J'enseigne l'allemand depuis 31 ans. L'internet a révolutionné et facilité ma pratique personnelle de la langue. Je suis convaincue que cet outil peut améliorer aussi notre enseignement au quotidien. D'où ce travail de recherche et de réflexion que je mène avec ce blog. En espérant qu'il aidera d'autres que moi à avancer sur ce chemin prometteur.

J'enseigne l'allemand depuis 31 ans. L'internet a révolutionné et facilité ma pratique personnelle de la langue. Je suis convaincue que cet outil peut améliorer aussi notre enseignement au quotidien. D'où ce travail de recherche et de réflexion que je mène avec ce blog. En espérant qu'il aidera d'autres que moi à avancer sur ce chemin prometteur.

Veille informationnelle.

Organiser sa veille informationnelle prend du temps. D’où la moindre régularité dans l’écriture de ce blog.

Quel temps ? D’abord le temps de prospecter les sources. Puis celui de les organiser. Et ce dernier temps est long. Car, comme le souligne Madame Louise  Merzeau dans l’article « Les usages à l’ère du net », consulté le 22 septembre 2013 , il n’y a pas de mode d’emploi pour le net. Alors je cherche comment organiser cette veille.

Le contexte professionnel n’est pas porteur. La veille ne fait pas partie des pratiques courantes des enseignants que je côtoie. Il me faut donc chercher à la mode « internet » c’est-à-dire tâtonner. D’abord dans les moteurs de recherche qui renvoient plutôt vers des articles louant l’intérêt d’une veille bien menée. Puis dans les tutoriels vidéo, finalement plus efficaces mais succincts car ne fournissant que les grandes lignes d’utilisation d’un outil.

Jusqu’au jour où on trouve… un livre. Merci donc à Xavier Delengaigne pour son ouvrage « Organiser sa veille sur internet » aux éditions Eyrolles. Car malgré la complexité de celui-ci, j’avance. Oui, la veille est complexe. Les outils sont nombreux et les fonctionnalités variées, avec aussi des disparitions comme celle de Google Reader. Mais surtout, la veille est personnelle. Je me retrouve donc à creuser au fond de moi ce que je veux vraiment chercher. Comme si l’outil web, superficiel dans ses hyperliens, m’amenait à être de plus en plus précise avec moi-même. Comme si on touchait là un autre web, profond. Se peut-il que le nom du blog « Au fil des TICE » soit mal choisi ? N’aurait-il pas mieux valu l’appeler « Spéléologie des TICE » ? C’est peut-être avec ce genre de propos que, parfois, j’ai le sentiment de nager à contre-courant.

Les compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long d’une vie : quelle vision de la démocratie européenne ?

Si je comprends bien les textes tels que ceux qui sont parus au Journal officiel de l’Union européenne le 18 décembre 2006, c’est désormais l’UE qui définit les objectifs d’éducation et de formation.

Cette décision a été prise lors du Conseil européen de Lisbonne les 23 et 24 mars 2000. Jacques Chirac, alors Président de la République française, était présent et a donné son accord au nom de la France.

Depuis 2000 a donc été adopté, dans ce qu’on appelle désormais la stratégie de Lisbonne (à ne pas confondre avec le Traité de Lisbonne), un « cadre européen devant définir les nouvelles compétences de base à acquérir par l’éducation et la formation tout au long d’une vie. » Je cite ici le Journal officiel.

Ce qui me gêne, ce n’est pas la décision qui a été prise ni les motifs qui la justifient. Ce qui me gêne, c’est l’absence de débat avant, pendant et après la décision. Car s’il est vrai qu’à l’époque, les journalistes ont relayé l’idée de passage à la « société de la connaissance », il n’a pas été question des implications qui s’ensuivraient, à savoir un enseignement pas compétences.

Comment est-ce que je me situe par rapport à tout cela ? Soit j’ai « zappé » des informations, mais dans ce cas, je ne suis pas la seule. Soit les décisions ont été prises sans véritable volonté de susciter le débat. Et dans ce dernier cas, j’y vois des germes de tension à venir

  1. d’abord parce que se crée une rupture démocratique entre les décideurs et les citoyens

  2. ensuite parce que cela génère une entrave pour les citoyens à s’approprier le futur de leur monde et à y réfléchir

  3. enfin parce que cela élude la question de savoir si l’Education nationale est encore « nationale ».

Usages de l’informatique : de l’absence de mode d’emploi comme tremplin vers une réflexion pédagogique.

Madame Louise Merzeau que l’on peut écouter sur le site « interstices » de l’INRIA a raison. Une des caractéristiques de la culture informatique est l’absence de mode d’emploi.

Comment, dès-lors, les jeunes s’approprient-ils le monde logiciel qu’ils découvrent. Ils ont deux méthodes :

  1. D’abord, ils tâtonnent. Ils cliquent et observent l’effet produit par leur clic.

  2. Ensuite, ils visionnent des tutoriels, le plus souvent réalisés par des amateurs qui n’ont qu’une envie : faire partager les astuces qu’ils ont découvertes.

D’où ma question concernant la pédagogie. Pourquoi les tutoriels sont-ils si peu utilisés dans l’enseignement ? Pourquoi si peu d’enseignants se sont-ils appropriés les logiciels de capture d’écrans qui leur permettraient de ne pas répéter pour la énième fois la conjugaisons des verbes au présent ?

Quels usages du net enseigner aux élèves ?

Je n’ai pas de preuve de ce que j’avance mais une intuition. J’ose poser la question d’un usage savant du web. Je ne parle pas de bon ou de mauvais usage. Mais d’un usage ou d’usages au pluriel qui investissent le champ des connaissances et des savoirs et qui deviendraient des usages à enseigner.

Or, pour l’instant, j’achoppe sur la définition de ces usages. Certes, il y a l’opposition entre le ludique et le sérieux, entre activité professionnelle et activité de loisir, entre passe-temps individuel et commerce.

Mais le champ de l’enseignement est autre. Michel Serres me suggère une piste de réponse. Recevoir, stocker, traiter et produire de l’information : là est le nerf de la guerre de l’enseignement.

Mais une autre idée émerge de mes lectures. Toutes ces traces que je dépose, tous ces sites que je fréquente, toutes ces communautés auxquelles j’adhère, tous ces gens que je contacte sans connaître, tout cela me rend visible et fonde mon identité sur le net. Qu’en est-il de cette dimension avec les élèves que je fais travailler avec et sur la toile ?

De la difficulté à gérer une recherche sur les TICE.

Je rencontre des difficultés à mener ma recherche sur les TICE.

  1. Parce que c’est une recherche sur le temps présent. Et le flux du temps est tel que demain est déjà hier.

  2. Parce qu’il s’agit d’une recherche ouverte où préside l’idée de voir ce qu’on ne voit pas encore : distinguer les tendances faibles pour anticiper demain.

  3. Parce que cette recherche est vaste. Certes des algoryhtmes nous renvoient systématiquement à notre sphère d’intérêt. Mais les champs de l’information sont énormes car mondiaux et très investis.

  4. Parce que cette recherche est une errance. On saute de lien en lien et on perd, au cours de ce périple, justement le lien qui nous paraissait le plus intéressant.

Le moment est venu pour moi d’organiser cette recherche. La jungle des sites de référence s’est (un peu) éclaircie. Désormais, je me mets en quête de l’outil qui me permettra de gérer les liens et les flux qu’ils génèrent. J’apprendrai à m’en servir , en essayant de ne pas trop procrastiner. Mais me mettre à un nouveau logiciel est pour moi plutôt un défi à surmonter qu’une nouvelle contrée à découvrir.

Mon dossier portfolio numérique

  1. Qu’est-ce qu’un portfolio numérique ?

    1. Et si vous commenciez par jeter un coup d’oeil sur des exemples : en cliquant sur ce lien, cela vous permettra de vous faire une idée de ce que cela peut être.

    2. Tentative de définition :

      1. un portfolio numérique est un site internet personnel

      2. il vise à faire valoir les compétences et les savoir faire d’un individu soit en terme de formation, soit à des fins professionnelles

      3. c’est une sorte de CV en ligne, mais un CV évolutif car les traces de ce qu’on a fait par le passé ne s’effacent pas et on peut cumuler au fur et à mesure les expériences faites au jour le jour

      4. c’est donc aussi un document d’accompagnement

  2. Comment ça marche ?

    1. Ce que vous avez vu dans les exemples, c’est la partie visible de l’iceberg, la vitrine.

    2. Mais il y a ce que vous ne voyez pas (parce que pas publié par les étudiants), qui constitue la partie immergée de l’iceberg et que j’appelle l’arrière boutique. Dans une partie confidentielle, que les étudiants gèrent eux-mêmes, on trouve :

      1. les documents d’accompagnement fournis par l’équipe d’encadrement

      2. les données qu’ils stockent eux-mêmes

      3. des exemples de tout cela :

        1. la liste des jobs d’été avec nom de l’entreprise, les tâches effectuées etc…

        2. leur press-book sur les activités associatives qu’ils peuvent avoir menées

        3. les comptes-rendus de stages

        4. des comptes-rendus de conférences

        5. etc…

    3. Certaines plateformes de portfolio comportent aussi un réseau social qui permet aux étudiants de mutualiser certaines informations

  3. Les collègues qui ont expérimenté cet outil sont unanimes :

    1. C’est un outil qui améliore la réflexion des étudiants sur leur projet et leur prise en compte de la vie réelle du monde du travail

    2. Mais c’est un outil qui nécessite un accompagnement et accompagner les élèves signifie :

      1. les former à l’utilisation de l’outil

      2. leur fournir un plan de route, c’est-à-dire une liste de tâches bien précises avec des échéances dans le temps

      3. veiller à ce qu’ils fassent bien le travail demandé

      4. les encadrer en cas de besoin

      5. vous pouvez retrouver quelques expériences sur les liens suivants (pardon à ceux dont j’ai consulté les travaux et pas cité ici) :

        1. C Loisy, S Mailles-Viard et H Breton : « Se connaître et s’orienter grâce au portfolio numérique »

        2. Bernard Gagnon et Serge-Philippe Tremblay : « le portfolio en Comptabilité et gestion : la stratégie du petit pas » que j’adore car on voit que la technique, c’est pas son fort, mais il s’en sort. Il faut impérativement regarder aussi la vidéo.

  4. Et la phase technique ? Pour l’instant, je fouille dans le web et j’ai découvert :

    1. un tutoriel de la plateforme dédiée Mahara. A ce tutoriel, on peut joindre des documents conçus par un collègue d’Hérouville-Saint-Clair : celui du tuteur référent et celui de l‘étudiant.

    2. un déroulé de portfolio numérique fabriqué avec les outils Google

    3. un mode d’emploi de Sherpa ainsi que le bulletin Clic d’avril 2013 consacré à cette plateforme dédiée.

Le fil du blog change.

Ce que j’affiche aujourd’hui sous forme d’article apparaîtra sous forme de page à la place du « pourquoi et comment du blog ».

Car depuis février, ma vision de la recherche à mener a évolué. Certes je continue à mettre en place ma réflexion sur la révolution du numérique en pédagogie. Je poursuis donc mon analyse sur la manière dont les savoirs sont élaborés avec ces nouveaux outils et les conséquences qui en découlent. Mais je dois y ajouter l’étude des tendances du web 2.0 ainsi que les répercussions sociétales qu’elles impliquent.

Surtout, je suis de plus en plus convaincue qu’on ne peut pas dissocier une recherche sur la pédagogie du numérique d’une réflexion globale sur ce qui fait réellement progresser les élèves que ce soit numérique ou non. Désormais figureront dans le blog aussi des articles n’ayant pas directement trait au numérique.

Quelle(s) stratégie(s) pour le net ?

Cette fiche s’appuie sur un article d’Hubert Guillaud intitulé « Passer des stratégies identitaires aux stratégies relationnelles » et publié dans internet actu.net le 30 avril 2013.

L’auteur part d’une citation de Dominique Cardon. Selon ce dernier, le risque d’internet est moins de créer de l’inauthenticité que de creuser des écarts entre ceux qui savent jouer de leur identité et exploiter les liens faibles de la toile et ceux qui restent enclavés dans des relations de proximité.

Car savoir jouer de son identité numérique en utilisant chaque média de manière optimale est déjà une compétence « différenciante » et discriminante. Plutôt donc que d’insister sur la réputation en ligne et les problèmes de sécurité, il serait tout aussi judicieux de se définir une stratégie pour chaque espace et d’optimiser l’utilisation des outils afin de mieux valoriser les liens faibles et se constituer un réseau plus efficace.

Internet, une révolution du doux qui bouleverse pas nécessairement en mal nos manières de connaître.

Le 20 décembre 2007, Michel Serres donnait à Lille, pour les quarante ans de l’INRIA, une conférence s’intitulant « Les nouvelles technologies, révolution culturelle et cognitive ».

En introduction, il définit ce qui pour lui caractérise un être vivant. Un être vivant stocke de l’information, traite de l’information, émet de l’information et reçoit de l’information. Et pour cela, il utilise un support.

Le couplage support-information est donc fondamental pour déterminer comment l’homme connaît, c’est-à-dire comment il stocke, traite, émet et produit de l’information. Et ce couplage a une histoire qui comprend quatre stades. Le premier stade est celui de l’oral où les informations étaient stockées dans le corps, la mémoire et la voix de l’homme. Le deuxième stade commence avec l’apparition de l’écriture. Le troisième apparaît avec l’invention de l’imprimerie. Nous vivons actuellement le quatrième stade avec l’émergence des nouvelles technologies. Que nous apprennent les stades 2 et 3 ? Nous apprenons qu’à chaque fois que le couplage support -message change, tout change, à savoir l’organisation de l’espace, les échanges entre les hommes, le savoir scientifique, la pédagogie aussi.

Ces changements ont des répercussions sur l’espace. C’est ce que Michel Serres analyse en prenant l’exemple de l’adresse. Autrefois, notre adresse désignait le point géographique où nous nous trouvions. Aujourd’hui, notre adresse mail est accessible de partout : elle ne correspond plus à un lieu avec une longitude et une latitude données. Ce qui implique qu’entre nous, nous ne nous rencontrons plus dans les mêmes lieux.

Mais ces bouleversements ont aussi des répercussions sur nos manières de connaître. Michel Serres développe alors l’exemple de la mémoire. Car, avec l’écriture et l’imprimerie, nous avons perdu la mémoire. Tout ce que les contemporains du stade oral apprenaient par coeur, aujourd’hui, nous le prenons en note. Et quand le livre est apparu, il n’y avait plus de raison valable d’apprendre des choses par coeur. Il valait mieux avoir une tête bien faite qu’une tête bien pleine.

Nous avons donc au cours du temps perdu la mémoire. Mais pour quel gain ? Celui que procure l’outil universel qui libère l’homme de ses contraintes de fonctionnement. Il cite alors l’exemple de la bipédie. Cela a conduit à l’atrophie des membres antérieurs. Mais sans cette atrophie, la main, outil universel, ne serait pas ce qu’elle est devenue. Et sans cette atrophie, la bouche, qui n’avait d’abord qu’une fonction de préemption, n’aurait pas été libérée et la parole n’aurait pas existé.

En fait, il y a une perte, mais contrebalancée par un gain. L’imprimerie, par exemple, a libéré l’homme de « l’écrasante obligation de se souvenir » et a permis, entre autres, l’émergence des sciences physiques. Nous perdons une partie de notre mémoire subjective que nous externalisons objectivement. Cela libère notre créativité. Cela démontre aussi que la mémoire n’est pas une faculté cognitive donnée et permanente mais qu’elle s’adapte au support dont elle dispose.

Nous est ainsi annoncé un bouleversement de la cognition, et par voie de conséquence de la pédagogie. Un bouleversement positivement vécu car plutôt que de regretter la puissante mémoire du passé, Michel Serres décide de mettre en évidence la créativité libérée. Loin de ce que mettent en exergue Messieurs Meirieu, Kambouchner et Stiegler dans « L’Ecole, le Numérique et la Société qui vient ». De quoi donner une bouffée d’air frais dans ce que tous reconnaissent comme un bouleversement de l’acte d’apprendre et de la façon de connaître.