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La France en villes

Quelles sont les dynamiques spatiales de la population française ?
Comment se traduit, spatialement, l’urbanisation croissante ?
Quels sont les effets du processus de métropolisation en France ?
Comment réduire les fractures urbaines ?
Qu’est devenue la France rurale ?
Quelles perspectives pour ces espaces à l’heure de la mondialisation et du développement durable ?

I.    Dynamiques démographiques, urbanisation, métropolisation

Avec ses 65 millions d’habitants, la France est l’un des pays les plus peuplés d’Europe avec l’Allemagne (82 millions d’habitants) et la Grande‐Bretagne (60 millions). Pour autant, avec une densité métropolitaine moyenne de 115 hab. /km2, la France est deux fois moins dense que ses deux voisins. Les contrastes de densité sont importants : les Hauts‐de‐Seine comptent 8 724 hab. /km2, le Nord 450, contre 15 pour la Lozère. Cependant, l’image d’une France dont seule la capitale serait dense et attractive est révolue.

A. Distribution de la population et dynamiques géographiques

1)    La répartition

Une approche multiscolaire (du territoire global aux espaces locaux) permet de dégager les particularités du peuplement français et d’en nuancer certains aspects. L’approche régionale permet d’opposer « France du plein » et « France du vide ».

a) « France des pleins »

Les six régions les plus peuplées, comptent à elles seules 48,9% de la population sur 22% du territoire. Les zones les plus densément peuplées sont principalement périphériques (littoral et frontières) en plus de l’ensemble parisien. Elles correspondent :

- aux littoraux : la côte méditerranéenne (sauf les étangs languedociens et la Camargue) ; l’Ouest, breton mais aussi atlantique (sauf la côte landaise) ; le littoral de la Manche et de la mer du Nord (sauf le Cotentin). Quelques sites remarquables ont vu développer d’importants ports, de commerce (Rouen, Nantes, Bordeaux, Marseille) ou militaires (Brest, Toulon) ;

- aux frontières terrestres où souvent le développement économique (et industriel) a été commun : Flandres (Nord‐Pas‐de‐Calais) ; vallée de la Meuse ardennaise ; frontière avec le Luxembourg (Lorraine) et l’Allemagne (Alsace, Lorraine, parties industrielles du Territoire de Belfort et du Doubs) ; frontière franco‐suisse dans les régions de Bâle et de Genève ;

- à la région Île‐de‐France, qui se détache nettement49 : sur 2,2% du territoire métropolitain se concentre 19% de la population.

Mais aussi :

- aux vallées des fleuves et certains de leurs affluents : Seine et Oise, Loire, Garonne et basse Dordogne, Gave de Pau, axe Rhône‐Saône et vallées alpines du Nord, Moselle, Rhin ;

- aux carrefours entre les voies de communication « naturelles », souvent sites originels d’importantes agglomérations (Lyon, Paris, etc.) ;

- aux régions industrialisées au XIXème siècle : autour de Saint‐Étienne.

b) « France du vide »

Les six régions ayant les plus faibles densités, n’accueillent que 13% de la population sur 28% du territoire. Elles coïncident largement à la « diagonale du vide ». Les zones peu densément peuplées correspondent à d’autres types d’espaces : ce sont souvent des régions frappées très tôt par l’exode rural. Ce phénomène a donc principalement concerné des zones d’agriculture extensive, mais pas exclusivement. À l’inverse des régions rurales ont pu maintenir leurs habitants sur place grâce à la pluriactivité (Bretagne, monts du Beaujolais…).

L’ensemble le plus déprimé démographiquement est formé par le Massif central et ses bordures Nord (Nièvre), Ouest (Limousin) et Sud‐Ouest (Dordogne). Les faibles densités ne se localisent pas que dans la diagonale du vide. On les trouve aussi dans des espaces qui, au niveau régional, apparaissent relativement peuplés : en Picardie (Aisne) ; en Lorraine (Vosges) ; en Franche‐Comté (Haute‐Saône, Jura) ; dans la région Centre (Cher et Indre en particulier) et en Basse‐Normandie (Orne). Elles sont aussi présentes dans le sud du Bassin aquitain (Gers, Landes), dans les départements du cœur pyrénéen (Ariège), dans le sud des Alpes (Alpes‐de‐Haute‐Provence, Hautes‐Alpes avec respectivement environ 23 hab. /km2) et en Corse. C’est la Lozère qui détient le record métropolitain avec moins de 15 hab. /km2.

2.    Les mobilités

Conjuguées avec l’accroissement naturel, elles conditionnent l’évolution démographique sur le territoire. Les mobilités intérieures entre régions et au sein de celles‐ci se développent : environ 1,9% de la population a déménagé chaque année d’une région à l’autre entre 2000 et 2005, contre 1,6% par an entre 1990 et 1999. Ce phénomène concerne toutes les régions à des degrés divers. Des tendances longues se maintiennent en parallèle avec des changements plus récents.

a) La France des « départs »

Le solde migratoire est négatif pour le Nord‐Pas‐De‐Calais, Champagne‐Ardenne, la Lorraine, une partie du Massif central (Loire), la Picardie, l’Est, le Sud et l’Ouest du Bassin parisien, mais aussi pour l’Île‐de‐France et le Rhône. L’Île‐de‐France est toujours très attractive, mais le solde est de plus en plus déficitaire avec toutes les autres régions de France, sauf avec celles du Nord et du Nord‐Est.

b) La France « des arrivées »

Globalement, dans le cadre de l’essor des migrations interrégionales, le solde est positif :
‐ pour l’ensemble des régions du Sud (Corse, Languedoc‐Roussillon, Midi‐ Pyrénées, Aquitaine, Provence‐Alpes‐Côte d’Azur;
‐ mais aussi pour le littoral de l’Atlantique (Aquitaine, Pays de la Loire, Bretagne) et l’Alsace.
Plusieurs départements du Massif central et de ses pourtours connaissent un changement remarquable : le Cantal, l’Allier, l’Indre et la Corrèze sont passés d’un solde migratoire négatif à un solde positif grâce à de nombreuses arrivées. Mais cela ne compense pas toujours le solde naturel qui reste partout négatif.
Ainsi, s’il n’y a pas de modifications majeures de caractéristiques qui régissent la mobilité des Français, on constate, depuis une dizaine d’années, un certain nombre d’inflexions. Le Sud reste attractif mais connaît un ralentissement de la hausse de son solde migratoire. Le Sud‐Ouest et l’Ouest, en revanche, voient le leur croître de manière de plus en plus marquée.

B. L’urbanisation de la France

Pour mesurer la croissance urbaine, la plus petite unité territoriale de référence est la commune : à chaque recensement, l’Insee classe ainsi chacune des quelque 36 500 communes de France dans une catégorie ou dans l’autre.

1. Les nouveaux découpages statistiques

a. Des unités urbaines…

Les découpages statistiques varient donc d’un recensement à l’autre, ce qui doit inviter à la prudence lorsque l’on veut mesurer des évolutions. La délimitation des unités urbaines à chaque recensement se fonde d’abord sur un critère simple, l’espace bâti66. Cela permet de distinguer deux catégories d’unités urbaines :

‐ la ville isolée correspond à une commune dans laquelle la plus grande zone bâtie compte au moins 2000 habitants ;

‐ l’agglomération multicommunale, regroupement de communes lorsque les zones bâties identifiées s’étendent sur deux ou plusieurs d’entre elles et comptent au moins 2 000 habitants.

Au recensement de 1999, il y avait ainsi 1 995 unités urbaines regroupant 5 954 communes en France métropolitaine (1000 villes isolées, des agglomérations multicommunales). Le reste du territoire était donc considéré comme rural.

b. …Aux aires urbaines

Afin de mieux cerner la réalité statistique de la périurbanisation, l’Insee a proposé un zonage supplémentaire, le zonage en aire urbaine. Une aire urbaine est formée de deux éléments :

‐ un pôle urbain, unité urbaine dans laquelle on compte au moins 5 000 emplois ; ‐ des communes périurbaines, formant un ensemble d’un seul tenant et sans enclave, dans lesquelles au moins 40% de la population active résidante ayant un emploi travaille dans le pôle urbain ou dans des communes attirées par celui‐ci.

Entre les aires urbaines, existent également des communes multipolarisées : au total, en 1999, 354 aires urbaines et plus de 4 000 communes multipolarisées formaient un « espace à dominante urbaine », où vivent 47 965 000 habitants, soit 82% de la population recensée en France métropolitaine.

2.    Croissance urbaine et périurbanisation

a. La croissance démographique

C’est en 1931 seulement (1845 pour le Royaume‐Uni), que la population urbaine devient, en France, plus nombreuse que celle des campagnes. Pendant les Trente glorieuses, la croissance des villes s’est accélérée, alimentée par un exode rural massif, par le baby‐boom et par une forte immigration étrangère. La part de la population urbaine dans la population totale de la France métropolitaine est ainsi passée de 53% en 1946 à 73% en 1975, et en 1999, les aires urbaines (les pôles urbains et leurs périphéries) concentraient 82% de la population totale du pays.

b. L’étalement des villes

Concomitamment, un desserrement vers les couronnes parfois lointaines des grandes agglomérations se produit. Face à la très grave crise du logement qui éclate dans les années 1950, dans toutes les villes, on avait construit dans l’urgence des centaines de milliers de logements, confortables mais d’un prix modéré, multipliant dans les banlieues les grands ensembles d’habitat collectif composés de barres et de tours. Mais depuis le milieu des années 1970, la généralisation de l’automobile pour les déplacements urbains et la production en masse de maisons individuelles donnent de nouvelles formes à la croissance spatiale des villes, dont les limites sont devenues bien floues, au point que l’on a pu parler « d’urbanisation des campagnes », voire de « renaissance rurale »… Spectaculaire, l’extension spatiale des agglomérations est sans commune mesure avec les gains de population. Les pôles urbains regroupent aujourd’hui 61% de la population, les couronnes périurbaines74 rassemblent environ 21% de la population et les campagnes accueillent 18% de la population.
Les dynamiques sont complexes :

‐ Les villes‐centres ne sont plus en déclin, mais connaissent une faible croissance liée au tassement du déficit du solde migratoire, très largement négatif du milieu des années 1970 aux années 1990 ;

‐ Les banlieues n’attirent plus, car certaines d’entre elles connaissent les mêmes problèmes que les centres (engorgement, prix élevés) et d’autres souffrent d’une image peu attractive. Si leur solde naturel reste positif, leur solde migratoire est devenu négatif ;

‐ Les couronnes périurbaines sont les seuls espaces qui cumulent un solde naturel et un solde migratoire positifs. Cette croissance se traduit autour des aires urbaines par l’augmentation de la population des communes rurales situées dans leur périphérie immédiate.

3. Persistance de la domination parisienne, affirmation de métropoles régionales

L’armature urbaine de la France métropolitaine a été longtemps dominée, pour ne pas dire écrasée, par l’agglomération parisienne. On constate aujourd’hui l’émergence dans les niveaux supérieurs de l’armature urbaine française, d’un ensemble de grandes villes de province qui s’affirment peu à peu comme des métropoles autour desquelles s’organise la vie de territoires régionaux structurés par des réseaux de villes moyennes et de petites villes, aux configurations diverses. C’est le cas des 17 aires urbaines qui comptaient plus de 400 000 habitants dans leurs limites de 1999. il y a une tendance générale à la concentration des habitants dans les grandes aires urbaines de province : elles ont gagné 4 millions d’habitants entre 1962 et 1999,contre 2,5 millions seulement pour celle de Paris. C’est parmi elles que l’on trouve les taux de croissance les plus élevés.

C.    La métropolisation en France

Le territoire français est aujourd’hui caractérisé par la métropolisation, processus qui, par la concentration des hommes et des activités qu’il engendre, transforme certaines grandes villes en métropoles.

1.    Métropoles et métropolisation

Les métropoles, dont l’importance varie selon le rayonnement (régional, national, international, voire mondial) sont des pôles d’attraction et de diffusion des flux. Ce sont des lieux d’articulation entre des réseaux. Elles concentrent les services de haut niveau, du personnel qualifié, les infrastructures de transport et de communication, les pouvoirs de commandement politiques et économiques, des équipements culturels de renommée. Plus elles sont importantes, plus ces éléments sont nombreux et variés, multipliant ainsi les bases économiques et fonctionnelles de la métropole, et incitant d’autant plus les entreprises à s’y établir.

2. Les métropoles dominent l’organisation économique du territoire

La concentration des forces vives de l’économie au sein de quelques aires urbaines s’est accélérée, au cours des années 1980, en France, essentiellement sous l’effet des mutations économiques.

En 2006, les 41 principales aires urbaines françaises regroupent 52% de la population et 57% des emplois. Parmi elles, l’INSEE distingue 12 « aires métropolitaines » (plus de 500 000 habitants, 20 000 emplois de cadres des fonctions métropolitaines) : Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nice, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Rennes, Grenoble, Montpellier) de 29 « grandes aires urbaines » (plus de 200 000 habitants, moins de 20 000 emplois de cadres des fonctions métropolitaines).

Cela se traduit par une concentration accrue des « fonctions métropolitaines » : la métropolisation ne s’opère pas partout de la même manière. Ainsi, en France, seule Paris est une métropole de dimension mondiale alors que les autres métropoles ont du mal à s’affirmer, y compris à l’échelle européenne.

Les autres métropoles françaises sont qualifiées « d’incomplètes » et peinent souvent à attirer les institutions et les entreprises de dimension internationale. Lille, Strasbourg, Lyon et Toulouse, pour diverses raisons, sont les métropoles françaises qui occupent la meilleure place à l’échelle européenne, même si leur poids est limité à quelques branches et si elles jouent un rôle modeste au sein des hiérarchies européennes.

De manière générale, les métropoles de province, à l’exception relative de Lyon, n’ont pas les fonctions de commandement économique des autres métropoles européennes, à l’image des capacités d’investissement des villes allemandes ou des partenariats économiques transnationaux des métropoles britanniques. Lorsqu’elles accueillent les sièges d’entreprises transnationales de premier plan, comme Clermont‐Ferrand, leur rayonnement économique est limité à une seule branche. Beaucoup de métropoles françaises n’ont qu’une influence régionale.

3.    Villes en réseau

Les forces économiques et démographiques se sont recomposées au profit des métropoles, sous l’effet de la mobilité des populations et des mutations économiques. Désormais, les métropoles échangent moins avec leur territoire (relations verticales) qu’entre elles (relations horizontales). Dans ce contexte, les métropoles régionales ont de nombreux échanges avec Paris et entre elles.
Il se dessine également des zones de complémentarités régionales entre Lille, Douai, Valenciennes et Dunkerque, entre Marseille, Toulon, Nîmes, Montpellier, Avignon et Nice ou entre Lyon, Grenoble, Saint‐Étienne et Annecy. Les relations qu’entretiennent les métropoles entre elles invitent à les comparer à un archipel.

La métropolisation a produit des effets importants à l’échelle régionale. Alors que des régions comme l’Auvergne ou Midi‐Pyrénées ne comptent qu’une métropole d’importance (leur capitale régionale), d’autres dénombrent deux à trois pôles assez isolés les uns des autres à l’image de l’Aquitaine (Bordeaux, Pau, Bayonne) ou de la Franche‐Comté (Besançon, Montbéliard). Dans quelques régions seulement, un ensemble de métropoles constitue un réseau : en Alsace (Strasbourg, Mulhouse), en Lorraine (une conurbation englobe progressivement Metz et Thionville, tandis qu’un réseau de villes se met en place entre Metz, Pont‐à‐Mousson, Nancy et Épinal), en PACA (la grappe urbaine structurée par Aix‐Marseille semble prête à absorber Toulon d’un côté, Arles de l’autre et elle est de moins en moins séparée de l’ensemble Cannes‐Nice).

II. Aménager les villes : réduire les fractures sociales et spatiales

A. Les espace centraux entre rénovation et réhabilitation

Dans les espaces centraux, une partie de l’habitat ne satisfait plus toujours aux normes du confort et de salubrité. Le départ vers la périphérie de certains ménages des classes moyennes, à la recherche de logements plus vastes et plus confortables, a accentué les phénomènes de ségrégation sociale dans cet habitat ancien et dans les vieux quartiers « bourgeois », souvent dégradés, où vivent des groupes en marge de la croissance économique générale et de l’élévation du niveau de vie.
C’est aussi dans ces quartiers que s’étaient établies les services de haut niveau : sièges sociaux d’entreprises, administrations, banques, compagnie d’assurances, grands magasins, commerce de luxe… Hérités de la fin du XIXe siècle et du premier XXe siècle, ces immeubles se sont avérés inadaptés aux défis de la modernité auxquels répondaient les CBD (Central Business District) des villes américaines

1.    La rénovation

C’est la rénovation, qui suscite le plus d’appétits, car elle concerne généralement des superficies importantes qu’il faut entièrement libérer. Particulièrement convoités : les emprises ferroviaires, les terrains militaires ou les usines et entrepôts déplacés en périphérie pour bénéficier de terrains plus vastes et/ou mieux desservis par les infrastructures de transport.

Plus contestées : les rénovations qui concernent des îlots d’habitations insalubres d’où l’on chasse les habitants au prix de procédures complexes. Dans toutes ces rénovations triomphent les conceptions urbanistiques nouvelles qui renient la rue traditionnelle : dalles ou de mails réservés aux piétons, aménagés sur plusieurs niveaux de parkings souterrains, circulation automobile rejetée dans des voies rapides qui ceinturent le périmètre. Tout cela conduit à une spécialisation accrue dans les fonctions tertiaires de type métropolitain, dans un espace où les immeubles de bureaux, les administrations, les galeries marchandes vont de pair avec des résidences souvent inaccessibles aux personnes de revenus modestes. Les choix architecturaux, la hauteur des immeubles ou les matériaux utilisés, souvent en rupture totale avec la tradition, nourrissent aussi la contestation.

2.    La réhabilitation

En moins d’un demi‐siècle, les excès de la rénovation urbaine dans les centres villes ont conduit à donner aujourd’hui, la priorité à la réhabilitation. Elle s’efforce de moderniser les centres anciens sans pour autant faire table rase du passé. Il s’agit tout à la fois de protéger le patrimoine bâti et de le mettre en valeur. Opération longue et coûteuse, qui suppose une participation active ses propriétaires, moyennant avantages fiscaux. Dans le même temps, la puissance publique accompagne le mouvement en « requalifiant » rues et places, souvent rendues aux piétons.

3.    De nouvelles dynamiques

La rénovation comme la réhabilitation s’accompagnent d’une transformation profonde de l’économie et de la société. Échoppes anciennes et petits commerces tendent à disparaître, et la population aux faibles revenus se trouve progressivement chassée par la hausse des prix de l’immobilier. Au contraire, attirés par le charme retrouvé de ces vieux quartiers historiques, de nouveaux habitants plus fortunés s’installent, tout comme des artistes, ce qui suscite une vie culturelle différente, attirant visiteurs et touristes. Et l’appareil commercial suit avec galeries d’art, boutiques de luxe, restaurants…

Reste donc posée la question du maintien dans les centres villes de catégories populaires, souvent très attachées à « leurs » quartiers qui constituent une réalité sociale forte, où les solidarités s’enracinent dans une mémoire commune. Leurs associations regardent désormais avec beaucoup de méfiance les projets de réhabilitation, et les municipalités s’efforcent de concilier la lutte contre l’insalubrité avec le maintien en centre‐ville de quartiers populaires, comme à Marseille dans Le Panier.

B. Reconquête urbaine dans les anciens faubourgs et les proches banlieues

1.    Des territoires en mutation

À la périphérie immédiate des espaces centraux, des mutations profondes affectent les anciens faubourgs et les proches banlieues, associant les fonctions industrielles développées fin XIXe‐début XXe siècle et quartiers ouvriers comportant un parc important de logements sociaux, HBM (Habitations à bon marché) de l’entre‐deux guerres, HLM (Habitations à loyers modérés) ensuite. Avec l’évolution du système productif, l’abondance des friches industrielles, la lutte contre l’habitat insalubre, la prise en charge des problèmes sociaux ont fait entrer beaucoup de ces territoires péricentraux ou de proche banlieue dans un processus de « régénération urbaine » : de grands aménagements y fixent des activités tertiaires, souvent de haut niveau. Cela conduit à intégrer la proche banlieue dans une centralité élargie, parfois multipolaire.

2.    Requalification du patrimoine industriel

Dans un premier temps, comme dans les espaces centraux, c’est la rénovation qui l’a d’abord emporté, car dans un bâti du XIXe siècle et du début du XXème, fait d’usines et d’entrepôts, rien ne semblait digne d’être protégé. Des voix se sont pourtant élevées pour empêcher la démolition de certains bâtiments, qui méritaient d’être réhabilités, comme éléments d’un patrimoine industriel. Ces bâtiments, témoins de prouesses techniques et d’une mémoire sociale, contribuent à l’identité et à l’image d’une ville, au même titre que bien des monuments historiques plus anciens et depuis longtemps protégés : des hôpitaux, des casernes, des manufactures, des abattoirs, des entrepôts, etc. ont ainsi échappé à la destruction ; ils accueillent aujourd’hui des activités sans rapport avec leur vocation d’origine : universités, musées, immeubles de bureaux, résidences de standing… ce qui pose, comme au centre‐ville, la question du maintien des classes populaires et de la mixité sociale.

C.    Les périphéries urbaines : « ville étalée », « ville fragmentée »

Au‐delà des faubourgs et des proches banlieues, la ville se fragmente dans une périphérie où se juxtaposent des espaces de plus en plus spécialisés. Les différentes fonctions urbaines s’y développent dans des zones bien distinctes : le « zoning » fonctionnel favorisé depuis un siècle par le développement des moyens de transport qui a permis de séparer lieux de résidence et lieux de travail s’accentue aujourd’hui et se traduit par l’apparition, à côté des anciennes zones industrielles, d’espaces dédiés au commerce, aux loisirs, ou aux transports (plates‐formes multimodales, centres de fret, voire gares TGV excentrées…).

De même, très révélatrices d’une ségrégation sociale accentuée, les zones résidentielles se distinguent les unes des autres, opposant en particulier les grands ensembles d’habitat collectif, aux banlieues pavillonnaires composées de lotissements qui, en quelques années, ont conquis les franges rurales des villes. Cette vague a déferlé de façon souvent brutale et s’étale toujours plus loin.

1.    L’aggravation des contrastes socia-spatiaux

La marée pavillonnaire a transformé en quelques années, de façon souvent spectaculaire, les paysages entre villes et campagnes. Ce sont les classes moyennes qui ont participé de façon massive à l’aventure périurbaine, abandonnant les quartiers d’habitat collectif et en particulier le parc social des grands ensembles. Ainsi, elles y ont été progressivement remplacées par des habitants qui se trouvaient exclus de la migration vers le périurbain, marginalisées par la crise économique et le chômage, mais aussi par leurs origines, car souvent issues de l’immigration.

Beaucoup de quartiers d’habitat collectif sont depuis devenus des « quartiers sensibles », ou vécus comme tels. Depuis le début des années 1980, l’insécurité, la délinquance les violences urbaines ont alimenté les débats et incité l’État et les collectivités territoriales à les placer au coeur d’une « politique de la ville », des premières mesures « Habitat vie sociale » en 1977 jusqu’aux GPV (Grand projet de Ville) des années 2000, en passant par les opérations de type DSU (Développement social urbain), associant actions sur le logement et sur l’emploi.

La question des rapports entre ces problèmes sociaux et les formes urbaines héritées d’un urbanisme des années passées se pose : détruire ? Remodeler ? Les solutions trop radicales suscitent bien des oppositions, car ces grands ensembles ont aussi une vie riche de sa diversité, de son histoire, des luttes aussi de ses habitants, dont beaucoup n’ont pas renoncé à trouver des solutions pour « vivre ensemble »

2.    Diversification et spécialisation des zones d’activités

Hors des zones résidentielles, et nettement distinctes, la périphérie des grandes agglomérations est aussi marquée par la constitution de zones vouées à des activités de plus en plus spécifiques. A la dispersion initiale des usines, des entrepôts et des premiers hypermarchés, a succédé une organisation plus complexe exprimant de nouvelles complémentarités et solidarités fonctionnelles :

‐ émergence des nouvelles « centralités » ;

‐ parcs scientifiques et technopôles ;

‐ zones vertes et parcs de loisirs : participe aussi à la recomposition territoriale des agglomérations, l’aménagement de zones conçues pour les loisirs des citadins. Les collectivités territoriales ont entrepris partout de grands équipements pour les activités sportives et socioculturelles, mais ce domaine est aussi investi par le secteur privé, seul ou en partenariat avec les pouvoirs publics : parcs nautiques, terrains de golf, parcs d’attraction…

III. ENTRE ATTRACTIVITÉ URBAINE ET NOUVELLES FORMES DE DÉVELOPPEMENT : LES ESPACES RURAUX

« Rural » désigne les lieux et les habitants vivant dans les campagnes, par opposition à l’urbain qui lui a trait à la ville. La majorité des ruraux ne sont pas des agriculteurs, mais des actifs vivant dans des villages d’activités d’artisanat, de commerce, de services liés aux spécificités de ce monde non urbain.

Lorsque la France a accéléré son urbanisation après la Seconde Guerre mondiale, on a craint et souvent prophétisé un abandon complet des espaces ruraux, d’autant plus que le nombre des agriculteurs chutait (‐ 560000 emplois entre 1975 et 1990). Or, au XXIe siècle, la France rurale ne se porte pas si mal (mieux que la France agricole, en tout cas !), mais elle vit en interrelation de plus en plus forte avec les espaces urbains.

A. Des espaces intégrés aux dynamiques urbaines

1.    Un étalement urbain toujours plus lointain…

Des populations citadines viennent s’installer toujours plus loin du pôle urbain où elles travaillent. Les paysages agraires ou le bâti des villages ont l’allure de campagnes, mais la vie se déroule au rythme urbain de l’agglomération proche.

2.    …qui étend l’influence des villes jusque dans l’espace rural

L’influence des villes s’étend largement au‐delà des couronnes périurbaines : elle a stoppé la dévitalisation des campagnes. Les espaces « à dominante rurale » se repeuplent à nouveau, au rythme de 75000 habitants supplémentaires chaque année depuis 1999 (+ 0,7% par an). Toutefois ces espaces ruraux ne sont pas homogènes et ne connaissent pas tous la même évolution. En effet, l’espace rural « isolé » ou « profond » reste partiellement à l’écart de ces processus.

B. Des usages nouveaux liés à une société citadine

1.    Agriculture en berne

Les espaces ruraux ne s’identifient plus à l’agriculture, même si la moitié de la superficie du territoire français est utilisée pour la production agricole. Cette fonction reste très présente dans les paysages, mais elle n’occupe plus que 780 000 actifs en 2007. Les communes rurales, même éloignées des grandes villes, n’ont plus qu’une minorité d’actifs dans l’agriculture.

2.    Essor de l’économie résidentielle

L’économie résidentielle est désormais un levier efficace de l’attraction et du renouveau d’espaces ruraux non isolés. Même éloignés des villes, les espaces ruraux attractifs et bien desservis affichent désormais une forte vitalité démographique : la multiplication des résidences secondaires pour les loisirs et vacances, la transformation de résidences secondaires en résidences permanentes par des retraités venus s’y établir (quelquefois étrangers), l’activité touristique, assurent à la fois des revenus et une fréquentation supplémentaire. Ce phénomène est très marqué à proximité des littoraux, sur le pourtour méditerranéen et dans certaines régions de montagne. Les espaces ruraux deviennent donc, dans une certaine mesure, un espace de consommation pour citadins.

C.    Gérer la diversité des espaces ruraux

1.    Le rural périurbain

Le rural périurbain et en voie de périurbanisation est directement associé aux métropoles par ses résidents. Son extension est cependant remise en cause à l’heure d’une réflexion sur la ville durable qui dénonce le coût environnemental et social élevé de l’étalement urbain. La consommation d’espaces naturels agricoles, le coût et l’impact environnemental des réseaux collectifs (eau, assainissement) et des déplacements sont préoccupants.

2.    Le rural en renouveau

Les espaces ruraux touristiques, de résidences secondaires accueillant des retraités tirent parti de la présence de citadins. Par exemple, le Sud du Massif central et les Pyrénées, naguère encore frappés par le dépeuplement rural, ont réussi à y mettre fin : depuis peu, ils regagnent des habitants, à l’instar de la Lozère qui en 2007 compte 4000 habitants de plus qu’en 1990, ayant inversé une évolution séculaire (151 000 habitants en 1881, 76880 en 2007). Dans ces régions, le maintien d’une agriculture de qualité, durable, est décisif.

3.    Le rural isolé

Les espaces ruraux plus éloignés des centres urbains, non favorisés par un climat méridional et souffrant déjà, çà et là, d’abandons liés à de faibles densités démographiques, continuent à décliner. Ces espaces ruraux « profonds » ou « isolés », où même l’activité agricole se rétracte, sont un dossier majeur d’aménagement du territoire. Les services publics se dégradent (fermetures d’écoles et de bureaux de postes), les services en général et les commerces de proximité finissent par disparaître. Le désengagement de services publics (école, gare, poste) est une question sensible. Des dispositifs, comme les zones de revitalisation rurale ou les pôles d’excellence visent à enrayer un processus de désertification.


Schéma 1


Les espaces de la métropole


Paris, une ville mondiale à deux échelles


Organisation urbaine et dynamisme des villes en FranceOrganisation urbaine et dynamisme des villes en France


Organisation urbaine et dynamisme des villes en France

 

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