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Bac ES 2012 – Philo – Sujet corrigé – Explication de texte – Sujet n° 3 – Berkeley, De l'obéissance passive

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Sujet n° 3 du Bac de philo 2012 série ES : Texte de Berkeley, De l’obéissance passive

Corrigé ci-dessous !

Texte : “En morale, les règles éternelles d’action ont la même vérité immuable et universelle que les propositions en géométrie. Ni les unes ni les autres ne dépendent des circonstances, ni des accidents, car elles sont vraies en tout temps et en tout lieu, sans limitation ni exception. « Tu ne dois pas résister au pouvoir civil suprême » est une règle qui n’est pas moins constante ni invariable pour tracer la conduite d’un sujet à l’égard du gouvernement, que « multiplie la hauteur par la moitié de la base » pour mesurer la surface d’un triangle. Et de même qu’on ne jugerait pas que cette règle mathématique perd de son universalité, parce qu’elle ne permet pas la mesure exacte d’un champ qui n’est pas exactement un triangle, de même on ne doit pas juger comme un argument contraire à l’universalité de la règle qui prescrit l’obéissance passive, le fait qu’elle ne touche pas la conduite d’un homme toutes les fois qu’un gouvernement est renversé ou que le pouvoir suprême est disputé.

Il doit y avoir un triangle et vous devez vous servir de vos sens pour le connaître, avant qu’il y ait lieu d’appliquer votre règle mathématique. Et il doit y avoir un gouvernement civil, et vous devez savoir entre quelles mains il se trouve, avant qu’intervienne le précepte moral. Mais, quand nous savons où est certainement le pouvoir suprême, nous ne devons pas plus douter que nous devons nous y soumettre, que nous ne douterions du procédé pour mesurer une figure que nous savons être un triangle.

Proposition de corrigé :

Dans ce texte, Berkeley met en parallèle la morale et les mathématiques, plus précisément la géométrie. Pour donner une rigueur formelle à ce qui nous pousse à agir, c’est-à-dire aux règles de nos actions, il les compare aux règles de la géométrie. En effet, celle-ci sont « éternelles », « immuables » et « universelles », c’est-à-dire valables pour tous, elles ne changent pas. Mais peut-on véritablement comparer la géométrie qui est une science exacte à la morale, qui semble dépendre de la subjectivité et de la sensibilité de chacun ? Le but de l’auteur est de justifier l’obéissance passive en faisant comme si elle relevait d’un processus de démonstration mathématique. Cet exemple de moralité interroge sur l’origine de ce qui nous pousse à obéir. À qui faut-il obéir de manière inconditionnelle, sans douter, sans remettre en question un pouvoir suprême ? Y a-t-il une puissance légitime à laquelle nous devons nous soumettre de manière indubitable et avec l’application de règles aussi implacables que celles des mathématiques ?

I.  Les règles morales et les propositions de géométrie

  1. Nul doute que les deux domaines exigent l’universalité et l’immutabilité. On ne peut que constater ces deux exigences en mathématiques comme en morale. Cependant ces deux caractéristiques n’ont pas la même valeur. Car le caractère universel et absolu des mathématiques a pour enjeu la vérité.  En ce qui concerne la morale, l’enjeu est le bien, la justice.
  2. L’exemple de la résistance énonce une règle qui semble aussi rigoureuse qu’une proposition  de géométrie car, malgré le caractère particulier du « tu dois », elle énonce une sentence que l’on peut universaliser sans contradiction logique. Il semble donc que cette règle soit opératoire, c’est-à-dire que l’on puisse l’appliquer pour tous, en tout temps et en tout lieu. N’est-ce pas là une usurpation d’un droit à la résistance, en particulier lorsque le pouvoir suprême ici désigné est abusif ou injuste ?
  3. Mesurer la surface d’un triangle est une opération valable pour tous les triangles et même, dit l’auteur, pour ceux qui ne sont pas conformes à la définition d’un triangle parfait. Mais en morale, est-ce la même nécessité mathématiques que l’on peut appliquer à nos actions ? Berkeley fait comme si seule la raison pouvait décider de nos actions.

II. Ce sont les perceptions sensibles qui nous permettent de connaître ou d’agir

  1. En mettant sur le même plan les exceptions en mathématiques (un champ qui n’est pas exactement un triangle) et en morale (le gouvernement renversé ou le pouvoir suprême disputé) l’auteur veut montrer que ce sont les perceptions sensibles qui nous permettent de connaître ou d’agir.
  1. Ce sont les faits qui nous permettent de connaître les propositions mathématiques, comme par exemple l’existence du triangle. Berkeley s’inscrit dans la tradition des empiristes qui pensent que ce sont nos sens qui sont à l’origine de nos idées. Mais avons-nous « de même » une perception sensible des idées morales ? Il existe bien un gouvernement civil mais avons-nous grâce à lui la connaissance de ce que nous devons faire ?
  1. Il faut donc et il suffit pour l’auteur de savoir où est le pouvoir suprême pour s’y conformer. C’est la perception de la réalité qui nous donne l’assurance de l’existence d’un tel pouvoir. Or qu’en est-il de la légitimité et de la justice de ce pouvoir suprême ? En quoi faut-il obéir si la seule règle que l’on doit se prescrire découle de la perception d’un pouvoir civil ? Le devoir d’obéissance n’est-t-il pas une contrainte c’est-à-dire extérieur à notre volonté ?

III L’enjeu pratique du parallèle entre morale et mathématique

    1. Nous ne devons plus douter, nous devons obéir : telle est la règle à laquelle l’auteur prétend se soumettre. Or qu’en est-il de l’autonomie ? Berkeley explique, à la manière des géomètres, que l’obéissance ne doit pas être contestée car il prétend la fonder sur les règles de la raison : universalité et immutabilité. Or dans son usage théorique, la raison parvient à faire abstraction de l’aspect sensible des individus, des désirs, des passions, des sentiments qui l’influencent. Peut-il en être de même en ce qui concerne son aspect pratique ?
    2. L’usage de la raison en morale conduit l’homme non pas à se soumettre mais à l’autonomie. L’autonomie est définie comme le devoir, c’est-à-dire l’obéissance à la règle que l’on s’est donnée soi-même. Cependant, la raison ne doit alors être influencée par aucune raison extérieure.
    3. Comme l’expliquera Hume, la raison ne relève que de la vérité et non de ce qui est bon ou pas. Comment peut-elle juger en morale de ce que nous devons faire comme elle juge du vrai et du faux en mathématiques ?

Sous l’apparente rigueur du raisonnement mathématique, Berkeley prétend justifier l’obéissance passive que requiert un pouvoir civil suprême. Cependant on a pu s’interroger sur l’enjeu de cette obéissance qui, si elle maintient l’ordre et l’universalité d’une règle, n’en est pas moins suspendue au caractère sensible des individus et surtout à l’arbitraire des pouvoirs qui les force à obéir sans douter.





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