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Bac de français – Commentaire corrigé – L’Encyclopédie, « Traite des nègres »

Pour vous préparer au Bac français 2008, vous trouverez ci-dessous le plan détaillé d’un commentaire littéraire par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Contexte :

Objet d’étude : Convaincre, délibérer, persuader (ou groupement de texte sur l’esclavage)

Mouvement littéraire : Les Lumières

Type de sujet : Commentaire littéraire
Le texte étudié : L’article « Traite des nègres » de l’Encyclopédie des Lumières, du Chevalier Louis de Jaucourt, de l’entrée à « ayant une âme comme eux ».
Le texte est à lire sous le commentaire (ou à télécharger dans son intégralité en cliquant ici).

Auteur : Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704, 1779)

Le plan du commentaire :

I. Une démonstration logique

1. Définir et expliquer
2. Convaincre, le choix de la raison
3. Une structuration de l’article qui ne laisse pas au lecteur le temps de douter

II. Une dénonciation virulente

1. L’indignation de l’auteur
2. Un glissement vers l’émotion et l’affirmation catégorique
3. Une pratique inhumaine

Le commentaire rédigé :

Introduction

Le texte dont il est ici question est extrait de l’article « Traite des nègres » de l’Encyclopédie des Lumières et a été écrit par le Chevalier Louis de Jaucourt. Celui-ci était le « troisième homme » de l’Encyclopédie, car si Diderot s’occupait de la partie littéraire et d’Alembert la partie mathématiques, le chevalier, lui, écrivait sur tous les types de sujets, mais plus particulièrement sur ceux concernant la médecine.

Ce texte est représentatif de l’esprit des Lumières, dont les caractéristiques principales sont l’importance accordée à la raison, la croyance dans le progrès et la lutte pour la tolérance et le respect des libertés, du fait qu’il s’agit ici de dénoncer l’esclavagisme.

En effet, si les articles de l’Encyclopédie sont l’occasion de récapituler et classer les connaissances accessibles au dix-huitième siècle, conformément à l’esprit des Lumières, ils ont surtout vocation à provoquer une réflexion chez le lecteur et à dénoncer toutes formes d’injustices. L’esclavage est une des injustices majeures de ce siècle et a été également critiquée par Voltaire dans Candide et par Montesquieu dans De l’esprit des lois.

Nous allons voir dans ce texte que derrière l’apparente démonstration logique qui chercherait à convaincre le lecteur, se trouve une virulente condamnation de cette pratique inhumaine.

I. Une démonstration logique

Le texte se présente comme un article d’Encyclopédie, il se doit donc d’éclairer le lecteur en définissant son objet. Or, cet article ne se contente pas d’expliquer, il va également montrer comment logiquement il est impossible de défendre l’esclavage avant d’enfermer le lecteur dans un raisonnement qui ne laisse pas de place au doute.

1. Définir et expliquer
En tant qu’article de l’Encyclopédie, ce texte doit tout d’abord proposer une définition de la « traite des nègres », il le caractérise donc comme « Commerce d’Afrique » avant d’introduire la définition à l’aide du présentatif « C’est ». Il précise ainsi les acteurs (les « Européens » achètent des « nègres »), les lieux (« sur les côtes d’Afrique » et « dans leurs colonies ») et le but (« pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclave ») de ce « commerce ».

Mais rapidement, l’auteur passe de la définition à la démonstration logique du fait qu’il s’agit là d’une pratique condamnable. En effet, il utilise un raisonnement déductif afin de mobiliser la raison de son lecteur, et avance par étape pour l’entraîner dans sa propre logique. Il introduit son propos grâce à un argument d’autorité. Il s’appuie, paradoxalement, sur l’autorité d’un personnage anonyme (« un Anglais moderne »), ce qui a sûrement vocation à conférer un aspect généralisant à son argument (nombreuses sont les personnes éclairées qui pensent ainsi) qu’il caractérise néanmoins (« plein de lumières et d’humanité »). Par des phrases négatives (« Les nègres ne sont point devenus esclaves par le droit de la guerre ; ils ne se dévouent pas non plus volontairement eux-mêmes à la servitude », il exclut toutes autres raisons de devenir esclave et établit ainsi que les esclaves naissent libres, présupposé qui lui servira de base aux déductions qui suivront.

2. Convaincre, le choix de la raison
Si les esclaves naissent libres, et qu’il n’y aucune justification qui légitime l’esclavagisme, le Chevalier peut alors s’attaquer aux « vendeurs » puis aux « acheteurs » dans un mouvement binaire. Il refuse, dans un premier temps, aux souverains le droit de disposer de leurs sujets même s’ils « prétendent [avoir] le droit de disposer de leur liberté » : « Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets… », comme le souligne cette sentence et son présent de vérité générale qui insiste sur la dimension intemporelle des valeurs essentielles. Le mot « propriétaire » revêt ainsi une connotation péjorative. L’auteur attaque ensuite les acheteurs d’esclaves, il procède par étape, concédant même pendant quelques instants à adopter leur point de vue pour démontrer à l’aide d’un exemple comment économiquement l’achat d’esclaves peut ne pas être rentable : « un homme dont l’esclave prend la fuite, ne doit s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il avait acquis à prix d’argent une marchandise illicite, et dont l’acquisition lui étaient interdite par toutes les lois de l’humanité et de l’équité ». Subtile distinction car l’acquisition est légale et licite par les lois humaines…

3. Une structure qui ne laisse pas au lecteur le temps de douter
Cette démonstration se termine par un paragraphe qui tient littéralement en haleine le lecteur, ne lui laissant le temps ni de s’arrêter ni de douter du fait de sa construction. Le paragraphe est uniquement composé de deux phrases. La première est une phrase complexe qui s’étend sur plus de cinq lignes, elle se divise en une principale et six propositions subordonnées, puis une proposition coordonnée, une subordonnée relative, une juxtaposée, une coordonnée, une juxtaposée et enfin une coordonnée. La longueur et la complexité de la phrase enserrent le lecteur dans la logique de l’auteur ce qui donne à ce passage une allure de péroraison. Ainsi, il est admis que l’esclavage ne peut se justifier, voir n’existe pas puisqu’il est impossible de déposséder un individu quel qu’il soit de sa liberté (« il ne pouvait la perdre »), « par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ». L’esclavage passe ainsi par le pouvoir du discours d’immoral à illégal. La dernière phrase est mise en valeur par sa brièveté qui crée un contraste avec celle qui précède, elle fait figure de conclusion incontestable du fait de son présentatif « c’est », de son connecteur à valeur conclusive « donc » et de l’utilisation de l’adjectif « manifeste ». Il place pour terminer son réquisitoire contre l’esclavage l’idée d’égalité des hommes, chère au siècle des Lumières (« c’est leur semblable, ayant une âme comme eux »), convoquant comme en dernier recours l’idée de Dieu…

Conclusion partielle
Nous voyons donc dans ce texte se dérouler une argumentation extrêmement rigoureuse et efficace qui passe progressivement de l’ « expliquer » au « convaincre ».
Mais derrière l’apparente logique et la maîtrise du langage et de sa structuration se trouve une véritable dénonciation, qui cherche à persuader, exprimant l’indignation de l’auteur, et présentant l’esclavagisme comme une pratique inhumaine et amorale.

II. Une dénonciation virulente

1. L’indignation de l’auteur
L’indignation de l’auteur transparaît très rapidement derrière la rigueur logique qu’il affiche. En effet, dès le début du texte alors que le chevalier de Jaucourt semble définir ce qu’est l’esclavage, il utilise d’emblée la dénomination connotée « ces malheureux », qui trouvera un écho avec l’utilisation de « ces infortunés », dont l’effet est amplifié par l’usage de déterminants démonstratifs qui semblent nous donner à voir la misère de ces esclaves. Dès la seconde phrase, cette indignation devient explicite, l’auteur souligne à quel point rien ne peut justifier la pratique d’une telle barbarie puisqu’elle va à l’encontre de notre culture comme de notre nature, comme le montre l’énumération suivante : « qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine ». Cette proposition est d’ailleurs mise en relief par le choix de segments de volume croissants (4/ 3/ 5/ 10). Si la « religion » et la « morale » sont affaire de culture et peuvent être relativisées, « les lois naturelles » et « les droits de la nature humaine » sont par contre universelles… Cette indignation présente tout au long du texte est particulièrement remarquable : « Si un commerce de ce genre peut être justifié » (Le chevalier refuse même d’ancrer cette proposition dans la réalité en ne l’évoquant qu’à l’aide d’une proposition hypothétique), « il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer », comme le souligne le choix du mot « crime » et de l’adjectif « atroce » qui présentent déjà le caractère catégorique que l’on retrouve dans la seconde partie du texte.

2. Un glissement vers l’émotion et l’affirmation catégorique
Ainsi, la conviction de l’auteur devient évidente avec le fait qu’il refuse progressivement de nuancer son propos, ses affirmations se font en effet de plus en plus catégoriques. Il utilise pour ce faire des déterminants indéfinis (quantifiants purs de quantité nulle) : « aucun homme », des pronoms indéfinis (quantifiants purs de quantité nulle) : « personne », « pas un seul », ainsi que des adverbes (de lieu, de temps) à valeur absolue : « jamais », « partout ».
De plus, subrepticement, l’auteur va opérer un glissement vers la persuasion en ayant recours aux sentiments et aux affirmations catégoriques. Afin de toucher le lecteur, Le chevalier de Jaucourt va effectuer une progressive particularisation. Il commence par évoquer la condition « des nègres » à l’aide d’un déterminant indéfini, puis il utilise le déterminant défini (« les nègres », avant de s’attacher au sort d’« un seul de ces infortunés », « ce nègre », « leur semblable », nous faisant ainsi passer de l’indéfini au possessif en passant par le démonstratif. L’auteur cherche à persuader le lecteur par la représentation d’un destin individuel.

3. Une pratique inhumaine
Enfin, le Chevalier Louis de Jaucourt va dénoncer l’esclavagisme comme une pratique inhumaine et amorale. Il le fait tout d’abord en présentant les esclaves comme des marchandises aux yeux des « négociants », par le biais du lexique du commerce qui est omniprésent dans le texte, on trouve ainsi : « achat », « négoce », « achète », « marchandises », « vente », « commerce », « propriétaire », « vendre », « acheter », « objet de commerce », pour n’en citer que quelques uns. Il emploie même une comparaison explicite en soulignant le fait que « les négociants les font transporter de le même manière que les autres marchandises ». Et si le discours fait des esclaves de la marchandises, la construction des phrase même les réduits symboliquement au statut d’objet : « on les achète », « les négociants les font transporter », « ils les exposent en vente ».

Conclusion

Pour conclure, nous voyons donc à l’œuvre dans ce texte une multitude de procédés mobilisés dans le but faire cesser immédiatement une pratique qui ne peut être défendue à aucun titre. Le chevalier de Jaucourt fait de son article une véritable « machine de guerre », utilisant toutes les ressources possibles, pour faire de sa « définition » une démonstration qui cherche à convaincre puis à s’emparer littéralement du lecteur, et surtout pour dénoncer cette pratique barbare en tentant de persuader son lecteur, en lui faisant part de son indignation et en affirmant avec force le caractère inhumain, immoral et injustifiable de l’esclavagisme.

Le texte :

L’Article « Traite des nègres », par le Chevalier Louis de Jaucourt, dans l’Encyclopédie

Traite des nègres (Commerce d’Afrique). C’est l’achat des nègres que font les Européens sur les côtes d’Afrique, pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclaves. Cet achat de nègres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine.

Les nègres, dit un Anglais moderne, plein de lumières et d’humanité, ne sont point devenus esclaves par le droit de la guerre ; ils ne se dévouent pas non plus volontairement eux-mêmes à la servitude, et par conséquent leurs enfants ne naissent point esclaves. Personne n’ignore qu’on les achète de leurs princes, qui prétendent avoir droit de disposer de leur liberté, et que les négociants les font transporter de la même manière que leurs autres marchandises, soit dans leurs colonies, soit en Amérique où ils les exposent en vente.

Si un commerce de ce genre peut être justifié par un principe de morale, il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer. Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets, ils ne sont donc pas en droit de disposer de leur liberté et de les vendre pour esclaves. D’un autre côté, aucun homme n’a droit de les acheter ou de s’en rendre le maître ; les hommes et leur liberté ne sont point un objet de commerce ; ils ne peuvent être ni vendus, ni achetés, ni payés à aucun prix. Il faut conclure de là qu’un homme dont l’esclave prend la fuite, ne doit s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il avait acquis à prix d’argent une marchandise illicite, et dont l’acquisition lui était interdite par toutes les lois de l’humanité et de l’équité.

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvait pas la perdre ; et que son prince, son père, et qui que ce soit dans le monde n’avait le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ; ce nègre ne se dépouille, et ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, et il peut exiger partout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges des pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux.

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10 Comments » for Bac de français – Commentaire corrigé – L’Encyclopédie, « Traite des nègres »
  1. florent dit :

    Un très très grand merci a l’auteur de ce site. En voila un qui mérite vraiment mon respect :)

  2. Bejaoui dit :

    je pense que c’est un noir qui a écrit ca ! lol =p ! je tiens a le préciser, en rien mon commentaire n’est raciste et discriminatoire ! mais l’analyse est écrite d’un point de vue très subjectif et engagé ! seul un noir aurait pu écrire de cette manière :) ! merci en tout cas, je stresse pour l’oral ! espérons ^^

  3. Oui !! dit :

    Gratuit, bien construit, très professionnel: BRAVO !!

  4. =Dianou' dit :

    Merci beaucoup, pour une fois que c’est gratuit, ça aide énormément !!! Continuez comme ça ! Enfin quelqu’un qui pense à nous !
    =D

  5. jared dit :

    merci mon grand super site merci de mettre ta culture a dispo des autres !!!!!

  6. Yum' dit :

    Merci Mille fois.
    L’oral de francais est dans la poche !

  7. Azzouz dit :

    Merci infiniment ! Grâce à vous j’ai pu élaborer un plan de commentaire qui me paraît tout à fait correct ! Merci encore !

  8. ken dit :

    merci pour une fois que c gratuit sa fait plaisir

  9. ken dit :

    merci pour une fois que c’est gratuit sa fait plaisir

  10. ducon lajoie dit :

    merci bocoup jaurai une bonne note en francais :)

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