Pour vous préparer au Bac français, vous trouverez ici le sujet corrigé et le conseil d’un professeur blogueur pour une dissertation sur l’autobiographie.
Sujet de dissertation :
Suffit-il de se souvenir pour écrire un récit autobiographique ?
Vous répondrez à cette question en un développement composé prenant appui sur les textes du corpus, les textes que vous avez étudiés en classe et vos propres lectures.
Commentaires du professeur :
Il s’agit ici de déterminer si le souvenir est suffisant pour élaborer une autobiographie, donc de définir la place du souvenir dans l’autobiographie. Il faudra discuter le sujet et montrer en quoi le souvenir fébrile d’un auteur qui se retourne sur sa vie n’est pas le seul composant d’une autobiographie.
Un plan détaillé :
I. Ecrire = Se souvenir
L’écrivain doit se souvenir pour écrire un récit autobiographique. Il se replonge dans son passé, il se le remémore pour écrire. Le souvenir a une place essentielle.
1. Retrouver les souvenirs (évoquer les textes de Sarraute et de Perec)
2. Choisir les souvenirs (dans le corpus, citez Rousseau)
3. Trier les souvenirs (dans le corpus, citez Perec)
II. Ecrire = Recréer
Cependant “se souvenir” ne suffit pas.
1. Recomposer les souvenirs (lorsque l’auteur évoque par exemple un épisode de sa vie dont il ne peut se rappeler ou auquel il n’a pas assisté)
2. Interpréter les souvenirs (le temps change le regard sur sa vie)
3. Dialoguer avec son passé
Les textes du corpus :
Texte A – François René de Chateaubriand [1768-1848], Mémoires d’outre-tombe, livre premier, chapitre III
(manuscrit de 1847).
Texte B – Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], Les Confessions, livre premier, 1771.
Texte C – Georges Perec, [1936-1982], W ou le Souvenir d’enfance, © Denoël, 1975.
Texte D – Nathalie Sarraute [1900-1999], Enfance, © Éditions Gallimard, 1995.
Texte A - François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.
Le chapitre III du livre premier est daté par l’auteur du 31 décembre 1811.
La maison qu’habitaient alors mes parents est située dans une rue sombre et étroite de Saint-Malo, appelée la rue des Juifs : cette maison est aujourd’hui transformée en auberge. La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s’étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils. J’eus pour parrain, comme on le voit dans mon extrait de baptême, mon frère, et pour marraine la comtesse de Plouër, fille du maréchal de Contades. J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.
Texte B - Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions.
Jean-Jacques Rousseau est âgé de dix ans quand il est mis en pension chez le pasteur Lambercier, à Bossey, près de Genève.
Près de trente ans se sont passés depuis ma sortie de Bossey sans que je m’en sois rappelé le séjour d’une manière agréable par des souvenirs un peu liés, mais depuis qu’ayant passé l’âge mûr je décline vers la vieillesse, je sens que ces mêmes souvenirs renaissent tandis que les autres s’effacent, et se gravent dans ma mémoire avec des traits dont le charme et la force augmentent de jour en jour; comme si, sentant déjà la vie qui s’échappe, je cherchais à la ressaisir par ses commencements. Les moindres faits de ce temps-là me plaisent par cela seul qu’ils sont de ce temps-là . Je me rappelle toutes les circonstances des lieux, des personnes, des heures. Je vois la servante ou le valet entrant dans la chambre, une hirondelle entrant par la fenêtre, une mouche se poser sur ma main, tandis que je récitais ma leçon: je vois tout l’arrangement de la chambre où nous étions ; le cabinet de M. Lambercier à main droite, une estampe représentant tous les papes, un baromètre, un grand calendrier; des framboisiers qui, d’un jardin fort élevé dans lequel la maison s’enfonçait sur le derrière, venaient ombrager la fenêtre, et passaient quelquefois jusqu’en dedans. Je sais bien que le lecteur n’a pas grand besoin de savoir tout cela; mais j’ai besoin, moi, de le lui dire. Que n’osé-je lui raconter de même toutes les petites anecdotes de cet heureux âge, qui me font encore tressaillir d’aise quand je me les rappelle. Cinq ou six surtout… composons. Je vous fais grâce des cinq, mais j’en veux une seule; pourvu qu’on me la laisse conter le plus longuement qu’il me sera possible, pour prolonger mon plaisir.




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