Paraphrase du Psaume CXLV, Malherbe

Pour préparer au mieux le bac français, vous trouverez ci-dessous un commentaire littéraire de la paraphrase du Psaume CXLV de Malherbe, rédigé par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Contexte :

Objet d’étude : La poésie
Mouvement littéraire : Le Baroque
Type de sujet : Commentaire littéraire
Texte étudié : Paraphrase du Psaume CXLV (1627)
Auteur : Malherbe (1555, 1628 )

Le plan du commentaire :

I. La recherche du pouvoir terrestre

1. La représentation du pouvoir
2. Une vie de courtisan
3. La vie n’est qu’un songe : une thématique baroque

II. La vanité du pouvoir terrestre

1. Un pouvoir illusoire
2. Une image de la condition humaine
3. Un modèle vers lequel tendre

Le commentaire rédigé :

Introduction

Si Malherbe a écrit des poèmes d’inspiration baroque, il est aussi un poète grammairien qui a voulu épurer la langue française pour la fixer dans sa perfection, c’est ce qu’il sous-entend lorsqu‘il écrit : « Ce que Malherbe écrit dure éternellement ». Il s’oppose ainsi aux pétrarquistes et consacre le règne de la clarté et de la simplicité, des valeurs classiques. On retrouve ici, en effet, les grandes thématiques baroques : la fragilité, l’éphémère, l’inconstance, le mouvement, la métamorphose, le rêve et l’illusion.

En cette période d’instabilité politique, le mouvement baroque doute sur la réalité et la pérennité des choses et des valeurs. Ce poème qui est une reprise assez libre d’un texte sacré, le psaume CXLV met en avant ces valeurs et ce questionnement. Nous verrons que si le poète s’interroge sur la recherche du pouvoir terrestre, c’est pour mieux en montrer la vanité.

I. La recherche du pouvoir terrestre

Ce poème est une véritable réflexion sur ce qu’est le pouvoir sur terre, les comportements qu’il implique, les envies qu’il suscite. Nous allons voir que Malherbe nous dresse le portrait du pouvoir royal pour mieux nous représenter la vie de courtisan et le fait que cette vie ne repose que sur des illusions, thème éminemment baroque.

1. La représentation du pouvoir

Dans ce poème se dessine en creux une image du pouvoir particulièrement associée à celle du roi. Malherbe insiste, en premier lieu, sur le fait que la royauté s’associe à un pouvoir qui n’est fait que d’apparences, qui cherche à être valorisé, qui se met en scène. Il évoque ainsi, cette « Majesté si pompeuse et si fière/ Dont l’éclat orgueilleux étonne l’univers », pour souligner l’importance que se donne le roi et que lui donne sa cour, il utilise une majuscule, des adverbes marquant le haut degré (« si ») et une proposition subordonnée relative qui caractérise la majesté tout comme les adjectifs « pompeuse » et «fière », ce que souligne l’enjambement. Les trois adjectifs que sont « pompeuse », « fière » et orgueilleux » insistent sur la prétention et la volonté de mettre en avant sa supériorité qui accompagne le pouvoir.

Le poète met, ensuite, en avant les fonctions associées à la royauté et par lesquelles les rois sont valorisés, ils portent les noms « de maîtres de la terre, /D’arbitres de la paix, de foudres de la guerre ». Ces fonctions sont d’orchestrer, de contrôler la paix comme la guerre, faire preuve de force et de violence quand la guerre le réclame et faire preuve de diplomatie en temps de paix. L’intérêt de mettre en relief ces fonctions et qu’elles montrent à quel point elles sont rattachées uniquement à « la terre » et aux activité humaines. Le roi se contente d’être l’arbitre de l’humanité qu’il a en son pouvoir. On voit donc déjà se profiler une discrète remise en cause du pouvoir puisque est soulignée le décalage entre les prétentions du pouvoir et son rôle effectif.

2. Une vie de courtisan

Peindre les représentants du pouvoir implique de peindre la cour et ses courtisans qui ne quittent pas le roi et tentent de s’associer au pouvoir autant que faire se peut. La première mention du courtisan en dresse un portrait comme étant une ombre du roi qui jamais ne le quitte et qui s’humilie en permanence et ne cesse d’affirmer sa soumission : « Nous passons près des rois tout le temps de nos vies,/ A souffrir les mépris et ployer les genoux ». Malherbe met donc en avant les humiliations (« souffrir », « mépris ») et les actes de soumissions (« ployer les genoux) avec une métonymie qui souligne l’aspect concret de cette soumission en choisissant d’en représenter la manifestation physique, il ne montre pas les honneurs et le prestige qui découlent de cette distinction qui revient aux courtisans.

Les courtisans sont à nouveau présentés comme indissociable de leur maître dans la dernière strophe, mais c’est à nouveau pour leur faire vivre les aspects négatifs de cette proximité du pouvoir, puisque c’est la chute de celui-ci qui est représentée et à laquelle ils sont associés, « tombent avec eux d’une chute commune/ Tous ceux que leur fortune/ Faisait leur serviteur ». A nouveau, un enjambement vient lier roi et courtisans qui ne semblent n’être attaché au roi que pour subir leur mépris et leurs revers de fortune. D’ailleurs, significativement, ce n’est pas du roi qu’ils sont « serviteurs » mais de leur fortune. Cela nous éclaire également sur la condition de roi qui n’est qu’être celui qui possède une fortune et un rôle qui lui procure soumission et respect, cette idée est énoncée dans le vers, « Comme ils n’ont plus de sceptre, ils n’ont plus de flatteurs », ce qui fait de la présence des courtisans une simple conséquence de la possession du sceptre, symbole du pouvoir. Malherbe valorise ce lien logique pas le choix de la reprise du même patron syntaxique « ils n’ont plus de… ».

3. La vie n’est qu’un songe : une thématique baroque

Tout comme le pouvoir n’est que la possession éphémère d’un « sceptre » et d’une « fortune », et que la vie de courtisan n’est que souffrance, soumission et risque de suivre le monarque dans sa chute, la vie terrestre elle-même n’est qu’illusion. Cette thématique baroque est illustrée par ce poème et mise en relief dès la première strophe, puisque ce que le poète nomme « les promesses du monde » sont montrées comme des promesses qui ne seront pas tenues. Pour ce faire, Malherbe utilise deux métaphores, « Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde », l’idée de transparence et de fluidité qui ne caractérisent même pas les « promesses du monde » mais seulement sa « lumière », qui insiste sur le fait qu’elles brillent, sont attirantes mais immatérielles et insaisissables, et sa « faveur » qui n’est qu’une notion abstraite et qui valorise à nouveau l’immatérialité. Ces deux métaphores montraient déjà en quoi les « promesses du monde » n’étaient que rêves inaccessibles, Malherbe insiste néanmoins ensuite sur le fait « Que toujours quelque vent empêche de se calmer », ce qui indique que la seule permanence existante, marquée par l’adverbe « toujours », est une force négative qui « empêche ». La vie apparaît d’ailleurs comme inutile, comme l’indique le lexique de la vanité : « vanités », « En vain », « vaines ».

De plus, si la vie est présentée sous le signe de l’éphémère et de l’instabilité, qui n’a de permanence que dans son abolition, la mort, elle apparaît comme une notion réelle et constante. A une vie inconstante s’oppose la permanence du tombeau. Que ce soit, le roi ou ses courtisans, leur « chute » est « commune », « leurs âmes » s’envoleront et leurs corps seront « mangés des vers » et ne seront « plus que poussière ».

II. La vanité du pouvoir terrestre

La vision qui nous est proposée du pouvoir terrestre, des courtisans apparaît d’emblée comme négative, néanmoins ce poème est surtout l’occasion de montrer que face à la condition humaine qui touche l’humanité dans son entité, le pouvoir sous toute ses formes, est illusoire. Malherbe se contente alors de dessiner en creux un modèle qui permettrait de tendre vers des valeurs plus pérennes.

1. Un pouvoir illusoire

Avant même d’avoir stigmatisé l’orgueil et la prétention royale, le poète renvoie le roi à sa condition humaine. En effet, il présente son pouvoir comme négligeable voir inexistant : « Ce qu’ils ne peuvent n’est rien » et l’associe à l’humanité. La seule supériorité à laquelle il peut prétendre est tellement éphémère qu’il n’en est pas moins un homme avant tout, c’est ce que souligne le polyptote, « ils sont comme nous sommes ». Cette idée est reprise dans les deux sizains, qui de même que dans chaque strophe viennent comme clore, créant une accélération, un effet de chute, après le rythme solennel des alexandrins : « Véritablement hommes, / Et meurent comme nous », à nouveau il utilise « comme » et c’est son statut d’homme, de mortel qui est mis en avant, avec une insistance du fait du choix d’un adverbe (« véritablement ») qui occupe cinq syllabes sur six du vers.

Malherbe fait ensuite le choix de l’image concrète, qui est un trait baroque, des rois « mangés des vers », et ridiculise leur prétention en les faisant prolonger leur vanité jusque dans leurs tombeaux, « leurs âmes hautaines/ Font encore les vaines », ce qui propose une vision dérisoire d’âmes restant attachées à des valeurs terrestres alors même qu’elles ne font plus partie de ce monde. On note également une insistance du fait de la proximité des deux mots mis à la rime, qui même s’ils ne riment pas ensemble, car ils se suivent et se trouvent une strophe où les rimes sont embrassées « vaines » et « vers » : à la prétention répond la mort dans sa dimension la plus dégradante qui fait du corps un néant. Enfin, après avoir mis en relief l’abolition du corps et du pouvoir, Malherbe s’attaque au nom qui s’efface et ne survivra pas à la dépouille, « Là se perdent ces noms », tout comme le « sceptre », symbole de pouvoir se perd, ainsi les témoins même de cette gloire d’une vie, qui n’apparaît que comme celle d’une journée au regard de l’éternité.

2. Une image de la condition humaine

Si l’image tracée de la condition humaine semble s’adresser plus particulièrement au roi, c’est parce que peut-être plus que le reste de l’humanité, celui qui détient le pouvoir tend à se croire immortel. Or, ce poème vise également à rappeler à l’ensemble de l’humanité que son passage sur terre est loin d’être éternel. Le poème, comme un tableau des vanités, a vocation à être un memento mori qui doit rappeler à l’homme la finalité de sa condition qu’il ne doit pas se cacher derrière une activité vaine. Les courtisans semblent les premiers visés car eux, peut-être plus que le reste des hommes, sont tentés d’oublier leur condition du fait d’être dans le sillage des puissants, qui tellement imbus de leur pouvoir en efface son terme. De la même façon que les courtisans « tombent avec eux [les rois] d’une chute commune », ils semblent qu’ils sont « véritablement homme».

Ce memento mori est, enfin, surtout comme destiné à lui- même, peut-être pouvons nous y lire un avertissement que le poète s’adresse à lui-même, poète officiel vieillissant de la cour (il mourra un an plus tard), qui reste dans le sillage du pouvoir. Son poème étant destiné à l’humanité toute entière, il est bien évident qu’il doit s’y inclure, et c’est ce qu’il fait en utilisant avec une certaine insistance le « nous » qui l’inclus, comme, par exemple, dans, « nous passons près des rois tout le temps de nos vies », « ils sont comme nous sommes », ou « et meurent comme nous ». D’ailleurs, il débute son poème par une apostrophe à son âme, comme s’il se parlait, « N’espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ». Il se met donc lui-même en garde, comme l’indique le choix des impératifs, « espérons, « quittons », « lassons ».

3. Un modèle vers lequel tendre

Comme nous l’avons vu du fait de son inclusion dans la condition de mortel, Malherbe semble tracer en filigrane, un autre modèle de vie que celui qui s’applique à la cour. On peut lire ce poème comme le bilan, un peu désabusé, d’un homme qui a dû passer une partie de sa vie à courir après des vanités, des honneurs pour mieux se rendre compte à l’aube de la mort de leur inutilité, de leur vanité. Son poème ne se veut pas un programme de ce que l’homme devrait faire, mais préfère le faire réfléchir à la façon dont il emploie son temps, à l’idéal qui dirige sa vie, quand il la passe au côté des grands à quémander une miette de pouvoir. Allégoriquement, cette posture est celle de tout homme se préoccupant davantage de ses plaisirs terrestres que du salut de son âme, il choisit plutôt de mettre en lumière la vie du courtisan car elle particulièrement représentative et car c’est une vie qui lui est familière. L’importance de l’attention qui doit être portée à Dieu l’est de façon importante mais unique dans le poème, il est des choses qui ne nécessitent pas d’être martelée tellement leur grandeur n’est pas à mettre en doute. Il met donc en relief le fait qu’il faut se consacrer à Dieu et à la vie de son âme dans les deux sizains qui terminent la première strophe, ce qui, de fait, les met en relief, créant une irrégularité dans ce poème en alexandrin, irrégularité qui sera reprise dans chaque strophe. Il choisit la variante emphatique de la phrase linéaire, que commence un présentatif, ce qui détache le mot « Dieu », qui revient deux fois en deuxième place, « C’est Dieu qui nous fait vivre,/ C’est Dieu qu’il faut aimer ». Là se trouve le pouvoir réel, le pouvoir qui n’a pas besoin de se mettre en avant, qui n’est ni fier, ni orgueilleux, le pouvoir intemporel qui, n’étant pas remis en cause, n’a besoin ni de se défendre, ni de se justifier.

Conclusion

Dans ce poème baroque de Malherbe, le poète semble faire une sorte de bilan de sa vie pour mieux fixer ce qui est véritablement essentiel et écarter, d’un revers de la main, ce qui est vain et accessoire. Ainsi, il propose une réflexion sur le pouvoir terrestre, celui du roi, celui après lequel courent les courtisans, mais qui se révèle n’être qu’un leurre, car comme aime à le dire les baroques, la vie n’est qu’une illusion, et le pouvoir, un songe parmi d’autres. Le pouvoir est donc montré comme éphémère et de ce fait ridicule au regard de la condition humaine qui touche l’humanité dans son entité. Malherbe se contente alors de dessiner les contours d’un modèle en dénonçant ce monde d’apparences, qui fait perdre de vue le fait que nous sommes « Véritablement hommes » et qu’il vaut mieux songer à l’éternité qu’à notre rapide passage sur terre.

Le texte :

N’espérons plus, mon âme, aux promesses du monde
Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde
Que toujours quelque vent empêche de calmer.
Quittons ses vanités, lassons-nous de les suivre;

C’est Dieu qui nous fait vivre,

C’est Dieu qu’il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
À souffrir des mépris et ployer les genoux :
Ce qu’ils peuvent n’est rien; ils sont comme nous sommes,

Véritablement hommes,

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l’esprit, ce n’est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si fière
Dont l’éclat orgueilleux étonne l’univers;
Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines

Font encore les vaines,

Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre,
D’arbitres de la paix, de foudres de la guerre;
Comme ils n’ont plus de sceptre, ils n’ont plus de flatteurs,
Et tombent avec eux d’une chute commune

Tous ceux que leur fortune

Faisait leurs serviteurs.

Paraphrase du psaume CXLV, Malherbe.

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