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Bac de français – Commentaire corrigé – Sade, Justine ou les malheurs de la vertu

Pour vous préparer au bac français, vous trouverez ci-dessous le plan détaillé d’un commentaire littéraire par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Avant toute chose, vous pouvez consulter cette définition très complète du libertinage, proposée par l’Encyclopédie Universalis :

Définition et synonyme de : LIBERTINAGE publié par Encyclopaedia-Universalis

Contexte :

Objet d’étude : Convaincre, persuader, délibérer.
Mouvement littéraire : Le libertinage.
Registre dominant : Ironique
Type de sujet : Commentaire littéraire
Texte étudié : « A ma bonne amie », Justine ou les malheurs de la vertu.

Auteur : Sade (1740, 1814)

Le plan détaillé du commentaire :

I La défense de son oeuvre

a) Une adresse argumentative

b) La justification morale : un passage obligé mais perverti

c) Larevendication d‘une originalité

II Le masque du libertin

a) L’ironie

b) L’outrance

c) Un style parodique

Le commentaire rédigé :

Introduction
Ce texte se trouve être l’adresse de Sade qui ouvre son roman Justine ou les Malheurs de la vertu. Cette adresse est en quelque sorte une captatio benevolentiae ironique puisqu’il s’agit de montrer son roman comme une œuvre morale, ce qu’elle est bien loin d’être. Ce texte présente l’intérêt majeur de reprendre la traditionnelle préface pour mieux la détourner, il joue donc avec un modèle omniprésent en littérature et le met à son service. Sade est un auteur sulfureux de la fin du dix-huitième siècle qui après avoir été voué à l’oubli par le dix-neuvième siècle, a vu son œuvre réévaluée par le vingtième. Il peut être classé parmi les libertins vis-à-vis desquels il peut apparaître comme le modèle et la limite. Le courant libertin est intéressant à confronter au mouvement des Lumières puisqu’il peut en être considéré comme sa face sombre ou comme l’expression d’une rationalité plus pessimiste, avouant en tous cas ses doutes, ce que les Lumières ne feront qu’à leur déclin. Nous verrons que cette adresse permet à Sade de défendre son œuvre, ce qui est en quelque sorte l’utilisation traditionnelle du modèle, tout en revêtissant le masque libertin ce qui lui permet de détourner le modèle dont il use.

I. La défense de son oeuvre

Cette adresse est d’abord un moyen pour Sade de défendre son œuvre même s’il est évident pour tout lecteur averti qu’il ne faut pas lire ce texte au premier degré et s’arrêter à ce Sade semble nous dire. Ce texte n’en reste pas moins, en premier lieu, une adresse argumentative, une justification morale et une revendication de l’originalité de son œuvre.

a) Une adresse argumentative

Cette adresse affiche d’emblée sa portée argumentative. La volonté de convaincre et de persuader qui sous-tend le texte se mesure, tout d’abord, à l’implication du narrateur, qui sûr de son succès insiste sur le fait qu’il ne redoute point d’être jugé, voir d’être rejeté, c’est du moins ce qu’implique les expressions « je ne crains point » et « je les redoute peu ». Il prend donc la posture d’un auteur inattaquable car il se préserve des éventuelles critiques en se cachant derrière le jugement de sa maîtresse qui doit lui suffire à justifier son entreprise : « ton opinion suffit à ma gloire, et je dois après t’avoir plu, ou plaire universellement, ou me consoler de toutes les censures. ». Constance est donc son garant moral et par son seul jugement doit balayer toutes les éventuelles critiques de ses détracteurs.

Cette volonté de persuader se lit également dans le rythme par le choix unique de l’asyndète, qui supprime tous les coordonnants dans le passage, comme l’illustre l’exemple suivant, « [d]étestant les sophismes du libertinage et de l’irréligion, les combattant sans cesse par tes actions et par tes discours, je ne crains point pour toi ceux qu’a nécessité dans ces Mémoires le genre des personnages établis ; le cynisme de certains crayons (adoucis néanmoins autant qu’on l’a pu) ne t’effrayera pas davantage ; c’est le Vice qui, gémissant d’être dévoilé, crie au scandale aussitôt qu’on l’attaque ». De même, Sade use de toutes sortes de procédés rhétoriques comme l’apostrophe oratoire (« O Constance ! »), la variante emphatique de la phrase linéaire (« c’est à toi que j’adresse cet ouvrage » ou « ce n’est qu’à toi qu’il appartient de connaître ») ou encore la question de rhétorique (« Aurais-je réussi, Constance ? Une larme de tes yeux déterminera-t-elle mon triomphe ? »). La persuasion passe enfin par le choix du discours direct de Constance pour clore le texte, discours direct qui permet de restituer tous les mouvements du cœur par des phrases exclamatives et interrogatives faisant état des sentiments supposés de la lectrice idéale : « [a]près avoir lu Justine en un mot, diras-tu, « O combien ces tableaux du Crime me rendent fière d’aimer la Vertu ! Comme elle est sublime dans les larmes ? Comme les malheurs l’embellissent ! ».

b) La justification morale : un passage obligé mais perverti

Tout d’abord, cette adresse se présente comme cherchant à convaincre et persuader de l’utilité de son œuvre et de sa valeur didactique. Justine devrait défendre et encourager à la pratique de la vertu. C’est pour cela qu’il adresse son oeuvre à une femme qu’il présente comme un parangon de la vertu, la seule capable d’évaluer à sa juste valeur cette œuvre. En ce sens, le choix de la destinataire est déjà une justification morale, car elle est « à la fois l’exemple et l’honneur de ton sexe ».

Comme il s’agirait de défendre la vertu, il faut peindre le vice dans toute son ignominie et c’est ce que Sade fait, avant même le début du roman, en ayant recours à une personnification du Vice : « c’est le Vice, gémissant d’être dévoilé, crie au scandale aussitôt qu’on l’attaque ».

Dès qu’il s’agit de peindre le vice, il est inévitable de justifier son entreprise, et de la placer sous le signe de la morale et de la représentation de mœurs débauchée pour prévenir les jeunes générations naïves de se méfier et de ne pas être dupe de ce type de comportement. L’ouvrage s’il peut être choquant ne l’est que pour la « bonne cause », et se doit de montrer des « horreurs » pour prévenir la corruption des innocents. C’est un ouvrage qui se place donc du côté de l’utilité comme c’est très souvent le cas, dans la préface du rédacteur des Liaisons dangereuses on a recours au même procédé, mais c’est un procédé qui était déjà utilisé au siècle précédent dans les pièces classiques notamment. Voici par exemple, un extrait de la préface de Phèdre de Racine : « Les passions n’y sont présentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont causes : et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. C’est là proprement le but que tout homme qui travaille pour le public doit se proposer. » (préface de Phèdre, Théâtre complet, II).

Sade choisit donc de reprendre un poncif de la littérature mais il va s’agir pour lui de le pervertir en ayant recours à l’ironie.

c) La revendication d ‘une originalité

La revendication de l’originalité de son œuvre passe par une opposition entre « la marche ordinaire de tous les ouvrages » et « le dessein (…) nouveau » de son roman : « Le dessein de ce roman (pas si roman que l’on croirait) est nouveau sans doute ; l’ascendant de la Vertu sur le Vice, la récompense du bien, la punition du mal, voilà la marche ordinaire de tous les ouvrages de cette espèce ; ne devrait-on pas en être rebattu ! ». Il attaque donc les romans s’appuyant sur le cliché de la vertu triomphante et leur oppose son œuvre, qu’il met ainsi en valeur et présente comme originale. De cette façon, il met véritablement en appétit son lectorat. Cette opposition est à nouveau soulignée par le connecteur d’opposition « mais » qui introduit la présentation de son œuvre : « [m]ais offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices ». Il qualifie ensuite son œuvre comme « une des plus sublimes leçons de morale que l’homme ait encore reçue ». Il insiste particulièrement, sur l’originalité avec laquelle il administre sa « leçon de morale », ainsi il évoque « une route peu frayée jusqu’à présent ». Cette route, source d’originalité, il nous l’a déjà tracé précédemment. Elle apparaît d’ailleurs sous les traits d’un paradoxe puisqu’il va « offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs ; jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; étourdie des sophismes les plus hardies, les plus spécieux ; en proie aux séductions les plus adroites, aux subordinations les plus irrésistibles ». Pour résumer, Sade est réellement original car il prétend défendre la vertu en la bafouant, en l’écrasant en relatant ses échecs et ses souffrances.

II. Le masque du libertin

Comme le laissait déjà penser le paradoxe sur lequel s’appuie Sade pour défendre l’originalité de son œuvre, il ne s’agit pas pour lui d’écrire un roman qui soit une leçon de morale, il ne s’agit donc pas non plus par cette adresse de présenter sérieusement son roman ainsi. Au contraire, il s’amuse de l’écart qu’il crée entre le modèle de roman auquel il se réfère et celui qu’il a écrit. De cette façon, il revêt déjà le masque du libertin qui s’adresse à un public averti et dédaigne ceux qui ne sont pas des « esprits forts ». Ainsi, seul le public visé devra comprendre le double discours à l’œuvre dans cette adresse et qui se cache derrière l’ironie, l’outrance et un style parodique.

a) L’ironie

Le masque du libertin est perceptible par l’usage qui est fait par Sade de l’ironie. Il utilise par exemple une antiphrase, lorsqu’il dit que son œuvre est « l’une des plus sublimes leçon de morale », or c’est une antiphrase difficile à interpréter correctement pour un lecteur inexpérimenté car il s’agit de dire le contraire de ce que l’on pense, bien sûr, mais pour le savoir il faut connaître l’œuvre et son contenu ou du moins l’auteur, car le contexte immédiat ne permet pas une telle interprétation.

De même, l’ironie est visible dans la parenthèse « (adoucis néanmoins autant qu’on a pu) », Sade s’y amuse à minimiser la complaisance avec laquelle il peint les persécutions de Justine et de la Vertu et avec laquelle il donne à entendre des discours matérialistes immoraux.

Le vice, qui est supposé être peint pour mieux valoriser la vertu, se trouve être particulièrement envahissant dans cette adresse. En effet, le lexique libertin est très représenté, on trouve par exemple « libertinage », « irréligion », « cynisme », « Vice », « libertins », « mal », « malheurs », « scélératesse », « débauches », « goûts », « sophismes », « séductions », « subornations », « corruption ».

Cette disproportion entre la représentation du Vice et celle de la Vertu dans cette adresse montre clairement la complaisance avec laquelle est peinte le vice, à l’image de ce que l’on trouve dans le roman, et est un signe du fait que cette adresse est à lire comme ironique : « Mais offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs ; jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; étourdie des sophismes les plus hardies, les plus spécieux ; en proie aux séductions les plus adroites, aux subordinations les plus irrésistibles ; n’ayant pour opposer à tant de revers, à tant de fléaux, pour repousser tant de corruption »/ « qu’une âme sensible, un esprit naturel et beaucoup de courage ». Cette disproportion est illustrée par cette phrase, dans laquelle sept lignes sont consacrées au vice contre pas même une du côté de la vertu. On trouve aussi une disproportion entre les attraits du vice et les fragiles défenses de la vertu, qui se bat dans un combat perdu d’avance comme le laisse entendre l’écrasante présence du vice dans le texte.

b) L’outrance

Les excès langagiers à l’œuvre dans cette adresse sont un signe supplémentaire du fait qu’il faut se comporter en lecteur averti. L’outrance est illustrée par la multiplication de superlatifs (caractéristique du style sadien). On trouve, en effet, dans ces quelques lignes : « la plus sensible », « le plus juste et le mieux éclairé », « toutes les débauches », « les plus barbares et les plus monstrueux », « les plus hardies, les plus spécieux », « les plus adroites, « les plus irrésistibles », « les plus hardies », « les plus extraordinaires », « les plus effrayantes », « les plus énergiques », « l’une des plus sublimes leçon de morale ». Cette outrance se manifeste également par des adverbes exprimant le haut degré d’intensité comme « tant de revers », « tant de fléaux », « tant de corruption ».

De même, l’exagération est liée aux énumérations interminables donnant à voir tous les aspects du Vice, avec une complaisance que nous avons déjà souligné précédemment, mis en valeur par une asyndète, « Mais offrir partout le Vice triomphant et la Vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs ; jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; étourdie des sophismes les plus hardies, les plus spécieux ; en proie aux séductions les plus adroites, aux subordinations les plus irrésistibles ; n’ayant pour opposer à tant de revers, à tant de fléaux, pour repousser tant de corruption qu’une âme sensible, un esprit naturel et beaucoup de courage ».

L’outrance si elle est dans le style du passage se retrouve aussi dans la réaction attendue de la lectrice idéale. En effet, Constance suite à la lecture de ce roman est censée manifester avec la plus grande véhémence ses émotions, notamment à travers des manifestations physiques, comme les « larme[s] » et des manifestations langagières comme des phrases exclamatives et interrogatives.

c) Un style parodique

Sade s’amuse à reprendre des formules et un style qui n’est pas sans rappeler pour ses contemporains : « les lumières sensibles » ou « le préromantisme » pour mieux s’en moquer.

Pour mesurer l’ampleur de la parodie, il suffit de comparer cette adresse avec un extrait de La nouvelle Héloïse de JJ Rousseau : « Jamais nos cœurs s’aimèrent-ils plus délicieusement, et jamais l’honnêteté leur fut-elle aussi chère que dans le temps heureux où cette lettre fut écrite ? Voyez donc à quoi nous mèneraient aujourd’hui de coupables feux nourris aux dépens des plus doux transports qui ravissent l’âme ! L’horreur du vice qui nous est si naturelle à tous deux s’étendrait bientôt sur le complice de nos fautes ; nous nous haïrions pour nous être trop aimés, et l’amour s’éteindrait dans les remords. Ne vaut-il pas mieux en conserver au moins ce qui peut s’accorder avec l’innocence ? N’est-ce pas conserver tout ce qu’il eut de plus charmant ? Oui, mon bon et digne ami, pour nous aimer toujours il faut renoncer l’un à l’autre. Oublions tout le reste, et soyez l’amant de mon âme. Cette idée est si douce qu’elle console de tout ». La multiplication des phrases interrogatives et exclamatives se retrouve chez Rousseau et chez Sde particulièrement lors de la citation des propos censés être tenus par Constance : « Aurais-je réussi Constance ? une larme de tes yeux déterminera-t-elle mon triomphe ? Après avoir lu Justine en un mot, diras-tu, « ô combien ces tableaux du crime me rendent fière d’aimer la Vertu ! Comme elle est sublime dans les larmes ? Comme les malheurs l’embellissent ! »

Ô Constance ! que ces mots t’échappent, et mes travaux sont couronnés. »

De plus, on retrouve le même type d’apostrophe chez Sade et chez Rousseau : « Oui, Constance, c’est à toi que j’adresse »/ « Oui, mon bon et digne ami ».

De même, Sade reprend à son compte le champ lexical des sentiments (« sensible », « douceur », « larme », « sublime », « larmes », « malheurs »), celui de la préoccupation morale et ses notions abstraites (« âme sensible », « sublime leçon de morale », « Vice », « Vertu », « bien », « mal »), l’usage du superlatif ( « la plus sensible », « le plus juste et le mieux éclairé », « toutes les débauches », « les plus barbares et les plus monstrueux », « les plus hardies, les plus spécieux », « les plus adroites, « les plus irrésistibles », « les plus hardies », « les plus extraordinaires », « les plus effrayantes », « les plus énergiques », « l’une des plus sublimes leçon de morale »), ainsi que les questions oratoires, les exclamations (« O combien ces tableaux du Crime me rendent fière d’aimer la Vertu ! Comme elle est sublime dans les larmes ? Comme les malheurs l’embellissent§ ») et les apostrophes oratoires (« ô combien… »/ « Ô Constance »).

Tous ces éléments présents dans le texte de Sade nous font mesurer à quel point, il utilise volontairement un style dont il se moque et à quel point il souligne cet empreint pour permettre au lecteur d’identifier la dimension parodique de son texte. Ce style sera également celui utilisé par Justine dans tout le roman, il apparaîtra d’ailleurs comme bien faible face à ses agresseurs et leur rigoureuse argumentation matérialiste.

Conclusion
Dans cet extrait, Sade, qui semble défendre son œuvre comme des générations d’auteurs avant lui, va se moquer des poncifs littéraires à plusieurs niveaux et s’en servir pour mieux les pervertir. En effet, il parodie les préfaces classiques, puisque s’il en reprend la forme, il tente d’attirer le lecteur en lui laissant entendre qu’il ne trouvera dans Justine ce qu’il trouvera dans d’autres ouvrages, en soulignant notamment l’originalité de son entreprise. Il détourne également le cliché de la littérature moralisatrice par la mise en relief du triomphe du vice qui devrait conduire à la défense de la vertu « par une route peu frayée » (et pour cause). Enfin, il reprend le style sensible, que l’on trouve chez Rousseau par exemple, pour l’appliquer à des objets bien différents ce qui aura pour effet de souligner le contraste entre une langue innocente, naïve et sensible et le monde cruel, violent et immoral qu’il donne à voir dans ses romans.

Le texte :

A ma bonne amie

Oui, Constance, c’est à toi que j’adresse cet ouvrage ; à la fois l’exemple et l’honneur de ton sexe, réunissant à l’âme la plus sensible l’esprit le plus juste et le mieux éclairé, ce n’est qu’à toi qu’il appartient de connaître la douceur des larmes qu’arrache la vertu malheureuse. Détestant les sophismes du libertinage et de l’irréligion, les combattant sans cesse par tes actions et par tes discours, je ne crains point pour toi ceux qu’a nécessités dans ces Mémoires le genre des personnages établis ; le cynisme de certains crayons (adoucis néanmoins autant qu’on l’a pu) ne t’effraiera pas davantage ; c’est le vice qui, gémissant d’être dévoilé, crie au scandale aussitôt qu’on l’attaque. Le procès du Tartufe fut fait par des bigots ; celui de Justine sera l’ouvrage des libertins, je les redoute peu : mes motifs dévoilés par toi, n’en seront point désavoués ; ton opinion suffit à ma gloire, et je dois après t’avoir plu, ou plaire universellement, ou me consoler de toutes les censures.

Le dessein de ce roman (pas si roman que l’on croirait) est nouveau sans doute ; l’ascendant de la vertu sur le vice, la récompense du bien, la punition du mal, voilà la marche ordinaire de tous les ouvrages de cette espèce ; ne devrait-on pas en être rebattu !

Mais offrir partout le vice triomphant et la vertu victime de ses sacrifices, montrer une infortunée errante de malheurs en malheurs ; jouet de la scélératesse ; plastron de toutes les débauches ; en butte aux goûts les plus barbares et les plus monstrueux ; étourdie des sophismes les plus hardis, les plus spécieux ; en proie aux séductions les plus adroites, aux subornations les plus irrésistibles ; n’ayant pour opposer à tant de revers, à tant de fléaux, pour repousser tant de corruption, qu’une âme sensible, un esprit naturel et beaucoup de courage : hasarder en un mot les peintures les plus hardies, les situations les plus extraordinaires, les maximes les plus effrayantes, les coups de pinceau les plus énergiques, dans la seule vue d’obtenir de tout cela l’une des plus sublimes leçons de morale que l’homme ait encore reçue ; c’était, on en conviendra, parvenir au but par une route peu frayée jusqu’à présent.

Aurai-je réussi, Constance ? Une larme de tes yeux déterminera-t-elle mon triomphe ? Après avoir lu Justine en un mot, diras-tu : « Ô combien ces tableaux du crime me rendent fière d’aimer la vertu ! Comme elle est sublime dans les larmes ! Comme les malheurs l’embellissent ! »

Ô Constance ! que ces mots t’échappent, et mes travaux sont couronnés.

Justine ou les Malheurs de la vertu, Sade.

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