Bac Français 2013 première



Sermon sur la mort de Bossuet

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Pour vous préparer au bac français, vous trouverez ci-dessous le plan détaillé d’un commentaire littéraire par J. Cuvillier, professeur de français en première.

Contexte :

Objet d’étude : Convaincre, persuader, délibérer

Genre littéraire : le sermon

Type de sujet : commentaire littéraire

Texte étudié : L’exorde du Sermon sur la mort jusqu’à « … venez voir le triomphe de la vie dans la victoire de la mort : veni et vide ».

Auteur : Bossuet (1627, 1704)

Le plan du commentaire :

I. DONNER A VOIR UN SPECTACLE
1. La création d’images
2. Donner à voir ce que l’on refuse de regarder
3. Déstabiliser l’auditoire pour lui imposer sa solution

II. EMOUVOIR ET EXHORTER (encourager quelqu’un par 1 discours) POUR MIEUX PERSUDER
1. La présence de l’orateur
2. Le ton de l’exhortation
3. La manipulation ?

Le commentaire rédigé :

Introduction
Ce texte est un sermon écrit par un homme d’église, Bossuet. Le Sermon sur la mort, tout comme ses autres sermons n’étaient pas destinés à être des œuvres littéraires mais à être prononcés. Bossuet est considéré comme un Classique, au sens où il privilégie la simplicité (suivant en cela l’idéal prôné par St Vincent de Paul). Mais celle-ci n’exclut en rien l’utilisation de la rhétorique, comme nous allons le voir, d’autant plus que le sermon était un genre très codifié, puisqu’il commençait par une lecture de texte des Ecritures, venait ensuite une exorde en deux partie, la partie centrale qui développait deux ou trois points et enfin la péroraison qui concluait le sermon. Les sermons étaient prononcés devant un large public, notamment devant La Cour du jeune Louis XIV qui menait une vie plutôt dissolue, il s’agissait donc, dans ce sermon, de rappeler à La Cour, à travers une réflexion sur la mort, que les plaisirs terrestres, s’ils apportaient une satisfaction immédiate, compromettaient par ailleurs le devenir de leur âme et leur salut. Nous verrons dans ce texte que Bossuet cherche à donner à voir un spectacle qui a pour vocation de persuader l’assistance.

I. DONNER A VOIR UN SPECTACLE

Bossuet, par ses sermons, cherche a être le plus efficace possible, il ne s’agit pas seulement de proposer une œuvre artistique qui plairait et instruirait, il s’agit véritablement d’avoir une action concrète et immédiate sur le public, dont le salut dépendra de son repentir. De ce point de vue, il faut à Bossuet le recours à ce qui frappe le plus aisément l’imagination, ce qui crée le plus facilement des émotions qui viendront influer sur le comportement du public, pour se faire il utilise la représentation imagée, en créant des images fortes et lourdes de symbolisme, mais également en donnant à voir ce que l’on refuse de voir pour mieux déstabiliser l’auditoire et le faire ainsi adhérer au modèle qu’il propose ensuite.

1. La création d’images

La dimension visuelle et le recours à l’image sont essentiels dans ce sermon, il nous appartient donc de la mettre en relief. L’importance donnée au sens de la vue peut être immédiatement notée à la lecture de ce sermon du fait de la présence du lexique de la vision. On trouve, en effet, nombre d’occurrences insistant sur la vue et la dimension spectaculaire qui lui est associée, telles que « yeux », « spectacle », « voir », « se mette en vue », « leurs regards », « remarquent », « contempler », « représenter », « montrer », « nous voyons », « voyez », « voir ».

L’omniprésence du lexique de la vision est doublée d’un polyptote (variante morphologique d’un terme unique) sur le verbe voir : « voyez », « voyons », « voir ». Ce polyptote prend une importance particulière du fait qu’il est une traduction et une reprise de la citation de la Bible, « Domine, veni et vide, Seigneur, venez et voyez », qui va être martelée tout au long du sermon et apparaître comme le thème central auquel il va s’agir de donner du sens, sens recouvrant le message profond du sermon, qui ne sera qu’une variation autour de cette idée que l’humain ne doit de regarder sa condition en face pour agir comme il le doit et ne pas fuir dans des plaisirs éphémères.

Mais l’image peut également se trouver sous la forme d’une métaphore à vocation explicative. L’image présente, en effet, l’avantage de permettre une explication qui viendra éclairer une idée un peu complexe. Il en est ainsi de la métaphore du composé, l’idée que celui-ci vient illustrer et rendre intelligible est celle que Bossuet énonce ainsi : « vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes ; et vous croirez que ce n’est pas bien représenter l’homme, que de le montrer où il n’est plus ». L’homme qui refuse d’associer sa condition d’homme à celle d’un mortel se doit de comprendre que les deux sont irrémédiablement liés, c’est pourquoi Bossuet emprunte une image à la science et compare l’homme à un « composé » puisque « la nature d’un composé ne se remarque jamais plus distinctement que dans la dissolution de ses parties. Comme elles s’altèrent mutuellement par le mélange, il faut les séparer pour les bien connaître ».

2. Donner à voir ce que l’on refuse de regarder

Si le sens de la vue est tellement mis en valeur, comme nous l’avons noté, c’est pour mieux donner à voir ce que l’auditoire refuse de voir et de regarder : la mort et la nécessité d’en tenir compte pendant sa vie terrestre pour mieux préparer le salut de son âme. Ainsi, pour ce faire, on trouve le lexique de la mort, dans sa dimension concrète avec, par exemple « tombeau » (répété à quatre reprises), « objet si funèbre », « le corps du Lazare « , « ce corps mort », « funérailles », « enterrer les morts ». Il s’agit bien par le choix de ce lexique de véritablement « ouvrir un tombeau devant la cour ». Il met d’ailleurs en scène cette ouverture du tombeau qui débute par le fait de « leve[r] la pierre ».

De même, si Bossuet cherche, en premier lieu, à matérialiser la mort à travers le lexique, il choisit ensuite de la rendre plus proche de l’auditoire en prenant un exemple tiré de la vie de tous les jours pour illustrer son propos. Il montre donc par la « scène des funérailles ». La proposition subordonnée comparative : « les mortels n’ont pas moins de soin d’ensevelir les pensées de la mort que d’enterrer les morts mêmes », qui pour avoir davantage de poids met en rapport une action concrète et une action métaphorique, insiste elle aussi sur cette dimension concrète. Cette mise en rapport est d’ailleurs amplifiée par le polyptote « la mort » et « les morts », qui relie une abstraction à sa manifestation matérielle.

La leçon à tirer de ce rapprochement est explicitée par un raisonnement par analogie : « Voilà, dit-on ce que c’est que l’homme ! Et celui qui le dit, c’est un homme ».

3. Déstabiliser l’auditoire pour lui imposer sa solution

Le fait de donner à voir un spectacle dérangeant, d’utiliser divers moyens pour faire apparaître le fait que la mort n’est pas une abstraction mais bien une menace concrète, qui fait partie de notre quotidien, qui est intrinsèquement liée à notre condition participent déjà d’une volonté de la part de Bossuet de déstabiliser l’auditoire qu’il suppose rétif à son discours, la cour étant majoritairement composée de libertins. C’est dans cet esprit qu’il a recours aux paradoxes, tel que le paradoxe qu’il y a à s’étonner de la mort d’un mortel, à ce titre le rapprochement de « mort » et « mortel » dans la phrase « On n’entend que paroles d’étonnement de ce que ce mortel est mort » est significatif ; ce qui doit étonner c’est le fait que l’on se masque une réalité pourtant bien palpable et omniprésente. Mais Bossuet ne se contente de mettre au jour des paradoxes, il en propose des résolutions, ainsi lorsqu’il : « Vous serez peut-être étonné que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes ; et vous croirez que ce n’est pas bien représenter l’homme, que de le montrer où il n’est plus », il souligne l’incompatibilité existant entre les deux idées pour mieux les balayer par un renversement de perspective, contenu dans la phrase suivante, « Mais, si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau, vous accorderez aisément qu’il n’est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines ». Cette résolution des contradictions expliquée et confirmée par la métaphore du composé, dont il a déjà été question, permettra à de s’appuyer ensuite sur cet apparent paradoxe et en faire une des lignes de force du reste de son discours, comme on le voit dans la phrase : « c’est du sein de la mort et de ses ombres épaisses que sort une lumière immortelle », où l’antithèse vient enrichir la vision de la mort proposée.

II. EMOUVOIR ET EXHORTER (encourager quelqu’un par un discours) POUR MIEUX PERSUDER

Ce sermon, s’il est remarquable à plus d’un titre, l’est surtout en tant que construction rhétorique d’une extrême efficacité. Bossuet y met en œuvre tout son savoir-faire pour tenter de persuader l’auditoire en essayant de l’émouvoir et de l’exhorter pour réussir à le faire agir comme il le faudrait. Cette stratégie passe, en premier lieu, par l’implication du narrateur, mais aussi par l’usage du ton de l’exhortation et de tous ses procédés, qui font de cette construction discursive une véritable tentative de manipulation qui doit conduire l’auditeur malgré lui à faire ce qui est bon pour lui et pour son repos éternel.

1. La présence de l’orateur

Tout d’abord, l’implication du narrateur est visible à la situation de communication : un « je » s’adresse à un « vous » qui parfois devient un « nous » généralisant, représentant l’ensemble des hommes partageant la même condition, voués au même sort (« c’est nous, misérables mortels »).

Si Bossuet va rapidement prendre à partie le destinataire, il le fait avec subtilité puisqu’il l’inclut progressivement, comme on peut le voir avec l’exemple des verbes venir et voir, dont il a déjà été question. Bossuet part donc d’une citation (« Seigneur, venez et voyez »), qu’il reprend à son compte et qu’il adresse plus particulièrement à l’auditoire (« Venez et voyez vous-mêmes ») avant de ne faire qu’un avec celui-ci pour mieux le rallier à sa cause (« Allons, et voyons avec Jésus-Christ »).

Sa présence se manifeste aussi par l’intervention et l’inscription de son point de vue par des verbes d’opinion tels que : « Je ne pense pas », « et je puis dire » ou encore « je veux dire que », il semble ainsi ne pas établir sa vision des choses comme universelle en insistant sur la première personne tout en l’imprimant dans l’esprit de l’auditoire et en manifestant son implication.

Enfin, il imprime sa présence par des apostrophes par lesquelles il s’adresse directement au public pour les inclure dans son discours : « messieurs », « Chrétiens », « Ô mortels », « ô hommes », « ô mortels » et des renchérissement, comme « je veux dire, non seulement mais encore ».

2. Le ton de l’exhortation

Le ton de l’exhortation qui domine ce sermon est obtenu à partir d’une multiplicité de procédés. On trouve ainsi la constante utilisation des variantes emphatiques de la phrase linéaire (extraction à l’aide de l’outil c’est…que) : « C’est à lui que l’on dit », « c’est lui qui ordonne », « c’est nous (…) qui refusons de voir », « c’est une étrange faiblesse de l’esprit humain », qui présente de mettre en relief le mot extrait en tête de phrase.

L’orateur se manifeste également par des reprises et des répétitions qui scandent le texte et qui doivent interpeller le destinataire en martelant son message, c’est le cas notamment avec la répétitions de « Venez et voyez » tout au long du texte.

De même, il met en place un véritable système d’écho qui rythme le texte avec la reprise par exemple de « C’est à lui »,c’est lui » ou « ce que c’est que l’homme, Et celui qui le dit, c’est un homme ; et ce homme ne s’applique » ou encore « ou quelque secret inouï dans l’ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l’art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires » qu’accompagne un parallélisme de construction (quelque + nom+ dans + art défini + Nom + complément du Nom). «

L’utilisation de l’impératif est également essentiel pour encourager le public à agir, ce temps est d’ailleurs très représenté tout au long du texte avec par exemple : « venez contempler », « Accourez donc », « voyez », « venez voir » et l’impératif de la phrase de Jean qui scande le texte.

Enfin, l’expression d’un haut degré d’intensité a pour vocation de dramatiser et faire ressentir l’urgence qu’il y a à agir. On trouve des adverbes exprimant le haut degré, comme « si délicats », « fort éloignées », « si légèrement », mais aussi des comparatifs de supériorité avec « l’une des plus violentes » , « de plus près », « rien de plus nécessaire », « point de plus véritable interprète », « jamais plus distinctement ».

3. La manipulation ?

La volonté de Bossuet d’avoir un discours performatif est tel que l’on peut s’interroger s’il ne va pas jusqu’à manipuler son auditoire. En effet, il a tout d’abord recours à de fausses précautions comme la question oratoire qui ouvre le sermon et à laquelle il répond par la négative.

Ensuite, il met en place, pour ne pas dire en scène, un dialogue fictif complètement dirigé, dans lequel l’orateur fait les questions et les réponses, comme ici, « Vous serez peut-être étonné (…) ; et vous croirez (…). Mais (…) vous accorderez aisément qu’ ».

De plus, il choisit la polysyndète (multiplication de coordonnants) ainsi que des phrases longues et complexes pour tenir en haleine son auditoire et l’enfermer dans son raisonnement, associant ses diverses étapes pour qu’ils ne puissent se détacher de celui-ci : « Et celui qui le dit, c’est un homme ; et cet homme ne s’applique rien, oublieux de sa destinée ! ou s’il passe dans son esprit quelque désir volage de s’y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées ; et je puis dire, messieurs, que les mortels n’ont pas moins de soin d’ensevelir les pensées de la mort que d’enterrer les morts mêmes. »

Enfin, on note la forte présence de connecteurs logiques articulant le discours comme « mais », qui apparaît à sept reprises, ce connecteur marquant l’opposition, est logiquement très représenté dans ce texte qui vise à faire disparaître une apparente contradiction. On remarque aussi une multiplication des connecteurs à la fin du texte, qui se doit de terminer en imposant ses idées par une démonstration (« alors », « donc », « en effet », « ainsi »), utilisant ainsi avant de clore l’exorde les ressources de la logique pour ceux qui n’auraient éventuellement pas été persuadé.

Conclusion

Ce sermon de Bossuet, dont nous avons étudié l’exorde, doit conduire l’auditeur à un changement de vie à l’issue de celui-ci, il s’agit donc de tout mettre en œuvre pour être efficace d’autant que l’exorde est le moment qui doit capter l’attention. Pour ce faire Bossuet a mis littéralement en scène un spectacle, passant par une scène insoutenable qu’il se doit néanmoins de montrer à la cour pour mieux la déstabiliser et la rendre sensible à son discours. Une fois, le public fragilisé, il sera alors plus réceptif à ce sermon persuasif de par l’implication de son orateur, le ton d’exhortation qu’il utilise, ainsi que tous les procédés qui peuvent nous faire nous demander si l’auditoire n’est pas manipulé, même s’il s’agit de l’encourager à agir pour son bien propre.

Le texte :

Me sera-t-il permis aujourd’hui d’ouvrir un tombeau devant la cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre ? Je ne pense pas, Messieurs, que des chrétiens doivent refuser d’assister à ce spectacle avec Jésus-Christ. C’est à lui que l’on dit dans notre évangile : Seigneur, venez et voyez où l’on a déposé le corps du Lazare ; c’est lui qui ordonne qu’on lève la pierre, et qui semble nous dire à son tour : Venez, et voyez vous-mêmes. Jésus ne refuse pas de voir ce corps mort, comme un objet de pitié et un sujet de miracle ; mais c’est nous, mortels misérables, qui refusons de voir ce triste spectacle, comme la conviction de nos erreurs. Allons, et voyons avec Jésus-Christ ; et désabusons-nous éternellement de tous les biens que la mort enlève.

C’est une étrange faiblesse de l’esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu’elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. On n’entend dans les funérailles que des paroles d’étonnement de ce que le mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l’a entretenu ; et tout d’un coup il est mort. Voilà, dit-on, ce qu’est l’homme ! Et celui qui le dit, c’est un homme ; et cet homme ne s’applique rien, oublieux de sa destinée ! ou s’il passe dans son esprit quelque désir volage de s’y préparer, il dissipe bientôt ces noires idées ; et je puis dire, Messieurs, que les mortels n’ont pas moins soin d’ensevelir les pensées de la mort que d’enterrer les morts mêmes. Mais peut-être que ces pensées feront plus d’effet dans nos coeurs, si nous les méditons avec Jésus-Christ sur le tombeau du Lazare ; mais demandons-lui qu’il nous les imprime par la grâce de son Saint-Esprit, et tâchons de la méditer par l’entremise de la Sainte Vierge.

Entre toutes les passions de l’esprit humain l’une des plus violentes, c’est le désir de savoir ; et cette curiosité fait qu’il épuise ses forces pour trouver ou quelque secret inouï dans l’ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l’art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. Mais, parmi ces vastes désirs d’enrichir notre entendement par des connaissances nouvelles, la même chose nous arrive qu’à ceux qui, jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas les objets qui les environnent : je veux dire que notre esprit, s’étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant, pour ainsi dire, le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près, que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche ; et non seulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous sommes.

Il n’est rien de plus nécessaire que de recueillir en nous-mêmes toutes ces pensées qui s’égarent ; et c’est pour cela, Chrétiens, que je vous invite aujourd’hui d’accompagner le Sauveur jusques au tombeau du Lazare : “Veni et vide : Venez et voyez.” O mortels, venez contemplez le spectacle des choses mortelles ; ô hommes, venez apprendre ce qu’est l’homme.

Vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes ; et vous croirez que ce n’est pas bien représenter l’homme, que de le montrer où il n’est plus. Mais, si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau, vous accorderez aisément qu’il n’est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines.

La nature d’un composé ne se remarque jamais plus distinctement que dans la dissolution de ses parties. Comme elles s’altèrent mutuellement par le mélange, il faut les séparer pour les bien connaître. En effet, la société de l’âme et du corps fait que le corps nous paraît quelque chose de plus qu’il n’est, et l’âme, quelque chose de moins ; mais lorsque, venant à se séparer, le corps retourne à la terre, et que l’âme est mise en état de retourner au ciel, d’où elle est tirée, nous voyons l’un et l’autre dans sa pureté. Ainsi nous n’avons qu’à considérer ce que la mort nous ravit, et ce qu’elle laisse en son entier ; quelle partie de notre être tombe sous ses coups, et quelle autre se conserve dans cette ruine ; alors, nous aurons compris ce que c’est que l’homme : de sorte que je ne crains point d’assurer que c’est du sein de la mort et de ses omnres épaisses que sort une lumière immortelle pour éclairer nos esprits touchant l’état de notre nature. Accourez donc, ô mortels, et voyez dans le tombeau de Lazare ce que c’est que l’humanité : venez voir dans un même objet la fin de vos desseins et le commencement de vos espérances ; venez voir tout ensemble la dissolution et le renouvellement de votre être ; venez voir le triomphe de la vie dans la victoire de la mort : Veni et vide.

Sermon sur la mort, Bossuet.

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Commentaires

  1. Avatar de mirou

    mirou

    merci bcp ca m’a aide :)

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