logologo

Bac de français – Commentaire corrigé – Montesquieu, Lettres persanes, Lettre LXXXV

Pour vous préparer au bac français, vous trouverez ci-dessous le plan détaillé d’un commentaire littéraire par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Contexte :

Objet d’étude : Convaincre, persuader, délibérer

Mouvement littéraire : Les Lumières

Registre dominant : Polémique

Type de sujet : Commentaire littéraire

Texte étudié : Lettres persanes, Lettre LXXXV (lettre 85).

Auteur : Montesquieu (1689, 1755)

Le plan détaillé du commentaire :

I. LA VISÉE ARGUMENTATIVE

a) Le raisonnement inductif

  • Point de départ : un exemple : le projet des Perses de chasser ou de convertir les Arméniens, cet exemple se veut une source de réflexion, réflexion d’autant plus concrète que si l’on ne peut mesurer les exactes conséquences de cette action, on peut en deviner assez précisément l’étendue avec l’exemple des Guèbres qui eux ont véritablement quittés le pays. Nous avons donc à faire à un raisonnement inductif puisque le narrateur part d’un cas particulier pour ensuite développer une réflexion plus générale.

  • Le texte semble suivre et reproduire le mouvement de la pensée qui s’attache à un objet qui provoque chez lui une réflexion plus vaste et confronter divers point de vue.

  • Emission d’une thèse présentée comme une hypothèse (« je ne sais pas… s’il n’est pas bon que dans un état il y ait plusieurs religions »), qui est ensuite démontrée.

b) Une démonstration rigoureuse

  • La deuxième partie du texte se veut une réflexion plus générale sur la multiplicité de religions dans un même Etat et de ses avantages, suivant la thèse d’Usbek. Cette partie apparaît donc comme une démonstration rigoureuse comme le prouve la récurrence de l’emploi de connecteurs logiques : « parce que » / « D’ailleurs » / « Or » / « Aussi » / « Quand » / « parce que » / « Mais » / « enfin » / « Car »/ « enfin »/ Quand (2 fois) ».

  • Une suite d’arguments : Ceux qui vivent dans les religions tolérées sont de bons citoyens, car pas d’honneur donc recherche richesse donc travail.

  • Religion bonne pour la société et multiplicité favorise zèle

  • Concurrence entre religions implique de bien se comporter pour défendre la sienne

  • Une nouvelle religion corrige les abus de l’ancienne

  • Toutes les religions sont bonnes pour la société car elles reposent toutes sur les mêmes principes

  • Ensuite, le narrateur envisage et évacue le problème des guerres de religion en redéfinissant ce qui pose problème : ce n’est pas la multiplicité des religions mais l’esprit d’intolérance : insistance (Anaphore + répétition d’ « esprit » + démonstratif on pointe du doigt le coupable) et simplicité (présentatif) : « ce n’est point la multiplicité des religions », « c’est l’esprit d’intolérance », « c’est cet esprit de prosélytisme », « c’est, enfin, cet esprit de vertige »

c) La valorisation des citoyens des religions tolérées

  • Le texte dessine un portrait positif des citoyens des religions tolérés.

  • Des citoyens associés au lexique du travail : « tous les négociants »/ « presque tous les artisans du royaume »/ « emplois »/ « appliquée au labourage »/ « ses sujets les plus industrieux »

  • Utilisation du comparatif et du superlatif : comparatifs : « ceux qui vivent dans des religions tolérées se rendent ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante », « les emplois de la société les plus pénibles »

  • Superlatifs : « une nation si appliquée au labourage »/ « ses sujets les plus industrieux »

  • Lexique de la ruine associé à leur départ : « privé »/ « sauva »/ « péril »/ « perte »/ « détruire »/ « stérilité »/ « ruiner »/ « tombait »

  • Des justifications rationnelles : « parce que, éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leurs richesses, ils ont portés à acquérir par leur travail et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles ».

  • Mais marques d’hyperboles qui renvoient au fait qu’il s’agit d’une lettre d’où implication du narrateur (entre réalité et hyperbole, car sûrement grosse perte mais qualifiable de façon aussi précise ?) : chasser les Arméniens reviendrait au «péril plus grand que celui qu’il aurait pu courir [l’empire] de la perte d’une bataille et de la prise de deux villes ».

II. LE CHOIX DE LA LETTRE FICTIVE

a) L’implication du narrateur

  • Situation néanmoins artificielle

  • Réaffirmation de sa présence : « Tu sais »1/ « je suis sûr que » / « je ne sais pas » / « j’avoue »

  • Question de rhétorique

  • Les marques de l’excès : les hyperboles : « le grand Chah Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil »/ « il aurait cru leur donner la moitié de ses Etats »

  • Raisonnement par concession : « j’avoue que …mais … »

b) Des frères ennemis

  • Oppositions et symétries : lexique : « rivales » « jalousie » « gardes » « craint » « mépris » « déshonoreraient » « exposeraient » « parti contraire » mais parallélismes dans comportement : « il n’y en a aucune qui ne prescrive l’obéissance et ne prêche la soumission »

  • Personnification : « Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien »

c) Dénonciation des excès religieux : transposition possible au monde occidental

  • Généralisation du prosélytisme : « Juifs », « Egyptiens », « Mahométans », « Chrétiens » : passage de l’un à l’autre de la même façon qu’une maladie qui gagne le monde entier (toutes les religions monothéistes)

  • Comparaison maladie et éclipse : « comme une maladie épidémique et populaire »/ « comme une éclipse entière de la raison humaine »

  • Absurdité du zèle religieux en général qui va parfois contre ses propres intérêts : « l’aveugle dévotion », « il ne restait à la dévotion q’un second coup à faire », « l’Empire tombait de lui-même, et, avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu’on voulait rendre si florissante » (lien logique souligné)

  • Stupidité de faire faire aux autres ce que l’on refuserait de faire : mise en valeur par polyptote : « changer »/ « changerait » ; « fasse »/ « ferait ».

Le texte :

Lettre 85

Usbek à Mirza, à Ispahan.

Tu sais Mirza, que quelques ministres de Cha-Soliman avaient formé le dessein d’obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre empire serait toujours pollué, tandis qu’il garderait dans son sein ces infidèles.

C’était fait de la grandeur persane, si dans cette occasion l’aveugle dévotion avait été écoutée.

On ne sait comment la chose manqua; ni ceux qui firent la proposition, ni ceux qui la rejetèrent, n’en connurent les conséquences: le hasard fit l’office de la raison et de la politique, et sauva l’empire d’un péril plus grand que celui qu’il aurait pu courir de la perte de trois batailles et de la prise de deux villes.

En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous les négociants, et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil, et qu’en envoyant au Mogol et aux autres rois des Indes ses sujets les plus industrieux, il aurait cru leur donner la moitié de ses Etats.

Les persécutions que nos mahométans zélés ont faites aux Guèbres les ont obligés de passer en foule dans les Indes; et ont privé la Perse de cette laborieuse nation, si appliquée au labourage, qui seule, par son travail, était en état de vaincre la stérilité de nos terres.

Il ne restait à la dévotion qu’un second coup à faire: c’était de ruiner l’industrie; moyennant quoi l’empire tombait de lui-même, et avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu’on voulait rendre si florissante.

S’il faut résonner sans prévention, je ne sais, Mirza, s’il n’est pas bon que dans un Etat il y ait plusieurs religions.

On remarque que ceux qui vivent dans des religions tolérées, se rende ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante; parce que, éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulence et leur richesses, ils sont portés à en acquérir par leur travail, et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles.

D’ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes utiles à la société, il est bon qu’elles soient observées avec zèle. Or qu’y a-t-il de plus capable d’animer ce zèle que leur multiplicité ?

Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien. La jalousie descend jusque aux particuliers: chacun se tient sur ces gardes, et craint de faire des choses qui déshonoreraient son parti, et l’exposeraient aux mépris et aux censures impardonnables du parti contraire.

Aussi a-t-on toujours remarqué qu’une secte nouvelle introduite dans un Etat était le moyen le plus sûr pour corriger les abus de l’ancienne.

On a beau dire qu’il n’est pas dans l’intérêt du prince de souffrir plusieurs religions dans son Etat. Quand toutes les sectes du monde viendraient s’y rassembler, cela ne lui porterait aucun préjudice; parce qu’il n’y en a aucune qui ne prescrive l’obéissance et ne prêche la soumission.

J’avoue que les histoires sont remplies de guerres de religion: mais qu’on y prenne bien garde, ce n’est point la multiplicité des religions qui a produit ces guerres, c’est l’esprit d’intolérance qui animait celle qui se croyait la dominante.

C’est cet esprit de prosélytisme, que les Juifs ont pris aux Egyptiens, et qui d’eux est passé, comme une maladie épidémique et populaire, aux mahométans et aux chrétiens.

C’est enfin cet esprit de vertige, dont les progrès ne peuvent être regardés que comme une éclipse entière de la raison humaine.

Car enfin, quand il n’y aurait pas de l’inhumanité à affliger la conscience des autres, quand il n’en résulterait aucun des mauvais effets qui en germent à milliers, il faudrait être fou pour s’en aviser. Celui qui veut me faire changer de religion ne le fait sans doute que parce qu’il ne changerait pas la sienne quand on voudrait l’y forcer: il trouve donc étrange que je ne fasse pas une chose qu’il ferait lui-même, peut-être pour l’empire du monde.

A Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1715.

Lettre LXXXV, Lettres persanes, Montesquieu

Pour aller plus loin avec LeWebPédagogique :

Share on Facebook10Tweet about this on Twitter0Share on Google+0Email this to someone

LeWebPédagogique, c'est LA plateforme de blogs de profs pour leurs élèves et étudiants !

Mots-clef :
5 Comments » for Bac de français – Commentaire corrigé – Montesquieu, Lettres persanes, Lettre LXXXV
  1. azdi dit :

    J’aimerai avoir plus de explication sur cette lettre ?

  2. sarra dit :

    super le commentaire!
    j’aimerais avoir de l’aide pour une question c’est comment est transposer le révocation de l’Edit de Nantes dans cette lettre?
    si vous pouviez me repondre au plus vite svp!!
    mercii

  3. charlotte dit :

    j’aimerais avoir un plan détaillé pour la lettre XCVII, celle de Usbek à hassein, svp.

  4. Merci Marion, nous avons pu rectifier grâce à vous !

  5. MARION dit :

    Super ce commentaire !
    Une seule petite rectification : ce n’est pas la lettre 86, mais la 85 !
    voilà !!

Laisser un commentaire

Publicité




Ebook proposés par les profs

Téléchargez les ouvrages de révisions conçus par les profs du webpedago !

Réussir son bac de français

Les bonnes copies

Le commentaire composé

L’oral de français

Devenez fan du WebPédago !

LeWebPédagogique on Facebook