L’enracinement de la culture républicaine (1880-1900)

À partir de 1879, les institutions* de la IIIème République, proclamée le 4 septembre 1870, sont entièrement aux mains des républicains. Dans un pays où l’adhésion à la République* est encore fragile, ils réussissent en deux décennies à impulser une vie démocratique et à enraciner une culture républicaine partagée par la majorité des Français. C’est pourquoi la République parvient à se maintenir, en dépit des crises qui se succèdent à partir de 1885.

I)    Les républicains définissent et diffusent une nouvelle

Quelle culture politique les Républicains diffusent-ils en France dans les années 1880 et 1890 ?

A) L’imposition d’une nouvelle pratique des institutions favorable au pouvoir législatif

Les institutions sont définies par les lois constitutionnelles* de 1875, lesquelles sont réformées en 1884. Le pouvoir législatif est détenu par l’Assemblée nationale, formée de la Chambre des députés, élue au suffrage universel direct et du Sénat, élu au suffrage indirect. Le pouvoir exécutif est exercé par le président de la République et par le gouvernement, dirigé par le président du Conseil. Le président de la République, élu pour 7 ans par le Parlement, a de nombreux pouvoirs : dissolution de la Chambre des députés, initiative des lois, nomination du chef du gouvernement. Le régime est parlementaire*.

La Chambre des députés devient, dans les années 1880, le centre du pouvoir. En effet, Jules Grévy, élu président de la République en 1879, s’engage à ne plus user du droit de dissolution et à laisser le président du Conseil gouverner. Or le gouvernement est étroitement contrôlé par la Chambre des députés qui l’a investi et peut le renverser. Seule instance élue au suffrage universel direct, elle s’impose comme la principale expression de la souveraineté populaire, possède l’initiative et le vote des lois et contrôle le gouvernement sans risquer une dissolution.

B) La définition des valeurs républicaines

Les républicains se présentent comme les héritiers des Lumières et de la Révolution française. Ils défendent des principes nés à cette époque : la séparation des pouvoirs, la souveraineté populaire* et les droits de l’homme. La Marseillaise devient l’hymne national en 1879 et le 14 juillet la fête nationale à partir de 1880.
Les républicains promeuvent les libertés et les principes démocratiques* que le Second Empire avait supprimé. La liberté d’expression est pleinement rétablie par les lois sur les réunions et sur la presse de 1881. Ces dispositions permettent le développement de la presse et font de l’opinion publique un acteur décisif de la vie politique. Les maires, autrefois nommés par l’État, sont élus par les conseils municipaux à partir de 1884. La liberté syndicale* est reconnue par la loi de mars 1884. la loi sur les associations de 1901 facilite l’organisation d’associations, y compris celle de partis politiques.
République

Les républicains défendent une république laïque. Ils veulent limiter l’influence de l’Église catholique sur l’enseignement. Jules Ferry instaure la gratuité (1881), l’obligation et la laïcité (1882) de l’école primaire ainsi que la laïcisation du personnel enseignant (1886). En 1884, le divorce, condamné par l’Église, est rétabli.

Les républicains cultivent le patriotisme* des Français. Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, la République entretient le souvenir des provinces perdues et lance la France dans la course aux colonies, afin d’en faire une grande puissance coloniale.

C) La diffusion de cette nouvelle culture républicaine

Les symboles de la République se diffusent dans toutes les communes. Des mairies et des écoles sont construites. Des bustes de Marianne sont déposés dans les mairies et des statues de la République se multiplient. Le 14 juillet est célébré par des cérémonies officielles et des fêtes populaires.

L’école joue également un rôle important dans la diffusion des valeurs républicaines. Elle apprend aux élèves à aimer et servir la France et la République.

II)    Une culture politique contestée mais solidement enracinée

Comment la République parvient-elle à surmonter trois crises de 1885 à 1902 ?

A) Les républicains affrontent des ennemis divisés

La crise boulangiste permet à tous les mécontents de droite et de gauche de s’unir contre la République, dans un contexte de crise économique. Le général Boulanger, ministre de la Guerre en 1886 connu pour son intransigeance à l’égard de l’Allemagne, jouit d’une forte popularité. Renvoyé du gouvernement puis de l’armée, il gagne des élections partielles en 1888 et 1889. Son programme, résumé par la slogan « Dissolution-Révision- Constituante », séduit des monarchistes, des bonapartistes, et des nationalistes*. Rejetant l’idée d’un coup d’État, il attend les élections législatives d’octobre 1889. Les républicains modérés, les radicaux et les socialistes s’unissent alors contre cette menace. Jugé pour atteinte à la sécurité de l’État, il est condamné et devient inéligible. Privé de son chef, le mouvement boulangiste s’essouffle mais il a fait naître des formes de violences politiques antiparlementaires promises à un long avenir même si les élections sont remportées par les républicains.

Le scandale de Panama relance l’antiparlementarisme*. La Compagnie du canal de Panama, à court d’argent pour financer le creusement du canal, verse des pots-de-vin à de nombreux députés afin d’obtenir une loi lui permettant de lever des obligations en France. Dès 1892, les députés corrompus sont vivement critiqués dans la presse et dans la rue. Plus de la moitié ne sont pas réélus en 1893.

Dans ce contexte de montée du mécontentement social, une douzaine d’attentats anarchistes ensanglantent Paris. En 1894, le président de la République, Sadi Carnot, est assassiné à Lyon. Mettant au premier plan la question ouvrière, les anarchistes sont partisans de l’action violente contre l’ordre établi pour renverser la République « bourgeoise ».

B) Le triomphe des valeurs républicaines lors de l’affaire Dreyfus

L’affaire Dreyfus divise les Français et met à l’épreuve les valeurs républicaines. Après la condamnation pour espionnage au profit de l’Allemagne du capitaine Dreyfus (d’origine juive) en 1894 et la découverte de son innocence et du véritable coupable en 1898, certains continuent à défendre la thèse de sa culpabilité que l’armée ne veut pas reconnaître alors que d’autres, comme Zola (dans son article « J’accuse » et Clemenceau, dénoncent l’injustice commise au nom de la raison d’État, demandent la révision du procès et son acquittement. Les premiers, les antidreyfusards*, dénoncent le « traître Dreyfus » et justifient leur position par un discours militariste, nationaliste et souvent antisémite qui traduit le rejet de la République et montre la gravité de la crise. Les seconds, les dreyfusards (intellectuels, républicains, socialistes), agissent au nom de la justice, des droits de l’homme et de la raison.
Face aux attaques des nationalistes antidreyfusards, les républicains décident en 1899 de constituer un gouvernement de Défense républicaine, unissant des socialistes, des radicaux et des républicains modérés. Le président Loubet gracie Dreyfus en 1899. L’échec des antidreyfusards aux élections de 1902 et la victoire des radicaux montrent que la République est encore majoritairement soutenue par les Français. Dreyfus est définitivement innocenté et réhabilité en 1906.

C) Les républicains s’appuient sur l’adhésion de la majorité des Français à la République

Les républicains ont su renforcer l’attachement des paysans et des classes moyennes à la République. Les paysans sont séduits par une République modérée, qui défend la propriété privée, développe l’enseignement primaire, désenclave les campagnes par le chemin de fer et met en place des tarifs douaniers protecteurs. Les classes moyennes peuvent espérer une promotion sociale pour leurs enfants grâce à l’école primaire et à l’augmentation du nombre de bourses pour accéder au lycée. Les ouvriers sont plus timidement satisfaits malgré quelques lois sociales (repos hebdomadaire obligatoire en 1906, lois sur les retraites en 1910). Les femmes sont exclues du droit de vote et considérées comme des mineures. La colonisation et la domination autoritaire des peuples indigènes.

Une minorité de Français n’adhérent pas à la culture républicaine. Les nationalistes veulent un régime plus autoritaire et expriment des valeurs opposées à celles des républicains, comme l’antisémitisme*, l’antiparlementarisme et un nationalisme souvent xénophobe*. Les socialistes, à l’image des ouvriers, sont divisés. Alors que certains, comme Jean Jaurès, tentent de concilier les valeurs républicaines et marxistes*, d’autres, comme Jules Guesde, sont favorables au renversement de la République.

Définitions

Antiparlementarisme : ensemble d’idées et de pratiques hostiles à l’importance du Parlement dans la vie politique d’un État.

Antisémitisme : doctrine ou attitude caractérisée par la haine des Juifs.

Constitution : texte fondamental qui définit les institutions d’un pays.

Culture politique : ensemble de valeurs, de références philosophiques et historiques, de pratiques institutionnelles et politiques, de rites et de sociabilité qui donnent à un groupe une identité politique affirmée.

Démocratie : régime politique qui respecte la séparation des pouvoirs, la souveraineté nationale et les libertés individuelles et collectives.

Institutions : organisation des pouvoirs dans un État : liberté reconnue par l’État de créer un syndicat et d’y adhérer.

Lois constitutionnelles : ensemble des trois lois votées en 1875 servant de Constitution à la IIIème République.

Marxisme : théorie révolutionnaire développée par Karl Marx prônant le renversement du système capitaliste.

Nationalisme : doctrine qui place l’attachement à la nation au-dessus de tout.

Patriotisme : attachement à la patrie qui désigne autant la communauté politique à laquelle appartient un individu que le sol où vit cette communauté.

Régime parlementaire : régime politique dans lequel le pouvoir exécutif est responsable devant le pouvoir législatif ; le Parlement peut donc renverser le gouvernement.

République : forme de régime politique dans lequel le chef de l’État n’est pas un souverain héréditaire.

Souveraineté populaire : principe selon lequel toute personne détenant du pouvoir dans un État le tient directement ou indirectement du peuple.

Xénophobie : doctrine ou attitude caractérisées par la haine des étrangers.

Sujets de composition

SUJET 1 : Être républicain en France dans les années 1880 et 1890 (plan ci-dessous)

SUJET 2 : Les Français et la République de 1880 à 1900

SUJET 3 : Les combats de la République de 1880 à 1900

SUJET 4 : Comment les Français sont devenus républicains ?

SUJET 5 : La culture républicaine et son enracinement (1880-1914) (plan ci-dessous)

Propositions de plans

SUJET 1 :

I)    Être républicain, c’est avoir des valeurs et des références démocratiques

–    défense de l’égalité devant la loi, les libertés et la laïcité

–    références philosophiques et historiques communes (philosophes des Lumières, révolution française)

–    mais des sensibilités différentes (radicaux, socialistes…)

II)    Être républicain, c’est adhérer à des institutions et des pratiques politiques

–    les institutions de la Troisième République

–    les différentes élections

–    les symboles et cérémonies républicaines

III)    Être républicain, c’est mener des combats pour défendre la République

–    les hommes politiques républicains tentent de rallier les Français (paysans, classes moyennes…) à la République

–    Enracinement par l’école

–    Mobilisations et engagements (affaire Dreyfus)

SUJET 5 :

I)    L’affirmation des valeurs politiques par le régime républicain

–    élargissement des libertés publiques

–    les institutions républicaines et démocratiques

–    limites : peu de réformes sociales, pas de droit de vote des femmes

II)    La lutte contre les ennemis de la République

–    le boulangisme

–    marxistes et anarchistes

–    l’affaire Dreyfus

III)    Les moyens de la diffusion des pratiques républicaines

–    participation à la vie politique

–    rôle de l’école

–    multiplication des symboles républicains

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