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Sujet n° 3 du Bac de philo 2012 série L : Spinoza, Traité théologico-politique.
Corrigé ci-dessous !

Texte : “La fin de l’État n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celle de bêtes brutes ou d’automates, mais au contraire il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sûreté de toutes leurs fonctions, pour qu’eux‐mêmes usent d’une Raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils « supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’État est donc en réalité la liberté. Nous avons vu aussi que, pour former l’État, une seule chose est nécessaire : que tout le pouvoir de décréter appartienne soit à tous collectivement, soit à quelques‐uns, soit à un seul. Puisque, en effet le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun peut être seul à tout savoir et qu’il est impossible que tous opinent pareillement et parlent d’une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l’individu n’avait renoncé à son droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée. C’est donc seulement au droit d’agir par son propre décret qu’il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler, pour qu’il n’aille pas au‐delà de la simple parole ou de l’enseignement, et qu’il défende son opinion par la raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine.”
Proposition de corrigé :
Thèse : dans cet extrait Spinoza s’oppose à l’idée selon laquelle l’État réduirait les hommes à une obéissance mécanique en en faisant des « bêtes », des « automates ». Il soutient donc que l’État a pour but la liberté, dont il rend possible l’exercice en sécurisant et pacifiant les rapports humains (lignes 1 à 6), qu’il présuppose dans l’acte de soumission volontaire au souverain (lignes 6 à 12) et qu’il laisse intacte en ne portant pas atteinte à la liberté de juger et d’opiner (lignes 12 à la fin).
Ce texte invite donc à s’interroger sur les rapports entre État et liberté et à repenser la notion de liberté à travers les distinctions entre indépendance et autonomie et droit d’agir et droit de raisonner et juger. On pourra aussi s’interroger sur la valeur de cette liberté de penser et de juger, qui, si la désobéissance est interdite, pourrait sembler se réduire à « parler à son bonnet », à une liberté bien vaine.
Explication :
⁃ Lignes 1 à 6 : Spinoza expose l’idée de ceux qui voit dans l’État une institution liberticide et dénaturante, puisqu’on y passerait d’un état d’être raisonnable à un celui d’une bête, dénuée de raison, incapable de se conduire et soumise aux ordres d’un tiers comme à ses impulsions naturelles. Spinoza renverse cette idée en montrant qu’au contraire, l’État permet à chacun de réaliser sa nature (d’agir conformément à la nécessité de sa propre nature) et au lieu de tenir par la crainte, le jeu des passions, en libère dans le rapport avec les autres et en soi-même. Il permet au corps et à l’âme d’assurer leurs fonctions, en assurant ordre et sécurité. Il dépassionne les rapports humains permettant ainsi de ne plus être esclaves des passions. D’une vie dominée par la haine, la colère, la ruse, on peut sous la protection de l’État passer à une vie placée sous la conduite de la raison (on retrouvera la même idée dans le passage de l’état de nature à l’état civil chez Rousseau). Donc bien loin de tenir par la crainte (idée de Hobbes), l’État en libère pour Spinoza et c’est la raison pour laquelle les hommes acceptent de se soumettre à son autorité, qui n’est que le fruit de ce consentement. C’est pourquoi Spinoza précise que la fin de l’État est « en réalité » la liberté et non la soumission et l’obéissance. La sécurité n’exige pas le renoncement à la liberté.
⁃ Ligne 6 à 13 : c’est ce qu’il va préciser en explicitant les conditions de l’institution de l’État et ses raisons d’être. C’est parce que les hommes ont des jugements divers (conséquences des complexions différentes, des limites des connaissances), que si chacun agissait en conséquence, il pourrait y avoir conflits et insécurité. C’est pourquoi chacun renonce à agir selon son décret et accepte de renoncer (donc volontairement et librement) à ce droit et de le confier, transférer au souverain (quel que soit le régime démocratique, aristocratique ou monarchique). On pourrait ici voir un renoncement semblable à celui exigé par Hobbes dans son pacte, mais ce n’est pas le cas.
⁃ Lignes 13 à la fin : c’est ce sur quoi va conclure Spinoza en distinguant droit d’agir et de « raisonner et penser » et d’expression, de diffusion, de publication des idées (= enseignement). En se soumettant aux décrets du souverain dans ses actes, l’homme ne renonce pas pour autant à sa liberté de pensée. Il obéit aux lois, parce qu’il y a consenti pour la paix et sa sécurité, donc pour jouir de ses droits naturels, mais il n’y soumet pas son âme. Il reste entièrement libre de penser ce qui lui semble bon et a le droit de l’exprimer en usant de moyens raisonnables et en en restant à des paroles. Du rapport de force, de la persuasion, on passe à des rapports de raison, à la volonté de convaincre. Donc pour Spinoza, l’État ne porte pas atteinte à la liberté ; au contraire il la rend possible, effective et l’exige pour ne pas outrepasser ses pouvoirs. Renoncer à agir conformément à ses décrets, n’empêche pas l’individu de penser par lui-même, et c’est là la véritable liberté, qu’on ne saurait céder à l’État. La liberté n’est pas dans la désobéissance, mais dans la résistance et la vigilance citoyenne, mais encore faut-il que l’État la laisse être. C’est quand il l’entrave en bridant la liberté de la presse, d’expression, en voulant formater les esprits, qu’il devient liberticide ou quand le peuple se soumet corps et âme.



fifi
trop dégouté jme suis planté: en gros Spinoza est pour l’Etat et non contre c’est lors ça?
Sasa
Génial j’ai fait l’inverse !
Beleekk
Mais j’aurais une question , est-ce que si on a parlé de la connaissance amène à la liberté est-ce un hors-sujet ? :s
Arcana
Merci, ça me conforte dans l’idée que je me suis pas plantée
saez
merci sujet bateau sur le rationalisme
mazi
Merci d’avance pour le corrige sujet n°3
Spinoza
Cordialement