C’est ici que vous trouverez les astuces que j’ai envie de partager.

L’ergonomie des outils numériques : un sujet sensible.

L’ergonomie des outils numériques est un sujet sensible pour deux raisons. D’abord parce qu’il s’agit d’une interface, donc d’une zone de friction qui implique rencontre et résistance . Ensuite parce que cette rencontre se fait entre deux identités qui doivent s’adapter l’une à l’autre : celle de l’usager et celle de l’entreprise qui conçoit l’outil numérique.

Quand l’usager reproche son manque d’ergonomie à un service web, il veut dire qu’il n’arrive pas à l’utiliser ou qu’il n’arrive pas à le faire facilement. Si on lui dit alors qu’il se trompe et qu’en fait, l’objet est ergonomique, cela revient ni plus ni moins à le déclarer, lui, l’usager, incompétent. Et d’ailleurs, c’est ce qu’on lui fait implicitement comprendre quand on lui suggère de faire une formation, d’aller voir un tutoriel ou en osant la phrase assassine « il faut s’habituer ». En terme de sentiment d’auto-efficacité ou de confiance en soi, cela n’est pas la meilleure expérience qui soit.

De l’autre côté, pour l’entreprise qui a conçu l’outil numérique, l’enjeu est important. Une critique argumentée peut avoir des effets ravageurs. Parce qu’elle verse de l’eau au moulin des détracteurs de la solution concernée, qu’elle paralyse les hésitants et détournent les audacieux vers d’autres offres. Or derrière une entreprise, il y a des emplois. Chez certaines, il y a aussi des valeurs et une réelle envie de donner le meilleur.

Comment dès-lors aborder la question de l’ergonomie et surtout de ses manques ?

Personnellement, ne pas aborder les sujets qui fâchent, ne montrer que le bon côté des choses, heurte mon côté pragmatique et surtout mes valeurs. J’ai besoin d’être honnête avec moi-même.

Cette honnêteté, elle me permet aussi de nouer des relations de confiance avec les autres. Or, cette confiance est d’autant plus importante qu’elle libère la parole. Je ne fais pas mystère de ce que j’apprécie dans un outil numérique. Pourquoi devrais-je taire mes difficultés ? D’autant qu’ensuite, dans des cadres informels, des échanges fort intéressants s’instaurent où certains osent « avouer » ce qu’ils ignorent ou tout simplement demander de l’aide, souvent en commençant par «  Toi aussi tu as du mal avec ce truc-là. ».

Par ailleurs, je ne veux pas mettre à mal des entreprises dont j’apprécie la qualité d’écoute, la réflexion professionnelle et l’implication. D’où la double question suivante :

Comment trouver, concernant l’ergonomie des outils numériques, les mots qui respectent les uns et les autres ? Comment évoquer des désagréments qui, une fois discutés et réfléchis ensemble, permettront d’avoir de meilleurs outils avec une ergonomie améliorée profitant à tous ? A l’heure où le numérique pédagogique est en cours d’élaboration et pas encore bien stabilisé, trouver les conditions d’un dialogue optimal entre les différents partenaires me paraît fondamental.

La question des arborescences sur les plateformes de cours en ligne (ENT).

Depuis décembre, je « patine » avec l’ENT. L’une des raisons est la modification des arborescences de cours. En effet, les élèves rencontrent deux types de difficultés. La première est liée à l’usage de la version mobile de l’ENT. Plus l’arborescence est longue, moins elle est immédiatement visible sur l’écran petit format du smartphone et surtout moins on s’y retrouve. L’idéal est donc une arborescence complète qui tient en entier sur un seul écran. Le problème n’est pas mineur quand on sait qu’un quart des élèves n’ont pas d’ordinateur chez eux pour travailler. La seconde difficulté tient à la mauvaise maîtrise des arborescences par certains élèves. Un collègue avait attiré mon attention là-dessus. Cela se confirme et constitue une surcharge cognitive. Un apprentissage que l’on croit acquis ne l’est pas. Ainsi certains élèves ne retrouvent pas le cours sur lequel ils doivent travailler même si le chemin pour y accéder leur a été clairement expliqué et détaillé, même si un lien mène directement du cahier de textes en ligne au dossier.

J’ai donc repensé mes arborescences. J’en ai diminué la longueur. Désormais, elle ne dépasse pas cinq éléments, et si possible, j’essaie de m’en tenir à quatre éléments. Pour y arriver, j’ai créé un dossier archivage en fin de liste. C’est là que les élèves retrouvent leurs anciens cours qu’il m’arrive d’utiliser même en fin d’année. En tête de liste se trouve le dossier consacré au cours du moment. Entre les deux peuvent se trouver des dossiers spécifiques tels que grammaire ou compréhension orale. A l’intérieur du cours du moment, je procède de la même façon : quatre éléments, pas plus.

Cela signifie que sur l’Educ de Normandie, je n’utilise quasiment plus les utilitaires « fichier » ou « remarque », mais que je les ai remplacés par l’utilitaire « page » qui permet de faire des montages. Une première « page » donc accueille tous les documents utiles au cours. Une deuxième intitulée « Wörter » consigne les fiches de vocabulaire sous leurs différentes formes (audio en MP3 ou listes en PDF). Vient ensuite, si besoin, un dossier « exercices » et enfin une « remarque » qui permet de faire le secrétariat de cours.

Depuis deux semaines, je teste. Ce genre de test n’est pas évident car une organisation modifiée du cours et de son arborescence peut gêner les élèves à cause du changement d’habitude que cela génère. Comme par ailleurs, l’accès à nos salles informatiques est compliqué, voire impossible à certaines heures, je ne peux que difficilement voir par moi-même en situation réelle comment les élèves s’en sortent. Je peux encore moins les observer quand ils utilisent leurs portables car ils ne le font que de chez eux ne disposant pas de forfaits illimités. Il va donc falloir encore quelque temps avant d’obtenir un retour et de pouvoir évaluer l’impact de cette modification.

Je suis donc confrontée à trois problèmes. Le premier relève des compétences des élèves que nous croyons acquises et qui ne le sont pas, ici le repérage dans les arborescences. Le deuxième est didactique : il s’agit de trouver des solutions pour permettre aux élèves d’acquérir les compétences en question. Le troisième est purement et bêtement matériel : disposer des équipements permettant l’acquisition des dites compétences. Pour toutes ces raisons, l’expérimentation pédagogique de terrain prend donc souvent plus de temps qu’on ne l’imagine. D’autant que la question de la maîtrise des arborescences par les élèves me paraît encore plus complexe que ce que j’ai pu en percevoir pour l’instant.

Arborescence (à gauche) et « page » (à droite)

Compréhension orale en allemand : améliorer la stratégie d’écoute des élèves avec l’ENT.

L’utilisation de l’ENT pour faire travailler la compréhension orale en allemand présente un double gain : sur le plan du temps et de la méthodologie.

Une compréhension orale se déroule au moins en deux temps. Elle commence obligatoirement par un temps d’écoute et de prise de notes et aboutit à une restitution.

Ce qui caractérise la phase d’écoute, c’est qu’elle est individuelle et solitaire. Elle ne nécessite pas l’apport du collectif ni celui de l’expertise enseignante. Elle peut être réalisée en toute autonomie. L’usage personnel de l’ENT peut alors suppléer le travail en classe en présentiel.

Sur l’Educ de Normandie, j’utilise l’outil « devoir » à cette fin. Car il me permet d’insérer le document audio à écouter et de demander aux élèves de réaliser la prise de notes directement sur l’ENT ainsi qu’éventuellement la restitution de l’audio.

Le premier intérêt est d’économiser du temps de cours. Le deuxième, c’est d’obtenir une trace lisible de la prise de notes… qui s’avère intéressante à exploiter sur le plan méthodologique. Car les élèves qui réussissent dans cette compétence n’ont pas les mêmes stratégies ni les mêmes pratiques que ceux qui rencontrent des difficultés. D’abord, ils reconnaissent plus de lexique avec plus d’exactitude. Ensuite, ils organisent leur prise de notes en parties et sous-parties en laissant des blancs là où il leur manque des éléments. Par contre, les plus à la peine prennent des notes au fil de la plume, alignent les éléments les uns à la suite des autres et notent des « bouillies de sons » qui ne donnent aucun sens. A un niveau intermédiaire, les élèves vont à la ligne à chaque nouvelle idée repérée avec des éléments lexicaux bien reconnus.

Montrer les différentes manières de prendre des notes est alors riche d’enseignement. Car les élèves peuvent s’inspirer de ce qu’ont fait leurs camarades pour progresser et échanger des conseils avec eux. Quant à moi, je peux cibler plus précisément mes exercices de remédiation. Proposer des exercices types « dictée de mots » pour pallier le psittacisme, par exemple.

Techniquement, cet exercice me demande très peu de temps à préparer et ne requiert pas de compétences techniques particulières. Mais il me permet, à moi et aux élèves, de visualiser les tâches intermédiaires qui mènent au résultat attendu. De quoi permettre aux élèves de se donner des objectifs de progression plus clairs. Pour les plus faibles : travailler le lexique et la discrimination auditive. Pour les moyens : réfléchir à la manière d’organiser son écoute. Pour ceux qui n’ont pas de difficultés : se risquer sur les supports plus exigeants.

Améliorer les connaissances lexicales des élèves en allemand grâce à l’ENT.

Depuis qu’en plus des fiches écrites de vocabulaire, j’utilise l’ENT pour faire travailler le lexique, les élèves mémorisent plus rapidement plus de vocabulaire de manière plus durable. Pour ce faire, j’ai recours à deux fonctionnalités présentes dans l’Educ de Normandie, l’ENT de référence de l’ex-région Basse Normandie. A savoir : l’enregistreur et l’outil « pages » qui permet un accès clair, facile et direct à des ressources extérieures variées grâce à des liens.

L’enregistreur me permet de mettre en voix les listes de vocabulaire issues soit du manuel pour les étudiants de classe prépa soit des fiches que j’ai conçues moi-même pour les autres classes. Les élèves peuvent télécharger ces audios sur leurs téléphones portables et certains profitent de leurs longs trajets en car … pour apprendre leur allemand. Associer le son à l’écrit présente plusieurs avantages : le son devient une possibilité supplémentaire d’apprentissage, la prononciation des mots et des expressions est correcte, reconnaître les mots d’un audio lors d’un exercice de compréhension orale devient plus aisé.

Avec l’outil « pages », je peux renvoyer les élèves à des ressources extérieures telles que l’Audiotrainer de la Deutsche Welle qui est très pratique pour homogénéiser les connaissances lexicales des élèves de seconde. Avec un lien vers l’audio, un autre vers le script, les deux étant téléchargeables en toute légalité, les élèves se retrouvent avec des supports d’autant plus exploitables en autonomie qu’ils ont fait l’objet d’une initiation progressive en classe.

Les progrès sont nets. Certains étudiants de CPGE qui, par le passé, peinaient à mémoriser une page entière du manuel de vocabulaire parviennent à en maîtriser deux. Les autres ont réduit le temps consacré à l’apprentissage de ces mêmes listes. Les élèves du secondaire prennent de bonnes habitudes d’apprentissage dans un domaine pas évident, mais fondamental et qui requiert de l’autonomie parce que l’assimilation des mots ne peut être qu’individuelle.

Quant à la dimension technique, elle s’avère réduite. Il suffit d’aller chercher des liens, de les copier et de les intégrer dans une page grâce à un bouton intitulé « liens ». Pour l’audio, le plus long est le temps passé à enregistrer les mots. Quant à la plus-value pour les élèves, elle est si évidente qu’il serait dommage de s’en passer.

De la visibilité des cours publiés en ligne.

Quand on publie ses cours en ligne sur une plateforme destinée à cet usage, ceux-ci deviennent visibles. Concrètement, cela signifie qu’en quelques clics de souris, on peut voir :

  1. la construction générale du cours

  2. sa richesse

  3. son organisation interne

  4. sa cohérence

  5. les interactions avec les élèves.

Bref, la vision pédagogique qui sous-tend l’élaboration du cours, est immédiatement perceptible, ce qui n’est pas le cas dans un cahier de textes, même numérique.

Pour peu qu’à un moment donné, l’enseignant ait eu besoin d’une aide technique, il a été amené à expliquer et expliciter ses choix et ses objectifs, donc à adopter sans le vouloir une démarche réflexive sur ses pratiques et ceci, en présence d’un tiers.

In fine : une plateforme de cours en ligne peut dès-lors s’avérer être un levier d’évolution pédagogique et ceci pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle rend visible ce qui ne l’était pas auparavant, à savoir le travail de structuration pédagogique opéré par l’enseignant. Ensuite, parce qu’elle peut le pousser à verbaliser ce qu’il a fait dans le silence et la solitude de son temps de préparation.

Pour ce qui me concerne, je sais que la période de mon « vivons heureux, vivons caché » pédagogique est définitivement révolue.

De « l’outil numérique » dans l’enseignement.

Pour moi, l’expression « l’outil numérique » au singulier et avec l’article défini « l’ » ne veut rien dire alors qu’il est couramment utilisé dans l’Education Nationale. Car le numérique, au singulier, ce sont des octets de 0 et de 1 qui transforment des textes, des sons et des images en suites de nombre.

Par contre, il y a des outils numériques (au pluriel et à l’indéfini) qui portent tous des noms que, la plupart du temps, l’Education Nationale ignore où qu’elle utilise pour le moins de manière maladroite.

Prenons l’exemple de l’ENT, acronyme de « Environnement numérique de Travail ». Selon le dictionnaire « Le Robert », « environnement » signifie : « Ensemble des conditions naturelles dans lesquelles les organismes vivants se développent ». Si j’analyse les conditions, non pas naturelles, mais numériques dans lesquelles moi, organisme vivant, je me développe professionnellement, je constate que l’ENT dont parle l’Education Nationale n’est qu’un élément d’un environnement numérique bien plus vaste. Car ce que l’institution appelle ENT est une plateforme de mise en ligne de cours et d’activités administratives liées à l’enseignement.

Or, mon écosystème de travail, s’il inclut l’ENT version Education Nationale, comporte d’autres éléments tels que :

  1. Un réseau social numérique, Twitter, qui me permet de suivre des personnes qui soit diffusent des informations pertinentes soit relayent celles des autres intelligemment.
  2. Un agrégateur de flux RSS, Feedly, qui me permet de suivre des sites que j’ai soigneusement sélectionnés.
  3. Un outil de partage de signets, Pearltrees, qui me permet de collecter, stocker et classer des pages web selon la taxonomie qui me convient.
  4. Deux outils de curation : un scoop.it, un journal qui compile les articles qui ciblent mon centre d’intérêt et un blog.
  5. La suite bureautique Open Office, indispensable pour créer des documents textes à destination des élèves.
  6. Un éditeur de cartes mentales, Mindomo, afin de structurer ma pensée et d’aider les élèves à structurer la leur.
  7. D’autres logiciels tels que Audacity qui, pour une enseignante de langue vivante, s’avère incontournable.
  8. Le logiciel administratif de traitement de notes et d’absences d’élèves dans lequel je ne vois pas d’intérêt pédagogique, mais une simple feuille de tableur améliorée pour les besoins comptables de l’administration.
  9. Enfin, il y a l’ENT tel que l’entend l’Education Nationale qui me sert à déposer mes cours et mes ressources, que les élèves utilisent pour faire leurs travaux autour desquels nous échangeons.

On constate donc, à partir de cette énumération, que dans un monde de l’outil numérique qui n’existe pas, j’utilise des outils qui constituent, à mes yeux, un environnement numérique de travail qui n’est pas un ENT au sens où l’entend l’Education Nationale.

Salon Educatec-Educatice : mon bilan.

Vendredi 11 mars 2016, je suis allée au salon Educatec-Educatice : bilan en plusieurs points.

La question des ENT (environnement numérique de travail ou plateforme de cours).

Le salon est l’endroit idéal pour découvrir les ENT qu’on n’a pas et pour prendre du recul par rapport à ce que l’on a. Surtout quand on décide de poser une question de prof telle que « Comment fait-on un cours sur l’ENT ? » Je n’imaginais pas à quel point la requête est redoutable. Elle l’est. Soit l’exposant est gêné. Il ne sait pas, par exemple, où est le compte prof de son modèle de démonstration ou comment on accède aux outils. Ou bien il ne connaît que la fonction « cahier de textes », lieu où, comme chacun le sait, l’élève ne fait que retrouver des cours faits. Soit, autre variante, l’exposant est hyper-pointu et c’est le prof qui risque d’être embarassé. Il y a les vendeurs et … « ceux qui bossent » la pédagogie. Je préfère de loin les seconds, même quand je les trouve un peu trop socio-constructivistes.

Les partenariats du Ministère de l’Education Nationale.

Je ne sais pas si le seul numérique éducatif est concerné. Mais les partenariats et/ou les relations entre MEN et acteurs extérieurs au monde de l’éducation augmentent.

Certains sont très controversés tels que le partenariat avec Microsoft. A juste titre.Quand on tente de lire le long chapître consacré à la confidentialité du nouveau Windows 10, on se demande ce qu’on pourra raconter aux élèves en terme de protection de la vie privée. Toutefois, un axe me paraît intéressant : celui de la formation des enseignants par l’entreprise conceptrice du produit. Elle heurte certaines collègues. Moi, elle me paraît logique. Quand les agents d’un établissement scolaire reçoivent un nouveau lave-vaisselle, ce ne sont pas leurs collègues d’un autre établissement qui vont leur en présenter le fonctionnement, mais les commerciaux de l’entreprise marchande.

D’autres relations me paraissent relever du cercle vertueux. Je pense à ce que j’ai compris de l’offre éducation de Pearltrees. Au départ, le ministère constate que le service est utilisé par de nombreux enseignants. Mais il est pleinement ouvert sur le web, ce qui ne correspond pas à des usages scolaires normaux. Le ministère contacte l’entreprise pour qu’elle réfléchisse à une offre sécurisée. L’intérêt, c’est la prise en compte de l’initiative de terrain, ces gisements locaux dont on a si souvent l’impression qu’ils sont oubliés dans les décisions officielles.

Il y a aussi les partenariats habituels et d’autres plus inhabituels, comme celui que j’ai découvert entre le ministère et Maxicours, organisme privé de soutien scolaire. Là il s’agissait de concevoir des graphes de compétences afin de diagnostiquer les besoins des élèves avec plus de précision.

Mettre des noms et des têtes sur les avatars repérés sur les réseaux sociaux.

Le salon, c’est l’occasion de voir Monsieur ENT, Monsieur Pearltrees. De rencontrer aussi ces gens qui se sont abonnés à vos comptes sur les réseaux sociaux sans que vous compreniez pourquoi. C’est aussi l’occasion d’assister à des tables rondes, de comprendre certaines informations que vous avez vu passer sur votre veille informationnelle et dont vous ne voyiez ni les tenants ni les aboutissants. Je sais par exemple ce que veut dire « class-codes » que j’avais vu passer sans imaginer ce que je pourrais en faire.

Mais en creux, il y a aussi deux regrets.

  1. L’objectif principal du salon : l’équipement matériel.

    L’offre purement pédagogique est restreinte sur le salon. Elle est en grande partie assurée par le ministère et les académies de Versailles et Créteil : un peu parisien le truc ! Le stand des éditeurs m’a beaucoup déçue car on en est encore à « Vous enseignez quelle matière ? ». J’aurais préféré entendre : « Vous enseignez comment ? ». Quant aux manuels numérique, on en est encore au stade S du modèle SAMR. Par contre, je regrette d’avoir découvert seulement au moment de partir le seul concepteur de cartes mentales présent « Mindview ». Dommage.

  2. Un salon éducatif sans prof.

    Le point qui m’a le plus gênée, ce sont les allées plutôt vides et le nombre d’exposants supérieur au nombre de visiteurs. A qui s’adresse donc ce salon ? Essentiellement aux acheteurs d’équipements. Car très peu d’enseignants peuvent y être présents : les vrais profs qui ont de vrais élèves à qui ils font de vrais cours dans de vraies salles de classes ne peuvent pas être là. A moins qu’ils ne fassent ce que j’ai fait : demander une autorisation d’absence, rattraper ensuite tout ce qu’il est possible de rattraper, et ce, parce que j’ai la chance d’avoir un chef d’établissement ouvert aux questions pédagogiques. Doit-on comprendre que les enseignants ne sont pas des professionnels de l’éducation et qu’ils le sont encore moins quand il s’agit du numérique ? Ouvrir un jour non ouvrable est peut-être une piste à explorer.

L’ENT : rigueur et effet boomerang.

Après avoir enquiquiné tous azimuts au sujet de l’ENT, j’ai reçu les coups de pied au derrière dont j’avais besoin.

D’abord, « l’engin » nécessite une réelle formation. Savoir construire un scénario de cours et le subdiviser en sous-parties ne suffit pas. Faire le tour des différentes fonctionnalités non plus.

L’ENT est une école de la rigueur car l’algorithme est impitoyable. Si, dans les exercices, je veux utiliser la correction automatique, les éléments de correction que j’indique doivent être parfaitement exacts et en complète cohérence avec le support dont ils sont issus. Si, par exemple, les élèves doivent repérer une date dans un texte et que celle-ci apparaît sous la forme 10/08/14, je dois veiller à faire figurer cette forme de date dans mes éléments de correction et ne pas autoriser comme seule réponse valide le 10 août 2014. Autre point : si je veux faire faire un devoir aux élèves, je dois impérativement préciser les modalités d’évaluation car un devoir sans évaluation critériée n’existe pas sur l’ENT. C’est un exercice à réponse ouverte.

Alors, contrainte nouvelle en sus ? Peut-être, mais pas vraiment. Car l’ENT m’amène surtout à expliciter avec de plus en plus de précision le sens et les modalités de mon action pédagogique. Comme si ma demande envers l’outil me renvoyait un boomerang formateur.

Tentative : définir les attentes légitimes envers une plateforme de cours en ligne.

« Les attentes envers l’ENT varient en fonction des pratiques de chaque enseignant ». Cette remarque venant d’un collaborateur de plateforme de cours en ligne est parfaitement audible. Mais tous y gagneraient en posant le problème d’une autre manière. A savoir : quelles sont les attentes pédagogiques légitimes que l’on peut adresser à ce type de support ?

D’abord, il y a la question de la confidentialité. Est-elle nécessaire en pédagogie ? Si oui, dans quelle mesure et jusqu’à quel point ? Dans le modèle basique d’Openclassroom par exemple, tout est ouvert après inscription rapide sur la plateforme. La confidentialité n’apparaît que dans la version premium. En usage scolaire, tout doit-il être secret ? Il me semble que non, même pour une question de droits d’auteur. Quand je fais travailler mes élèves sur des bandes annonces de film diffusées sur Youtube et qu’à partir de ce support, nous constituons une fiche de vocabulaire, il n’y a rien de mystérieux à cela. Par contre, les productions d’élèves annotées ne doivent pas nécessairement être publiées et visibles de tous.

Vient ensuite la question du stockage. Fondamentalement, il n’y a pas de cours sans ressources. Sauf que les enseignants ne prennent conscience du problème que quand ils sont confrontés… aux limites de l’espace qui leur est dédié. Là une réflexion doit être menée conjointement entre les fournisseurs de services informatiques, les enseignants, mais aussi les institutions pédagogiques.

Un troisième élément pédagogique fondamental, c’est la notion de progression. Ce n’est pas parce que je viens de m’inscrire sur un cours en ligne pour apprendre à coder que je vais savoir aussitôt créer l’exerciseur dont je rêve en tant que professeure de langue en matière de son. Tout cours comporte donc une progression. Dans ce domaine, le numérique ouvre des possibles mais suscite aussi des attentes. Autrefois (mais ça, c’était avant), seul l’enseignant concepteur du cours décidait à quel moment déclencher une nouvelle étape d’apprentissage. Aujourd’hui, avec certaines plateformes, mais pas toutes, l’aboutissement du travail de l’apprenant permet de lancer le niveau suivant. Le numérique ouvre donc la possibilité d’un travail d’apprentissage autonome grâce à l’automatisation des étapes de progression.

Autre point fondamental. Les élèves ont besoin d’un cours clair. Deux conditions à cela. La première est une condition pédagogique. L’enseignant qui conçoit le cours doit savoir ce qu’il veut faire, où il veut aller et par quel chemin il entend passer. La seconde est une condition technique : la plateforme doit aller dans le sens de cette clarté pédagogique. Qu’est-ce qui doit, prioritairement, apparaître dans l’arborescence de fichiers que constitue un cours sur plateforme ? La tâche que doit effectuer l’élève (cours, exercice, devoir…) ou la nature du fichier déposé (page, remarque, fichier, lien, image ou autre) ? De cette exigence de clarté découlent deux points à travailler. Le premier concerne la formation des enseignants. Pour l’instant, elle est obnubilée par la manipulation des fonctionnalités. Elle doit absolument inclure la réflexion sur la structuration des cours et la prise en compte de l’expérience de l’élève. Ce champ ne relève pas entièrement des compétences de fournisseurs de plateforme. L’autre point à travailler concerne le dialogue entre le champ pédagogique et le champ informatique. Les enseignants ne sont pas des développeurs. Les développeurs ne sont pas des enseignants. Une plateforme amène les deux à travailler ensemble. Sachant que les donneurs d’ordre sont institutionnels, il y a là un cercle vertueux à créer. Les autorités éducatives ont pour tâche de définir avec pragmatisme et sens des réalités les principes d’enseignement qui permettent aux apprenants de devenir efficaces dans leurs apprentissages. Elles doivent donc apprendre, pour les concepteurs de plateformes, à rédiger des cahiers des charges structurés qui dégagent des priorités et des champs de force. Pour ce faire, elles peuvent s’appuyer sur des recherches en éducation sérieusement menées. Ou bien rechercher les forces vraiment vives qui ne demandent qu’à sourdre dans les salles de professeurs.

Il y a un point que je n’ai pas encore abordé car il me paraît difficile. Il touche le travail collaboratif. A mon sens, les contours en sont encore flous pour deux raisons. La première, c’est le manque de définition pédagogique de ce qu’on entend par là. Relire l’article de ce blog intitulé « Distinguer l’apprentissage collaboratif de l’apprentissage participatif »  vous permettra de voir où je veux en venir. L’autre raison, c’est que les usages collaboratifs liés au numérique sont loin d’être fixés chez les usagers au quotidien. Pourquoi les élèves créent-ils des pages sur Facebook pour travailler ensemble ? Pourquoi continuent-ils d’en créer même si les plateformes de cours proposent des forums, des wikis et des blogs ? Parce que ces outils-là ne correspondent sans doute pas à ce qu’ils veulent faire. Par ailleurs, nos jeunes à qui on dit qu’il ferait mieux d’aller voir leurs copains / copines plutôt que de rester devant l’ordinateur, justement jouent sur des jeux en ligne avec leurs ami(e)s de collège ou de lycée. Ils discutent ensemble via Skype et passent de très bons moments. Je ne dis pas qu’il faut concevoir de tels dispositifs sur des plateformes de cours en ligne. Ce que je veux dire, c’est que les outils numériques ayant pour objectif de mettre en place des pratiques collaboratives de nature pédagogique me paraissent difficiles à développer informatiquement dans la mesure où on ne voit pas comment les penser et les scénariser.

J’ai sans doute omis des points que certains jugeront fondamentaux. Cependant, j’ai tenté de sortir de ma petite crèmerie personnelle, de mes manies, de mes lubies et de mes caprices individualistes d’enseignante. Puissé-je avoir donné envie à d’autres d’aller au-delà de leurs pratiques personnelles pour chercher ce qui permet à tous d’apprendre au mieux de ses possibilités et peut-être aussi avec le plaisir de la modernité.

L’ENT Itslearning, des améliorations possibles ?

« Le Vademecum : des usages pédagogiques du numérique » que nous a communiqué l’inspecteur d’allemand la semaine dernière préconise : « des logiciels dont la configuration n’autorise à passer au point suivant que si les réponses sont bonnes ».

Actuellement, la plateforme ENT Itslearning déployée dans l’académie de Caen ne le permet pas.

Voilà donc ce que je voulais réaliser :

  1. une série de quatre exercices

  2. des exercices progressifs : l’accès à l’exercice 2 ne pouvait être possible qu’après la réalisation de l’exercice 1 et ceci, jusqu’à l’exercice 4

  3. chaque exercice devait permettre deux tentatives

  4. après la première tentative, les élèves devaient repérer leurs erreur et se corriger.

Cela n’a pas fonctionné :

  1. Je n’ai pas réussi à paramétrer la progressivité des exercices. Contrairement aux jeux vidéo où il vous faut débloquer un niveau pour passer au stade supérieur, l’arborescence de l‘ENT Itslearning met à la disposition de l’élève tous les éléments de manière simultanée. A l’élève de choisir… Donc pas de progression par paliers.

  2. Je n’ai pas non plus réussi à paramétrer un mode essai / erreur. Soit on peut autoriser deux tentatives avec solution après deuxième tentative, mais dans ce cas, il suffira à l’élève dès la première tentative, de cliquer sur « afficher » pour obtenir la réponse. Soit on verrouille la correction ce qui empêche l’élève de se corriger seul s’il s’est trompé lors de sa deuxième tentative.

Certes il est possible que je n’aie pas su manipuler les fonctionnalités de la plateforme. Toutefois, mon référent numérique au lycée ainsi qu’un formateur académique n’ont pas été en mesure de me proposer de solution. Leur verdict : la plateforme ne le permet pas.

D’où une série de questions :

  1. Comment, en tant qu’entreprise, Itslearning compte-t-elle prendre en compte l’expérience usager ?

  2. Comment notre région, autrefois Basse Normandie, aujourd’hui Normandie, qui est le donneur d’ordre certes mais sans compétences pédagogiques, envisage-t-elle de faire remonter cette expérience usager ?

  3. Comment les enseignants, dans leur pratique quotidienne, pourront-ils s’approprier la plateforme et mettre en place ce qui leur est suggéré par leurs autorités de tutelle ? A quel prix ?

  4. Quel rapport qualité / prix entre l’investissement lourd du contribuable et le bénéfice escompté en termes de savoirs et de compétences pour les élèves ?

Bref, quelques améliorations que j’espère possibles seraient fort souhaitables.