B.A.A.BA

arts appliqués

Pourquoi la Conica est-elle postmoderne ?

La forme générale et le fonctionnement de cette cafetière est à la fois caractéristique d’un objet de design fonctionnel, mais elle est aussi un objet a fort pouvoir évocateur, poétique et ludique. Ce qui nous amène à nous demander en quoi elle est d’ « après le moderne », en fait en quoi elle est représentative de la postmodernité. Cylindre scindé en 2 , couvercle conique sans charnière, donnant son nom a la cafetière, surmontée d’une sphère servant de poignée. Bec verseur comme une feuille pliée de la même matière que la cafetière mais en déport par rapport au cylindre. Poignée réduite à sa plus simple expression : un signe graphique, un fin L inversé. Cette géométrie pourrait rappeler l’esthétique des objets du design fonctionnelle des année 50, d’autant plus que chaque volume ou forme répond aux différentes fonctions de la cafetière à pression : verticalité de de la forme répondant à la verticalité de l’opération de préparation du café utilisant le système de pression, l’eau portée à ébullition dans un réservoir bas imprégnant la poudre de café placé dans un filtre et montant par une cheminée dans une chambre haute à l’état de boisson café, … contenir, verser, prendre en main, fermer etc, Chaque élément constituant cette cafetière a une fonction, on la vu plus haut. Le procédé reprend celui de célèbre cafetière à moka italienne en aluminium des année 50, objet fonctionnel par excellence, représentatif du design des arts ménagers des 30 glorieuses. Cet objet on le voit, a donc bien à voir avec un objet moderne fonctionnel, d’autant qu’il se met au goût du jour en utilisant la technologie plus récente de l’inox. On peut la rapprocher du combiné radio tourne-disque SK4 de Hans Gugelot – Dieter Rams de 1956, qui suit les préceptes pour un bon design du même Dieter Rams : à savoir arborant des qualités d’honnêteté et de simplicité formelles et d’humilité … : un parallélépipède fait d’une tôle pliée peinte en blanc, bordée de 2 plaques de bois pour recevoir le mécanisme et les enceintes, et d’un couvercle de Plexiglas transparent qui laisse voir les éléments simples de mise en marche de l’appareil, boutons, bras de l’électrophone etc…d’une technicité non ostentatoire. Cependant, le choix de n’avoir pas de charnière au couvercle de la Conica, ce choix de simplicité formelle est surtout la conséquence de ne pas vouloir rendre la forme moins lisible, celle d’une tour, minaret rappelant les origines orientales du café, ou tour gothique puisée dans la mémoire de l’enfance de l’architecte. Cela nous indique que nous somme bien dans une perspective autre que celle du design fonctionnel. De la même manière, la complexité des opérations mises en oeuvre pour réaliser cet objets, plusieurs opérations d’emboutissage d’un cercle de métal étant nécessaire pour obtenir cylindres et cône, nous éloigne du fonctionnalisme rationnel, qui optimise fonction, matériaux, procédés de fabrication et coût. La Conica rappelle les Tea and coffee piazza édités par Alessi, présentant la même dimension fictionnelle en lien avec la poésie de l’architecture du passé, tours carrées et cannelures de l’ensemble de Michael Graves, colonne grecs de celui de Charles Jenks… en cela ces objets sont postmodernes, littéralement d’après le moderne, car ils font références a des formes du passé, souvent puisées dans le vocabulaire moderne, à l’ordonnancement géométrique, le même qui prévalait dans l’architecture grecque mais poétisées, anecdotiques, les tours carrées et cannelées du Tea and coffee piazza de Michael Graves rappellent un jeu d’enfant par leur changement d’échelle, et leur décor de perles bleues, et qui vue du dessus ressemblant à des biscuits décorés, nous ramène au cérémonial, à la collation prise ensemble, la fonction principale n’étant plus seulement de servir, mais de poétiser notre quotidien et d’être subversif, en créant de nouveaux liens entre objets et utilisateur, ce qui pourrait bien être une définition de la postmodernité ?
Conica

La Conica

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