénomène dans le Pronetariat : à chaque fois que nous cliquons sur un lien nous le rendons plus repérable, dès lors que nous ajoutons une page, une image… nous faisons évoluer Internet qui se constitue comme un immense cerveau en évolution permanente, un système avec connexions neuronales, ses fragilités (les virus, la fausse rumeur…) et ses défenses (l’anti-virus, la possibilité de « répliquer »…).
– une autre façon de penser qui dépasse notre vision cartésienne du classement : les moteurs de recherche agissent comme d’immenses butineurs. Les espaces de stockage en ligne deviennent immenses ( on nous propose gratuitement d’ouvrir des boites de plus de deux gigas…). Il n’est plus possible de tout mettre en tiroir. Il faut créer des « tags », des points de repères pour ceux qui chercheront plus tard l’information…
La nouvelle plateforme Windows dont on peut par ailleurs critiquer la politique commerciale, donne avec Vista , un logiciel où vouloir tout ranger en tiroirs c’est quasiment perdre du temps… Il faut de grands répertoires puis laisser travailler l’indexation automatique et le moteur de recherche…

D’autres exemples pourraient s’ajouter : les objets technologiques actuels et leurs multi-fonctions, le développement d’applications à distance (TNI, outils télécommandés…) ne vont pas favoriser seulement d’autres fonctionnalités ou applications mais vont faire évoluer nos perceptions et nos modalités d’exploration, de représentation… Tout évolue vite et peut sans que nous en mesurions encore tous les effets « impacter » notre façon de penser le Monde et de nous penser dans le monde.

Cette dimension devrait être explorée… Des pistes sont à ouvrir et des chances à saisir.