J'enseigne l'allemand depuis 31 ans. L'internet a révolutionné et facilité ma pratique personnelle de la langue. Je suis convaincue que cet outil peut améliorer aussi notre enseignement au quotidien. D'où ce travail de recherche et de réflexion que je mène avec ce blog. En espérant qu'il aidera d'autres que moi à avancer sur ce chemin prometteur.

J'enseigne l'allemand depuis 31 ans. L'internet a révolutionné et facilité ma pratique personnelle de la langue. Je suis convaincue que cet outil peut améliorer aussi notre enseignement au quotidien. D'où ce travail de recherche et de réflexion que je mène avec ce blog. En espérant qu'il aidera d'autres que moi à avancer sur ce chemin prometteur.

Cartes heuristiques et cours de langue vivante au lycée et en prépa.

La semaine dernière, mes deux collègues d’espagnol, à savoir notre stagiaire et sa formatrice, m’ont demandé de leur faire une formation sur les cartes mentales. Pour voir, ce que moi professeure d’allemand, j’en fais dans mes classes du secondaire et de CPGE. Pour comprendre l’intérêt pédagogique que j’y trouve. Car selon elles, je les utilise beaucoup pour plein de trucs différents.

Elles ont raison. J’utilise Freemind au moins une fois par semaine. Autant pour moi que pour les élèves. Autant seule à la maison qu’en classe où je les manipule et les fais manipuler. Tout cela avec des objectifs très variés.

Afin de m’y retrouver dans mes pratiques et de « cuisiner » à mes collègues une formation « aux petits oignons », j’ai décidé de me lancer dans une série d’articles consacrés à quelques utilisations pédagogiques possibles des cartes mentales en cours de langue.

Pour les utilisations possibles des cartes mentales en cours de langue, voir :

La carte mentale en langue vivante : un support pour l’expression orale (1) : construire des phrases correctes.

La carte mentale en langue vivante : un support pour l’expression orale (2).

Utiliser les outils numériques en classe : mes principes pédagogiques de base.

La société (parents, enseignants, élèves et représentants de l’Education Nationale) pense que ses « digital natives » savent se servir des outils technologiques parce qu’ils sont nés avec. Observer l’attitude des élèves en classe prouve qu’il n’en est rien. Les jeunes ont besoin d’une initiation systématique à tous les sites et les logiciels utilisés en classe. J’ai donc systématisé les principes suivants.

Le questionnaire de début d’année :

En début d’année, je distribue un questionnaire à mes classes. Je veux savoir si mes élèves sont connectés et comment ils le sont. Ils me décrivent le matériel dont ils disposent, les logiciels qu’ils utilisent, les sites sur lesquels ils se rendent. S’ils n’ont pas internet, ce qui est rarissime, je m’organise aussitôt avec ma collègue documentaliste pour leur faire réserver un ordinateur sur une de leurs heures de permanence.

Des pratiques systématiquement cadrées :

Lorsque je commence à les emmener sur internet, je délimite très précisément les pages web à visiter. Car ils doivent apprendre à surfer dans la langue cible, en l’ocurence l’allemand. Il me paraît important qu’ils repèrent précisément ce qu’ils peuvent faire sur la page. J’utilise beaucoup les sites de la Deutsche Welle, la chaine publique de radio allemande destinée à l’étranger. Celle-ci permet aux internautes de télécharger en toute légalité des documents textes, audio ou vidéo. Mes élèves doivent donc apprendre à faire ces manipulations sur leur session dans un dossier destiné à l’usage exclusif de l’allemand.

Un accompagnement systématique lors de la phase de découverte :

Chaque nouvelle page, chaque nouvel outil fait d’abord l’objet d’une heure de cours en présentiel avec un tutoriel dédié. Puis, en devoir à la maison, ils doivent refaire à l’identique le même type de travail que celui réalisé en cours. Lors de la séance suivante, ils présentent leur travail et exposent les difficultés auxquelles ils se sont trouvés confrontés. Cette séance ne donne jamais lieu à évaluation.

Une directivité pleinement assumée :

Cette procédure paraît directive. Mais elle permet un certain nombre de choses.

  1. D’abord, elle génère de l’entraide entre élèves lors de la séance en plénière.

  2. Ensuite, elle génère des échanges entre élèves, entre professeur et élèves , lors de la séance « devoirs » où tout le monde peut parler de ce qui ne marche pas. J’adore le moment où le premier élève se lance pour dire « moi, je ne suis pas arrivé à faire cela ». Parce que c’est comme si un vent frais soufflait tout à coup dans l’espace classe. La parole se libère. On ose dire ce qui ne va pas et on remercie l’autre parce qu’il s’est lancé et a tellement bien exprimé ce qu’on n’arrivait pas à dire.

  3. Puis, elle permet d’identifier les difficultés réelles des élèves ainsi que les élèves réellement en difficulté sur le plan numérique et qui autrement n’auraient pas osé demander d’aide.

  4. Enfin, elle permet d’identifier les problèmes réels de connexion ou de virus, car il y en a. Les élèves sont alors particulièrement ravis de découvrir les plans B possibles ou bien l’existence du club informatique du lycée où ils pourront trouver des copains pour les épauler.

  5. C’est grâce à ce genre de séances qu’aujourd’hui je sais à quel point les virus pourrissent la vie numérique de nos jeunes et à quel point les vrais élèves geek sont rares. Arrêtons donc de surestimer les compétences de nos élèves.

Trace écrite et numérique.

Grâce à ma stagiaire qui rencontre des difficultés à gérer le tableau et la trace écrite, je me suis rendu compte à quel point le numérique avait, de mon plein gré mais à mon insu, modifié mes pratiques dans ce domaine.

Car depuis maintenant un an, toutes mes séances en plénière dont l’objectif est de mettre en commun les travaux des uns et des autres se déroulent accompagnées de l’ordinateur. En effet, je nomme un secrétaire de séance chargé de prendre en note le vocabulaire nouveau et les éléments pertinents du contenu. Il peut être amené à utiliser soit le traitement de texte, soit la carte mentale et le tout est vidéo-projeté. Ce qui veut dire que la trace écrite du cours, chez moi, est instrumentée. Sans ma stagiaire, je n’en aurais pas pris conscience. Il va sans dire que ce processus ne s’est accompagné d’aucune évaluation.

Cependant je vois de nombreux avantages à cette pratique.

  1. D’abord, je suis plus détendue. En déléguant la prise de notes aux élèves, je peux me consacrer davantage à l’animation du cours, à la régulation de la prise de parole et au contenu. Cela diminue le stress du dos tourné systématiquement lié à des chuchotements dont on ignore l’origine.

  2. Ensuite, cela me permet de garder une trace de ce qui s’est dit en classe, de cette part d’imprévu qu’on a oublié en fin de journée.

  3. Enfin, il suffit d’un copier-coller pour publier une trace écrite fiable sur le blog, bien utile aux dys, aux absents et aux sérieux qui veulent vérifier s’ils ont bien tout noté.

Que du confort pour moi. Et les élèves dans tout ça ? En fait, je ne sais pas bien car je n’ai pas évalué cette façon de travailler ni chercher des critères pertinents pour le faire. Mais je constate un certain nombre de choses.

  1. D’abord, le secrétariat de séance est un puissant révélateur des compétences des élèves en matière de traitement de texte. Elles sont indigentes. Par exemple, rares sont ceux qui savent mettre un tréma sur une voyelle. Quant aux touches de navigation, mises à part la suppression avant et arrière, elles sont tout bonnement ignorées. Ce qui est en contradiction avec les pratiques qu’ils peuvent avoir sur les jeux en ligne pour faire avancer leurs personnages. Autre point : ils ne regardent pas l’écran quand ils écrivent et ne voient pas que certains mots, en général les plus complexes, apparaissent en surbrillance et qu’il suffit d’appuyer sur la touche « entrée » pour ne pas avoir à la saisir. Si bien que si j’étais prof de technologie en collège, je leur ferais recopier un texte en mode plein écran sans souris sous l’intitulé « maîtriser le clavier ».

  2. Par ailleurs le secrétariat de séance permet de se faire une idée de la capacité des élèves à prendre des notes. Certains écrivent tout tout de suite de peur de perdre le fil. D’autres attendent que je leur donne le feu vert en faisant répéter X fois la même phrase à leur camarade. Certains, rares, trouvent le tempo exact entre ce qui est dit, ce qui est corrigé et ce qui reste à garder pour l’écrit.

  3. Le troisième point est le climat d’échange que cela génère autour de l’exactitude de la mise par écrit. Les erreurs sont corrigées collectivement, découvertes aussi et réexpliquées dans une atmosphère d’entraide. On observe aussi que le secrétaire devient plus attentif aux erreurs qui s’avèrent redondantes chez lui même si cela ne se fait pas sans un peu d’agacement parfois.

Et l’évaluation dans tout ça ? Pour l’instant, je n’ai pas du tout envie de m’y atteler. Il me paraît trop lourd d’évaluer le secrétariat de séance lors de chaque séance, surtout dans les groupes à 29 élèves que je vois deux fois par semaine, donc au maximum 60 heures par an. Ensuite, j’aime cet espace de libre erreur où l’on apprend ensemble des trucs dont on sent bien qu’ils nous resserviront un jour. Libérer une tâche de la pression évaluative me permet alors d’ouvrir tout grand la barrière du champ de l’erreur, ce qui est une façon comme une autre de réhabiliter celle-ci dans les apprentissages. Et je le vis comme une grande bouffée d’air frais.

Merci Twitter.

Ça y est : les dys arrivent dans les lycées d’enseignement général de centre-ville. Une réunion « PAI » s’est tenue, où nous avons glané quelques informations. Toute heureuse que mon blog de cours soit une aide pour notre dyslexique puisqu’il peut y retrouver la trace écrite des cours sans erreur, j’envoie un tweet de joie.

Et c’est là que je vis mon premier « miracle du réseau ». Des participants du #twittMOOC, enseignants eux-aussi, me donnent des noms de comptes à suivre sur le réseau. Les contacts sont fructueux et me font parvenir des informations ciblées. Pédagogiques d’abord : avec le logiciel « opendyslexic », une police open source qui facilite la lecture, avec le blog de C. Guerrieri qui permet de se faire rapidement et efficacement une idée des implications pédagogiques de la dyslexie. Institutionnelles ensuite avec des liens autant vers des partenaires précis que vers des textes officiels. Bilan : en deux heures, j’en sais autant que mon infirmière scolaire qui tente de débroussailler le terrain depuis l’an dernier mais uniquement par la voie administrative. Conclusion : il y a des jours où critiquer les réseaux sociaux peut ne pas paraître pertinent.

La question des fournitures en prépa.

La question des fournitures en CPGE n’est ni futile, ni anodine, ni puérile. Au contraire, elle mérite notre attention. Surtout quand il s’agit de choisir entre le traditionnel classeur à intercalaires et l’ordinateur.

Dans notre structure, l’usage de l’ordinateur ne fait pas l’unanimité dans l’équipe enseignante. Donc, selon les cours,  les étudiants peuvent ou non apporter leur outil.

De mon côté, j’ai décidé de les laisser choisir. Ils arrivent en effet à un âge où ils doivent savoir comment ils travaillent au mieux. Cette année, leur choix est le suivant. Au 2/3, les 2° années ont opté pour l’outil informatique. Quant aux 1° années, ils sont unanimes pour le trio classeur, papier, crayon.

Analysons. Le premier point concerne les étudiants. Il semble que nos « nés dans le numérique » ne soient pas si numériques que cela. En tout cas, s’ils le sont dans leur pratique musicale, ils ne le sont guère dans leurs apprentissages. Il vaudrait donc mieux, dans ce domaine, les qualifier de mutants avec tout ce que cela comporte de résistances et d’interrogations.

Le second point me concerne moi en tant qu’enseignante, mutante aussi. A quelles répercussions m’attendre ? Matériellement ce choix laissé aux étudiants représente un surcroit de travail. D’abord, je dois prévoir des documents sous des formats différents. Car les étudiants qui utilisent l’ordinateur rencontrent des difficultés à compléter des documents papier. Ils sont alors obligés de les scanner ou de les retaper. Quant aux « papivores », il me faut prévoir des lecteurs MP3 pour les formats audio. Ensuite, je dois aussi nommer et organiser clairement les fichiers que nous partageons afin que contenus et progression restent lisibles. Mais je constate également que les étudiants, s’ils veulent apporter leur contribution, doivent eux-aussi se soumettre à cette exigence de lisibilité et d’organisation à cause de l’usage collectif impliqué par la « dropbox ». Car on passe d’une logique de diffusion de contenus par l’enseignant à une logique de partage entre tous.

Comme quoi, la question des fournitures et donc des outils de travail est loin d’être anodine.

Mes résolutions pour cette nouvelle année scolaire.

Déconnecter, tel a été le maître mot des dernières vacances. M’asseoir sur la berge, me retirer du flux. Dégager des priorités.

J’ai donc émondé mon web afin d’en consolider le fût. Elaguer, c’est-à-dire : supprimer les doublons, réorganiser le pearltrees, en éliminer les pages non actualisées, sélectionner les articles. Discipliner aussi le nombre de comptes ouverts pour des services que je n’utilise pas. Délimiter le temps de l’internet, aussi.

Mais le plus ardu est de cibler des priorités.

La première, ce sont les élèves et les étudiants, la formation dont ils ont besoin pour entrer dans leur vie de demain autant professionnelle que personnelle.

La deuxième, c’est l’enseignement que je leur organise pour atteindre ce but.

La troisième, c’est la manière dont moi-même je me construis face au monde de demain qui, ne l’oublions pas, sera leur présent à eux.

J’ai donc fait des choix. Le premier, c’est de garder le blog de cours, de le nourrir et surtout de le faire évoluer, en fonction de l’expérience élève. Tout comme les entreprises intègrent dans leur démarche l’expérience client. Je veux construire, non pas un blog de prof pour les profs, mais un réel outil de travail pour les élèves. Cela impliquera nécessairement un approfondissement du dialogue avec eux, voire avec leurs familles.

Mon deuxième choix émane d’une demande des étudiants de prépa : se constituer une « dropbox », commune aux étudiants des deux années et à l’enseignante. Il s’agit pour eux d’abord de retrouver leurs cours facilement, ensuite de profiter des cours de l’autre niveau et enfin de pouvoir partager les informations qu’ils trouvent et qu’ils ont parfois du mal à évaluer. Ceci impliquera sans doute un rapport plus égalitaire avec les étudiants.

Mon troisième choix concerne ma formation personnelle. Moins surfer sur la vague de l’événementiel éducatif. Plonger davantage dans la recherche fondamentale, ses méthodes et ses canaux qu’elle soit française, canadienne, suisse, allemande ou anglophone. Parce que je suis convaincue que c’est ce qui me fait progresser le plus, que je veux le vérifier et le prouver.

Bref, deux axes se dessinent : une pratique plus horizontale avec une relation aux apprenants qui ne manquera pas d’évoluer et un choix affirmé pour les travaux de sciences de l’éducation.

Qu’est-ce que le EdchatDE ?

Ceci est la traduction libre de l’interview donnée par André Spang et qui s’intitule « Was ist ein Twitterchat ? ». Si vous souhaitez rafraichir votre allemand, vous en trouverez la vidéo sur Youtube sous le lien suivant http://youtu.be/W0s3sS4mjME.

  1. Qui est André Spang ?

    1. L’un des deux fondateurs du #EdchatDE.

    2. Quel est son pseudo sur Twitter ? @Tastenspieler.

    3. Trois mots qui le caractérisent :

      1. la musique : il est pianiste compositeur

      2. l’utilisation de l’ipad en éducation : il est enseignant de musique et religion en lycée

      3. les ressources éducatives libres

      4. sans oublier le #EdchatDE dont il est le cofondateur avec Torsten Larbig

  2. Qu’est-ce que le #EdchatDE ?

    1. Un chat sur Twitter qui est consacré aux problèmes d’éducation.

    2. Il est destiné à ceux qui s’intéressent aux questions pédagogiques.

    3. Il a lieu tous les mardis de 20 à 21 heures.

    4. Il s’agit d’une sorte de formation pour les enseignants.

    5. Ce chat a pris modèle sur le Edchat créé aux Etats Unis.

  3. Comment fonctionne le #EdchatDE ?

    1. La communauté propose des sujets.

    2. Ces sujets font l’objet d’un vote.

    3. Les questions traitées ciblent plus le domaine scolaire car la communauté est essentiellement composée d’enseignants.

    4. Au cours de la soirée, 6 ou 7 questions sur le sujet choisis sont abordées.

    5. Les tweets sont rassemblés sous forme de tableau ou de wiki. https://twitter.com/EdchatDE

    6. Un blog propose des articles avant pour se plonger dans le sujet et après pour un bilan de la discussion. Vous le trouverez sous le lien : http://edchatde.wordpress.com/

  4. Comment participer ?

    1. Avoir un compte Twitter.

    2. Les questions sont postées environ toutes les dix minutes.

    3. On peut soit répondre soit échanger avec les participants.

    4. Les questions sont numérotées F1 à F7 (F : Frage : question) et les réponses A1 à A7 (A : Antwort : réponse)

    5. Il est important de bien faire figurer le hashtag : #edchatDE sinon la participation se perd dans le flux.

    6. On peut s’aider de Tweetdeck, mais ce n’est pas obligatoire.

    7. Il est important de rester calme car le chat accueille une cinquantaine de participants et produit 700 à 800 tweets.

  5. Le #edchatDE spécial été.

    1. André et Torsten ont mérité des vacances, mais ne souhaitent pas qu’il y ait une interruption.

    2. D’où l’ouverture à d’autres modérateurs volontaires qui fonctionnent par binômes pendant les deux mois d’été.

    3. Le sujet n’est pas choisi par la communauté mais par les animateurs pour qu’ils se sentent à l’aise.

Je vous invite donc à découvrir cette expérience.

Bilan Tice 2013-2014 ou la création d’un espace de parole.

Richesse, mais déséquilibre. Variété des approches, mais dispersion de la pensée. Besoin de recentrage. « Au fil des tice » est devenu « dans le tourbillon des tice ». Tel est mon ressenti en fin d’année.

Le point fort a été la formation personnelle aux outils et aux pratiques. Aux dépens de la recherche fondamentale. Sans que cela ne profite plus que cela aux élèves. Cette étape était cependant nécessaire. Egoistement. Pour moi. Pour gagner en assurance et en confiance. Car ce n’est pas toujours facile, dans le domaine des tice, d’être une femme et, qui plus est, une femme de plus de cinquante ans. Il suffit d’observer les organigrammes tice de l’Education Nationale pour constater que les ABCD de l’égalité ont encore du chemin à parcourir. Donc, même si les « geeks » de service et autres codeurs ne reconnaissent pas toujours mes compétences, d’autres collègues ont bien perçu une évolution. Les élèves aussi.

D’où un bilan difficile à établir quant à ce que ces formations m’ont apporté. Concrètement, peu de ce que j’ai appris à été transféré directement dans mes pratiques pédagogiques. Par exemple, alors que les trois quarts de nos élèves dépendent du ramassage scolaire dans un rayon de 20 à 30 kilomètres autour de notre ville, je n’ai toujours pas introduit de pratiques collaboratives instrumentées. En fait, seule la formation à l’orientation des secondes a bénéficié de la veille et du travail sur la formation tout au long d’une vie initiés par Itypa, ainsi que de la pratique réfléxive liée au C2i.

En réalité, les vrais gains sont indirects. Dans un changement d’état d’esprit. Préjugés et appréhensions irraisonnés ont cédé la place, ni à la diabolisation, ni à l’angélisme, mais au pragmatisme. Les choses sont ce qu’elles sont : autant les regarder en face pour les tourner à notre avantage. Le numérique est partout et j’en prends acte. Il modifie mes façons de faire. Parfois, je ne sais pas manipuler les outils. Je me lance, fais des erreurs, et alors ? Devant les autres, qu’importe ? J’ose faire des choses, même petites, même devant les élèves, même devant les collègues. Et de fil en aiguille, mes relations en vrai avec les membres de la communauté éducative évoluent. Mes petits outils simples tels que mon blog intéressent mes collègues. Surtout ceux qui n’en ont jamais fait mais m’entendent dire en quoi cela m’aide dans mon travail. Mais c’est surtout auprès des élèves que je peux observer un réel changement. Quand ils commencent par me dire « vous, vous êtes plutôt ouverte à l’informatique » ou bien « vous vous débrouillez plutôt bien », je sais qu’il va se passer des choses. Le summum, c’est Gabin. Il code, depuis quatre ans déjà. Le blog, cela lui donne envie de me faire un site de cours, avec des exercices interactifs. Mes devoirs de vacances : préparer une maquette pour un site vraiment conçu pour les élèves.

Je pourrais citer d’autres exemples. Mais la réflexion que je me fais est ailleurs. Quelle image, nous adultes, renvoyons-nous aux jeunes des technologies dans lesquelles ils ont grandi ? Entre ceux qui croient que les jeunes savent tout de cet univers et ceux qui n’y voient que danger, quel espace de réflexion et d’appropriation leur reste-t-il ? Aujourd’hui, je suis donc convaincue que le gain indirect majeur de toutes les formations que j’ai suivies est là : pouvoir parler avec calme des évolutions actuelles, n’éluder aucune question, réfléchir avec sang-froid. Mon espace numérique est devenu un espace de parole avec et pour, autant les collègues que les élèves.