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Bac de français – Commentaire corrigé – Montaigne, Essais, Livre I Chap. L

Pour vous préparer au Bac français, vous trouverez ci-dessous les conseils, un plan détaillé du commentaire littéraire du chapitre L (livre I) des Essais de Montaigne, rédigé par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Contexte :

Objet d’étude : L’essai / Le biographique

Mouvement littéraire : L’Humanisme

Type de sujet : Commentaire littéraire

Texte étudié : Les Essais, Livre I, Chapitre L, de « Le jugement est un outil pour tous les sujets… à quand elle va de son pas simple ».

Auteur : Montaigne ( 1533 – 1592 )

Le plan détaillé du commentaire :

I. Un modèle d’écriture

a) Essayer un sujet

Proposition de définition de ce qu’est un essai pour Montaigne et qui deviendra un genre à part entière : Il s’agit d’ « emplo[yer] toutes sortes d’occasions pour faire ici des essais d[e son jugement] ».

Une démarche qui ne suit pas d’ordre particulier, comme on le voit quand il dit qu’il « emploie toutes sortes d’occasions ».

Entre superficialité et profondeur : « en sondant le gué de bien loin, et puis le trouvant trop profond pour ma taille, je reste sur la rive » / « je lui donne un coup de scalpel, non pas le plus largement, mais le plus profondément que je puis ».

Rechercher l’originalité : « j’aime (…) à saisir ces éléments par quelque aspect inusité ».

Une réflexion morcelée : « je ne me propose jamais de les présenter entiers, car je ne vois le tout de rien »/ « échantillons détachés de leur ensemble ».

b) La liberté

Insistance sur le flou et l’informe, multiplication de termes généralisant (« tous », « partout », « toutes ») et imprécis : « celui-ci ou celui-là », « quelque aspect », « quelque matière », « ici (…) là ».

Rendre compatibles les oppositions, une forme d’écrit paradoxal qui n’impose pas un modèle unique : « Tantôt un sujet vain, un sujet de rien (…). Tantôt (…) un sujet noble et rebattu », de même il tente soit de « donner de la consistance et fournir de quoi l’appuyer et l’étayer », doit de « le promene[r] ». La réflexion de l’auteur peut aussi bien être « personnel[le] » que « marcher (…) sur la piste d’autrui ».

Un sujet qui semble autonome comme le souligne la personnification : « Là il s’amuse à choisir la route qui lui semble la meilleure et entre mille sentiers, il dit que celui-ci ou celui-là a été le mieux choisi ».

N’importe quel sujet peut être un point de départ, un sujet qui ne répond à aucune logique : « le premier sujet que m’offre le hasard ».

« Tous me sont bon » souligne que finalement le sujet importe peu c’est bien de l’exercice d’une faculté qu’il s’agit, c’est le raisonnement pour lui-même qui prime c’est ce qui donne ce caractère si indéfinissable à l’essai.

c) Le recours à l’image explicative et à l’exemple

Métaphore du gué, sujet comparé à un cours d’eau : « en sondant le gué de bien loin, et puis, le trouvant trop profond pour ma taille, je reste sur la rive ».

Présente le sujet comme une sorte d’étrange créature « Parmi les cent membres et visages que possède chaque chose ».

Explicite sa démarche d’une réflexion qui avance de façon non-linéaire : « Semant ici un mot, là un autre ».

« J’en prends une tantôt pour la lécher seulement, tantôt pour l’effleurer et parfois pour la pénétrer jusqu’à l’os : je lui donne un coup de scalpel » : Métaphore du chirurgien et métonymies matérialisantes illustre son propos par des verbes renvoyant au touché.

L’exemple de César que redouble la métaphore du cheval, on juge un homme comme on juge un homme de par ses actions, ses coups d’éclats comme son comportement dans le privé. Métaphore concrète qui clarifie et explicite son propos.

Refus de tout intellectualisme tout en effectuant un véritable travail d’érudit en faisant référence à la culture gréco-latine, néanmoins il ne craint pas de quitter régulièrement le domaine de l’abstraction en employant des images qui rendent son propos explicite et clair.

II. La découverte d’une personnalité

a) La posture modeste d’un écrivain

L’image d’écrivain qu’il se construit est sous le signe de l’expérimentation, l’auteur n’est pas celui qui sait, mais celui qui cherche, raisonne, exerce son jugement, sans être aucunement assuré de sa réussite.

Se compare à un médecin ou un chirurgien : « je lui donne un coup de scalpel ».

« je puis me livrer au doute et à l’incertitude, et à mon état par excellence qui est l’ignorance ».

Refus du sérieux et de la profondeur : « je ne suis pas tenu de traiter sérieusement ma matière ni d’y adhérer moi-même sans varier quand cela me plaît ».

Refus aussi d’être aliéné par un sujet : « Et je ne me propose jamais de les présenter entiers ».

Critique en creux des auteurs prétentieux et pédants qui prétendent à l’exhaustivité: « ceux qui nous promettent de nous faire voir ce tout ne le voient pas non plus ».

Un écrivain qui façonne son écriture à son caractère : « Je me hasarderais à traiter à fond quelque matière si je me connaissais moins ».

b) Un pacte de non-engagement

Néanmoins, une image forte de l’auteur se dessine car s’il refuse les contraintes, il n’en affirme pas moins sa volonté et marque ses certitudes : il affirme ses choix comme incontestable et se crée une forme qui correspond à sa mesure.

Omniprésence du « je » qui est toujours acteur « j’emploie », « j’essaie », « je le mène », « je prends », « j’aime »…

Un auteur capricieux ? « étant sans dessein et sans engagement à l’égard du lecteur ».

Paradoxalement, en refusant de s’engager il propose déjà un pacte de lecture des plus détaillé quand à sa façon de procéder et les attentes que peuvent avoir le lecteur. Il a détaillé, comme nous l’avons vu les caractéristiques de son écriture, et même si celles-ci sont plus souvent sous le signe du refus : d’un sujet unique, de traiter de façon identique chaque sujet, d’être exhaustif, de choisir entre profondeur et superficialité, de proposer un tout cohérent pour chaque sujet, de manipuler le sujet au lieu de se laisser guider, d’accepter les sujets nouveaux et originaux qui se présentent à lui… On voit donc que ce texte présente véritablement un cahier des charges même s’il s’agit d’une suite de refus de certaines contraintes, mais elles n’en dessinent pas moins un modèle d’écriture et un pacte de lecture avec le lecteur qui sait à quoi s’attendre.

c) Le portrait d’un humaniste

On retrouve les grandes caractéristiques de l’humaniste chez Montaigne : l’importance donnée à l’homme, qui devient « mesure de toute chose », la volonté de développer le jugement par l’éducation et non plus accumuler des savoirs, et le retour à l’Antiquité.

Période trouble (guerres de religion, il évoquera à mainte reprise dans son œuvre ce contexte historique particulier) d’où la nécessité de trouver des repères en soi et d’éprouver son jugement en l’interrogeant.

Une culture d’érudit : référence à Démocrite, exemple tiré de l’antiquité latine.

Refus de l’intellectualisme : redoublement de l’exemple de César par la métaphore du cheval, plus prosaïque.

Se donner à voir par son écriture, on trouve dans ce texte l’affirmation de sa volonté de se dire dans ses Essais même s’il le formule à d’autres moments de façon beaucoup plus explicite, lorsqu’il dit : « Moulant ce portrait de moi-même, il a fallu si souvent me façonner et mettre de l’ordre en moi pour extraire cette image que le modèle s’est affermi et, en quelque mesure, formé lui-même. En me peignant pour autrui, je me suis peint intérieurement de couleurs plus nettes que ne l’étaient celles que j’avais d’abord ». Dans cet extrait des Essais, il suggère à son lecteur que l’on peut faire son portrait en action et se faire connaître à travers sa réflexion et pas uniquement en se peignant : « Tout mouvement nous fait connaître ». De plus, ce n’est pas forcément par des actions éclatantes qu’on peut le mieux se révéler, c’est ce que signifie l’exemple de César et la métaphore du cheval ainsi que la phrase sur laquelle se clôt cet extrait : « Parmi les fonctions de l’âme, il en est de basses : celui qui ne la voit pas encore par là ne la connaît pas parfaitement. Et peut-être l’observe-t-on le mieux quand elle va de son pas simple ».

Le texte :

Le jugement est un outil à tous sujets, et se mêle partout. A cette cause, aux essais que j’en fais là, j’y emploie toute sorte d’occasion. Si c’est un sujet que je n’entende point, à cela même je l’essaie, sondant le gué de bien loin ; et puis, le trouvant trop profond pour ma taille, je me tiens à la rive ; et cette reconnaissance de ne pouvoir passer outre, c’est un trait de son effet, voire de ceux de quoi il se vante le plus. Tantôt, à un sujet vain et de néant, j’essaie voir s’il trouvera de quoi lui donner corps et de quoi l’appuyer et étançonner. Tantôt, je le promène à un sujet noble et tracassé a, auquel il n’a rien à trouver de soi, le chemin en étant si frayé qu’il ne peut marcher que sur la piste d’autrui. Là, il fait son jeu à élire la route qui lui semble la meilleure, et, de mille sentiers, il dit que celui-ci ou celui-là, a été le mieux, choisi. Je prends de la fortune le premier argument. Ils me sont également bons. Et ne designe jamais de les produire entiers. Car je ne vois le tout de rien. Ne font pas, ceux qui promettent de nous le faire voir. De cent membres et visages, qu’a chaque chose, j’en prends un tantôt à lécher seulement, tantôt à effleurer, et parfois à pincer jusqu’à l’os. J’y donne une pointe, non pas le plus largement, mais le plus profondément que je sais. Et aime plus souvent à les saisir par quelque lustre inusité. Je me hasarderais de traiter à fond quelque matière, si je me connaissais moins. Semant ici un mot, ici un autre, échantillons dépris de leur pièce, écartés sans dessein et sans promesse, je ne suis pas tenu d’en faire bon, ni de m’y tenir moi-même, sans varier quand il me plaît ; et me rendre au doute et incertitude, et à ma maîtresse forme, qu’est l’ignorance.

Tout mouvement nous découvre. Cette même âme de César, qui se fait voir à ordonner et dresser la bataille de Pharsale, elle se fait aussi voir à dresser des parties oisives et amoureuses. On juge un cheval non seulement à le voir manier sur une carrière, mais encore à lui voir aller le pas, voire et à le voir en repos à l’étable. Entre les fonctions de l’âme il en est de basses ; qui ne la voit encore par là, n’achève pas de la connaître. Et à l’aventure la remarque-t-on mieux où elle va son pas simple. Les vents des passions la prennent plus en ces hautes assiettes.

Chapitre L (livre I), Essais, Montaigne.

Pour aller plus loin avec leWebPédagogique :

  • Consultez le blog de Montaigne !
  • Ici, quelques rappels biographiques sur Montaigne, et le commentaire du chapitre 8, livre I, des Essais
  • Qu’est-ce que l’humanisme ? Une présentation de cette période de foisonnement culturel et littéraire.

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3 Comments » for Bac de français – Commentaire corrigé – Montaigne, Essais, Livre I Chap. L
  1. quelle est la signification profonde du livre

  2. bibetete dit :

    Salut salut
    VOici un document sur le même sujet que j’ai trouvé assez intéressant : http://www.bahunet.com/document/etude-des-essais-de-montaigne

  3. Elodie dit :

    qui est l’auteur de ce commentaire ?
    et quelle en est la problématique pour répondre à ce plan ?

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