Les Contemplations, Victor Hugo, Livre I, VII

Pour préparer au mieux le bac français, retrouvez, à la suite du texte de Victor Hugo, un conseil pour le commentaire du poème.

Objet d’étude : La poésie.

Corpus :

  • Texte A - Nicolas Boileau, Art poétique, chant I (1674).

  • Texte B - Victor Hugo, Les Contemplations, Livre premier, VII (1856).

  • Texte C - Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, dite “du voyant” (Charleville, 15 mai 1871).

Sujet :
Commentez le poème de Hugo (Texte B).

Texte B - Victor Hugo, Les Contemplations, Livre premier, VII (1856).
Réponse à un acte d’accusation
Hugo rejette ici les normes classiques qui imposent leurs interdits au théatre et en poésie.

Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes ;
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,
Les Méropes (1), ayant le décorum pour loi,
Et montant à Versaille (2) aux carrosses du roi ;
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires (3),
Habitant les patois ; quelques-uns aux galères
Dans l’argot ; dévoués à tous les genres bas,
Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas,
Sans perruque ; créés pour la prose et la farce ;
Populace du style au fond de l’ombre éparse ;
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas (4) leur chef
Dans le bagne Lexique avait marqués d’une F ;
N’exprimant que la vie abjecte et familière,
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.
Racine regardait ces marauds de travers ;
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,
Il le gardait, trop grand pour dire : Qu’il s’en aille ;
Et Voltaire criait : Corneille s’encanaille !
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.
Alors, brigand, je vins ; je m’écriai : Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?
Et sur l’Académie, aïeule et douairière (5),
Cachant sous ses jupons les tropes (6) effarés,
Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l’encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées ;
Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d’azur !
Discours affreux ! - Syllepse, hypallage, litote (6),
Frémirent ; je montai sur la borne Aristote (7),
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.
Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,
Tous ces tigres, les Huns, les Scythes et les Daces (8),
N’étaient que des toutous auprès de mes audaces ;
Je bondis hors du cercle et brisai le compas.
Je nommai le cochon par son nom ; pourquoi pas ?

———————–

Notes :
(1) : Personnages de tragédies.
(2) : L’absence de la lettre “s” est volontaire.
(3) : Inquiétants.
(4) : Vaugelas : autour des Remarques sur la langue française ( 1647), il y codifie la langue selon l’usage de l’élite.
(5) : L’Académie Française, garante des règles ; “douairière” : vieille femme.
(6) : Figures de style.
(7) : Aristote, philosophe grec, avait codifié les genres et les styles.
(8) : Peuples considérés ici comme barbares.

———————-

Commentaire du professeur :
N’oubliez pas de bien lire tous les éléments qui vous sont donnés.
Le paratexte vous livre en effet des indications précieuses pour comprendre le texte (notamment les notes, mais aussi le fait qu’ici Hugo répond à un acte d’accusation et exprime son point de vue sur la littérature : rejetant “les normes classiques qui imposent leurs interdits au théatre et en poésie”) . Il dénonce la rigidité des auteurs classiques, prend position (ce que montre l’utilisation du pronom personnel “je”) . Il se présente comme celui qui a inauguré le changement ce que soulignent les vers : “Alors, brigand, je vins ; je m’écriai : Pourquoi/ Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ? “. Il insiste sur la violence de son action libératrice : “je fis soufler un vent révolutionnaire”.

Ce texte relève du genre poétique, il est important que vous gardiez cet élément en mémoire. En règle générale, il faut toujours repérer le genre du texte pour l’analyser de manière pertinente. Il faudra donc vous attarder sur l’étude du rythme (les rimes, les répétitions), sur les figures (les images, etc.).

Ne négligez pas non plus l’étude du registre polémique. Montrez comment Hugo se sert de la poésie pour la mettre au service de ses idées, en gardant à l’esprit qu’Hugo ne se prononce pas seulement sur la poésie mais aussi sur le théâtre.

Hugo cite et oppose ici des grands noms d’écrivains que vous avez rencontrés au cours de votre scolarité : Molière, et Voltaire qu’il oppose à Racine. A repérer également : les noms de personnages de tragédie (genre noble par excellence) : Phèdre, Jocaste, Mérope.

Pour aller plus loin avec LeWebPédagogique :



Commentaires

1 commentaire pour “Les Contemplations, Victor Hugo, Livre I, VII”

  1. Bac 2008 épreuves anticipées » Blog Archive » Les Contemplations, Hugo le 22 décembre 2007

    [...] Un commentaire d’un poème des Contemplations sur le blog de révision de l’EAF [...]

Laisse un commentaire !




lisbonne