Racine, Andromaque [Bio] [Ressources]

Jean Racine (1639-1699) est le plus grand tragédien français. Son œuvre théâtrale suscite le plus vif intérêt depuis trois siècles chez la critique. Ses pièces sont écrites en vers et mettent en scène les passions humaines dans la langue la plus parfaite. Il fréquente Molière et Boileau et est nommé en 1677 historiographe du Roi. Il cesse alors ses activités de dramaturge et part suivre le Roi en campagne, chargé de faire l’éloge de sa politique. Il écrit l’essentiel de son œuvre entre 1667 et 1677. Dans la même période, il prend le dessus sur Corneille, le vieux maître, dans la lutte qui les confronte sur le devant de la scène littéraire, éclipsé par les succès de Britannicus puis de Bérénice. Racine concentre sur lui la lumière mais lorsqu’en 1677 Phèdre est un échec, il décide de ne plus écrire de théâtre.

Le texte suivant est un classique, court extrait d’Andromaque.

Acte V, scène 1

Hermione, seule : Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?

Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.

Ah ! Ne puis-je savoir si j’aime, ou si je hais ?

Le cruel ! De quel oeil il m’a congédiée !

Sans pitié, sans douleur, au moins étudiée.

L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?

En ai-je pu tirer un seul gémissement ?

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,

semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ?

Et je le plains encore ? Et pour comble d’ennui,

mon coeur, mon lâche coeur s’intéresse pour lui ?

Je tremble au seul penser du coup qui le menace ?

Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce ?

Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux :

qu’il périsse ! Aussi bien il ne vit plus pour nous.

Le perfide triomphe, et se rit de ma rage :

il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;

il croit que toujours faible et d’un coeur incertain,

je parerai d’un bras les coups de l’autre main.

Il juge encor de moi par mes bontés passées.

Mais plutôt le perfide a bien d’autres pensées.

Triomphant dans le temple, il ne s’informe pas

si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.

Il me laisse, l’ingrat ! Cet embarras funeste.

Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.

Qu’il meure, puisqu’ enfin il a dû le prévoir,

et puisqu’ il m’a forcée enfin à le vouloir.

A le vouloir ? Hé quoi ? C’est donc moi qui l’ordonne ?

Sa mort sera l’effet de l’amour d’ Hermione ?

Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois

avec tant de plaisir redire les exploits,

à qui même en secret je m’étais destinée

avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée,

je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’états,

que pour venir si loin préparer son trépas ?

L’assassiner, le perdre ? Ah ! Devant qu’il expire…

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