logologo

Bac de français – Commentaire corrigé – Voltaire, Candide, chapitre VI

Contexte :

Pour préparer aux mieux le bac français, voici un plan détaillé de commentaire du chapitre VI de Candide ou l’Optimiste de Voltaire, par J. Cuvillier, professeur de français au lycée. Bonne lecture !

Objet d’étude : Convaincre, persuader, délibérer

Genre littéraire : l’apologue (le conte philosophique)

Registre dominant : ironique

Type de sujet : commentaire littéraire

Texte étudié : Candide, chapitre VI, l’autodafé.

Auteur : Voltaire (1694, 1778).

Le plan du commentaire :

Introduction

I. L’ASPECT SPECTACULAIRE DE LA SCENE
a) L’aspect rituel de la scène

D’emblée, on note une insistance sur la justification de l’événement et son apparente rationalité, les décisionnaires sont des « sages », la décision est appuyée par des instances sérieuses : « l’université de Coïmbre », le mot université renvoie bien sûr au règne de la raison et du savoir. Présence du connecteur logique « en conséquence ».

  • Efficacité assurée, ton de la certitude : « moyen plus efficace »/ « secret infaillible ».

  • Lexique religieux (spécialisé) : « san-benito », « mitres », « procession », « sermon », « faux-bourdon », « prêché », « absous », « béni ».

  • L’événement est présenté comme habituel et rituel : « quoique cela ne soit pas la coutume ».

b) Un spectacle

Dimension spectaculaire donnée à l’événement : « en grande cérémonie »/ « le spectacles de quelques personnes brûlées à petit feu ».

Valorisation par adjectifs mélioratifs : « bel autodafé »/ « grande cérémonie »/ « belle musique ».

Opposition entre la rapidité de l’évocation de la prison (« huit jours après ») et le ralentissement mettant en valeur la cérémonie, notamment du fait des précisions données sur son déroulement et sur les vêtements.

Des tenues ressemblants à des déguisements : « la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites ».

Arrivée théâtrale : « Ils marchèrent en procession ainsi vêtus ».

Présence de la musique : « une belle musique en faux-bourdon », « fessé en cadence, pendant qu’on chantait ».

c) Déshumanisation

L’absence d’humanité des instances religieuses qui ne se soucient pas des individus, ce que souligne l’utilisation du déterminant indéfini « quelques personnes ».

Des personnages transformés en objets, en pantins : « on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide »/ « tous deux furent menés »/ « ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papiers »/ « Candide fut fessé »/ « Pangloss fut pendu ».

Décalage entre l’esthétisme de la cérémonie et la cruauté des pratiques comme c’était déjà le cas dans le chapitre III sur la guerre, ce qui indique la présence d’ironie.

II. UNE DENONCIATION VIOLENTE ET IRONIQUE

a) Dénonciation des superstitions

Disproportion entre les fautes et les peines : « un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère », « deux portugais qui en mangeant du poulet en avaient arraché le lard »/ « le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés » et « on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation »/ « Candide fut fessé en cadence »/ « Pangloss fut pendu ».

Coïncidence entre le sacrifice inutile d’innocents et d’un second tremblement de terre, souligné par le complément circonstanciel de temps : « Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracs épouvantable ».

b) La mise en cause de la religion

« donner au peuple un bel autodafé » : qu’importe l’efficacité réelle des moyens employés, ce qu’il compte c’est de donner un spectacle au peuple pour lui faire oublier les circonstances et lui donner l’impression que la religion n’est pas impuissante.

Des punitions qui se veulent justifiée mais on nous laisse entendre l’arbitraire des décisions prises et des éventuelles interprétations des faits : « avec un air d’approbation »/ « les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale » a priori certitude mais surtout c’est tout ce qu’ils ont trouvé !

Des pratiques codées mais ridicules symbolisées par les peintures sur les mitres et les san-benito et leur naïveté (« flammes », « diables »).

Absence de justification soulignée par Candide : « sans que je sache pourquoi ».

L’inclusion de la violence comme naturelle dans les pratiques religieuses : »prêché, fessé, absous et bénis ».

c) Le réveil du naïf : remise en cause de la philosophie

Si le regard de Candide semble encore être notre prisme au départ de la scène, puisque le récit qui nous en est fait est neutre, la fin nous suggère que Candide pour la première fois remet en question le bien fondé des préceptes qui lui ont été inculqués.

Périphrase pour prison : « des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé par le soleil »

« on n’était jamais incommodé par le soleil » : euphémisme pour dire l’obscurité du cachot et donner un aspect positif au texte pour mieux laisser entendre le contraire.

Souffrance de Candide soulignée par épitrochasme et répétition de l’adverbe « tout » : « épouvanté, interdit, éperdu, tout sanglant, tout palpitant ».

Candide après avoir vécu un certain nombre d’épreuves (l’enrôlement, la guerre, la tempête, la mort de Jacques et le tremblement de terre) commence à s’interroger sur la nécessité d’autant de souffrances et sur leur bien fondé. Ce doute est mis en scène et est souligné par le choix du discours direct qui laisse entendre les mots de Candide et donne à voir ses émotions qui sont traduites notamment par des phrases interrogatives (« Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ?) et exclamatives accompagnées d’apostrophes oratoires (« ô mon cher Pangloss »/ Ô mon cher anabaptiste »/ « Ô Mlle Cunégonde »).

De plus, sont mis en parallèle les qualités des personnes dont il déplore la perte et les souffrances injustifiées qu’ils ont subi, ce qui montre l’absurdité du destin qui semble frapper davantage au hasard que selon un plan bien déterminé : usage du superlatif « le plus grand des philosophes »/ « le meilleur des hommes »/ « la perle des filles » (+ formules hypocoristiques : « mon cher Pangloss »/ « mon cher anabaptiste ») et « pendre »/ « noyé », « fendu le ventre ».

 

 

Le texte :

CHAPITRE SIXIÈME

COMMENT ON FIT UN BEL AUTO-DA-FÉ POUR EMPÊCHER LES TREMBLEMENTS DE TERRE, ET COMMENT CANDIDE FUT FESSÉ

Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n’avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé ; il était décidé par l’université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé du soleil ; huit jours après ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d’une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en cadence, pendant qu’on chantait ; le Biscayen et les deux hommes qui n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume. Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable.

Candide, épouvanté, interdit, éperdu, tout sanglant, tout palpitant, se disait à lui-même : « Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ? Passe encore si je n’étais que fessé, je l’ai été chez les Bulgares. Mais, ô mon cher Pangloss ! le plus grand des philosophes, faut-il vous avoir vu pendre sans que je sache pourquoi ! Ô mon cher anabaptiste, le meilleur des hommes, faut-il que vous ayez été noyé dans le port ! Ô Mlle Cunégonde ! la perle des filles, faut-il qu’on vous ait fendu le ventre ! »

Il s’en retournait, se soutenant à peine, prêché, fessé, absous et béni, lorsqu’une vieille l’aborda et lui dit :

« Mon fils, prenez courage, suivez-moi. »

Candide ou l’Optimiste, Voltaire.

Pour aller plus loin avec le WebPédagogique :

  • Un commentaire de l’incipit et du chapitre sur l’El Dorado, dans Candide de Voltaire

  • Un autre conte philosophique : Zadig de Voltaire. Toutes ses caractéristiques sur le blog d’Emmanuelle Colas, professeur de français

  • Qu’est-ce qu’un apologue ?

Facebook2Twitter0Google+0Email

LeWebPédagogique, c'est LA plateforme de blogs de profs pour leurs élèves et étudiants !

Mots-clef :
4 Comments » for Bac de français – Commentaire corrigé – Voltaire, Candide, chapitre VI
  1. Charlotte dit :

    Est-ce normal qu’il n’y ai pas d’introduction, ni de conclusion ?
    Le reste est super.

  2. Valentin dit :

    Merci beaucoup! T’es idées sont pertinentes et bien trouvés et cela va beaucoup m’aider :) .

  3. Justine dit :

    GÉNIAL !! Merci beaucoup, cela va m’aider
    =)

  4. Roxanne de Beaulloy dit :

    bonjour, j’ aimererais savoir
    -dans l’ expression « bel autodafé » quel est le mot serprenant, pourquoi?

    -quel est l’ effet produit de la périphrase : »des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’ était jamais incommodés du soleil »

    -quel commentaire peut on faire sur l’emploi du connecteur « en consequence  » au début du second paragraphe. »

    Je vous remercie

Laisser un commentaire

Publicité




Ebook proposés par les profs

Téléchargez les ouvrages de révisions conçus par les profs du webpedago !

Réussir son bac de français

Les bonnes copies

Le commentaire composé

L’oral de français

Devenez fan du WebPédago !

LeWebPédagogique on Facebook