Sujets corrigés philosophie bac ST2S 2009
La technique s’oppose-t-elle à la nature ?
La technique peut être conçue de deux manières :
- Soit on définit la technique comme l’exploitation du potentiel offert par la nature : La technique « imite » la nature, la prolonge. En ce sens il n’y a pas opposition mais bien complémentarité entre la technique et la nature (on peut penser à Aristote sur ce point). Ici ce qui domine c’est l’idée d’harmonie entre l’homme et la nature (par ex ne prélever dans la nature que ce qui est indispensable à notre survie). L’homme est lui-même une partie de cette nature, il ne doit donc pas y avoir de rapports d’opposition entre elle et lui.
- Soit on définit la technique comme la domination de la nature. Par la technique l’homme va exploiter, asservir la nature à ses besoins. Descartes : « se rendre maître et possesseur de la na ture ». Ici on peut légitimement s’inquiéter des conséquences de cette conception :
- source de « progrès », de développement économique, d’élévation du niveau de richesse (cf les cours sur la culture, les échanges), source de liberté (grâce à certaines techniques, l’homme se libère de tâches fatigantes, répétitives)
- MAIS AUSSI source de dégradation de la nature (surexploitation des ressources, pollution), source d’aliénation (la critique du travail à la chaine, Marx), source de misère (différences de niveau de vie, de conditions de travail entre les pays)…
Ce n’est qu’un début de réflexion … il me semble qu’il fallait éviter surtout de faire une copie se limitant à une condamnation de la technique (car chacun de nous s’en sert continuellement !)
On pouvait réfléchir aussi aux moyens pour l’homme de rétablir dans nos sociétés un rapport plus harmonieux, moins destructeur de la nature (et de nous-mêmes) : par exemple penser aux préoccupations écologiques, à la prise de conscience actuelle y compris au niveau politique de ces problèmes.
Nathalie Vauthier, professeur de philo, (Fontenay le Comte)
Peut-on être sûr d’avoir toujours raison ?
Quelques éléments de réflexion sur ce sujet.
Les élèves ont peut-être eu d’autres idées tout à fait intéressantes, et fait des plans variés : l’important est de s’être bien interrogé sur les termes de l’énoncé.
Le sujet pose le problème de l’accès à la vérité : quels sont les critères du jugement vrai ? Par quels moyens peut-on accéder au vrai ? On pourrait reformuler la question ainsi : « La certitude d’avoir raison permet-elle d’affirmer que l’on est effectivement dans le vrai ? »
Pour bien traiter ce sujet, je pense qu’il faut partir d’une réflexion sur la formule « être sûr de ». Elle peut être comprise à des niveaux différents et c’est cela qui peut influer sur votre réponse :
- Si on définit la certitude à son plus haut degré : elle provient ici d’une démonstration qui ne laisse aucune place au doute (par exemple, suite à un raisonnement mathématique ou à une expérimentation conduite avec rigueur, méthode) : Ici je peux être sur d’avoir raison cà d que mon idée ou ma théorie sont conformes à la réalité. On peut ici penser au rationalisme de Descartes et au rôle capital du doute visant à éliminer l’erreur de nos jugements. On peut toutefois objecter qu’au sens strict, l’homme ne peut jamais être absolument certain de ses théories, les sciences évoluent d’ailleurs par la critique de théories que l’on croyait certaines.
- Si on définit la certitude comme l’adhésion subjective de mon esprit pour des raisons morales, on arrive à ce qu’on pourrait appeler une conviction personnelle. Cette conviction peut être fondée sur des arguments (dont il convient de juger de la valeur), sur mon expérience personnelle… Ici on voit bien que la certitude n’est pas objective, elle dépend de celui qui la détient : On n’est jamais sûr ici d’être dans le vrai par contre on peut croire qu’on détient la vérité : ceci peut renvoyer au dogmatisme (vouloir imposer « ma certitude » comme la vérité = danger)
- Si on définit la certitude à son plus bas degré (dans son usage le plus courant mais qui est sans doute le plus inapproprié), on aboutit à la croyance, l’opinion. Ici la certitude peut confiner à l’aveuglement, au refus de réfléchir, de douter. Etre sur d’avoir raison ce serait ici se condamner à ne jamais trouver la moindre vérité (voir par exemple le célèbre échange de lettres entre Spinoza et Boxel à propos de l’existence des spectres : Boxel est « sur » de l’existence des spectres. Malgré tous les efforts de Spinoza pour l’en faire douter, il restera accroché à sa croyance) Etre sur d’avoir raison dans ce sens-là , ce serait alors refuser la critique, le dialogue … moyen primordial pourtant dans la quête de la vérité (Socrate, Platon).
Voilà , ce sont des pistes de réflexion à partir de l’énoncé …
Je me permets d’ajouter cette belle phrase de Renouvier « Il n’y a pas de certitude, il n’y a que des hommes certains », ceci rejoint bien l’interrogation sur la difficulté pour l’homme d’accéder à la vérité.
Nathalie Vauthier, professeur de philo, (Fontenay le Comte)
Le texte :
“La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté.”
LOCKE
1.Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.
2.
a. Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.
b. En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts ».
c. Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.
3.La loi est-elle la condition de la liberté ?
Dans quelques instants, vous trouverez ici des pistes de corrections rédigées par un prof de philo !
Eléments de correction:
Thèse et étapes :
Ce texte s’oppose à l’idée commune que la liberté s’oppose à la loi et que la loi restreint la liberté. Locke s’efforce au contraire de montrer que la loi permet la liberté et cela pour différentes raisons :
- La loi guide vers la liberté dans le sens où elle oblige à faire ce qui est dans notre intérêt personnel, ou via l’intérêt général ( dans lequel est compris le nôtre)
- La loi détourne de ce qui n’est pas dans notre intérêt mais que nous pourrions croire bon parce que nous confondons le bon et l’agréable, parce que nous ignorons qui nous sommes, ce que sont les choses d’où l’image du marais ; ou parce qu’on est capable de tout (comme pousser l’autre dans le précipice, mais aussi s’y jeter). La loi est donc là pour nous protéger des dangers extérieurs mais aussi de nous-mêmes, du mauvais usage que l’on peut faire d’une liberté sans connaissance ( cf Descartes) ou sans maîtrise de soi.
- La loi détourne de la soumission aux autres : être libre, ce n’est pas faire tout ce qui nous plaît mais ne dépendre de personne, ne dépendre que de soi, ne faire que ce qu’on veut… Et c’est cela que permet de dire que la loi contrairement à l’opinion commune, ne réduit pas la liberté mais la permet et l’AUGMENTE même : dans le sens où nous serions moins libre sans lois, une liberté plus précaire, fragile et illusoire : soumis à nos humeurs ou à celles des autres
- D’où la conclusion de Locke être libre ce n’est pas faire tt ce qui nous plaît, mais à « suivre librement sa propre volonté ». Ici c’est la liberté comme AUTONOMIE opposée à la liberté comme INDEPENDANCE qui est celle de l’homme du désir et du caprice, alors que l’autre est celle de « l’agent libre et intelligent », qui écoute sa raison ;
a) D’où la conception à laquelle s’oppose ici Locke, c’est l’indépendance, la liberté de faire ce que l’on veut, comme on veut, avec qui on veut..c’est l’idée commune de la liberté
b) Nous ne savons pas spontanément ce qui est utile pour nous par ignorance, par passion, par esclavage du désir, par passion, … donc on n’a besoin qu’on nous force à faire ce qui est bon pour nous et c’est ce qu’est sensé faire la loi, expression de la raison et défendant l’intérêt général, donc le nôtre. C’est la même idée que chez Rousseau on forcera à être libre,celui qui est esclave de ses désirs et impulsions, qui confond liberté et licence ;
c) Locke définit la liberté comme autonomie, comme obéissance à la loi qu’on s’est prescrite à soi-même en accord avec sa raison et ce qu’on sait être bien pour nous.
ESSAI
I. Non, si on pense la liberté comme absence de contrainte et de limites, la loi n’est pas une condition de la liberté. Bien au contraire la loi, que ce soit la loi de la nature ( pesanteur, mortalité..) ou la loi morale ( interdits) ou la loi de l’Etat, toute loi est une contrainte ou une limite donc un obstacle à la liberté, comme possibilité de faire ce qu’on veut, comme on veut, quand on veut…Donc la loi s’oppose à la liberté comme indépendance et licence.
II. mais comme le montre Locke, cette liberté n’est qu’une illusion de liberté ( esclavage du désir, confusion entre agréable et bon,…) la liberté, c’est l’autonomie, la capacité de se donner à soi-même sa propre loi. Et dans ce cas on peut concilier liberté et loi car:
- soit c’est moi qui fait la loi directement ou indirectement et dans ce cas en obeissant à la loi , je n’obéis qu’à moi-même. Principe du contrat social de Rousseau
- soit la loi me force à être libre en m’obligeant à faire ce qui est dans mon intérêt , dans l’intérêt commun ( Cf argument de Locke) .Les lois sont expression de la raison, en y obéissant j’obéis à ma propre raison, donc à moi-même.
- soit la loi étant égale pour tous, elle limite de la même manière les libertés de chacun: elle protège le faible du fort, elle fait qu’en obéissant à elle on n’obéit pas à un autre homme. Elle protège de la soumission à l’arbitraire d’un chef
- la loi peut aussi être une ressource pour la liberté: les lois de la nature sont une ressource pour la liberté, en les connaissant, on peut commander à la nature même si c’est en lui obéissant. On peut ici penser à la colombe de Kant
III. Mais les lois ne sont pas toujours ce qu’elles doivent être:
- les lois de l’Etat sont parfois qu’une nouvelle version de la loi du plus fort ( Marx, Pascal,…)
- dysfonctionnement de la démocratie
- les lois sont parfois inégales et liberticides ( tyrannie, despotisme…)
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