Bac de français 2010 – Série L – Sujet corrigé
Le sujet :
Objets d’étude
Les réécritures
Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde
Le sujet comprend :
Texte A – Gustave Flaubert, Mémoires d’un fou (posthume, 1901), chapitre X
Texte B – Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale (1869), première partie, chapitre I
Texte C – Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale (1869), troisième partie chapitre VI
Texte D – Louis Aragon, Blanche ou l’oubli (1967), troisième partie, chapitre 3, « Une mèche de cheveux n’est pas une hypothèse »
Vous pouvez télécharger le sujet complet (série L) ainsi que les textes du corpus ici !
Le corrigé :
I – Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :
En quoi le texte B est-il une réécriture du texte A, et le texte D une réécriture du texte C ? Vous vous en tiendrez aux éléments principaux.
Méthode à suivre :
Le libellé de la question (« Vous vous en tiendrez aux éléments principaux ») appelle le candidat à produire une analyse globale plutôt qu’une simple comparaison qui aurait pour effet la juxtaposition de plusieurs citations. Il est donc nécessaire d’organiser ses remarques pour ne pas produire un effet de « liste » à la lecture. Expl : commenter la forme générale puis l’insistance sur les parties du corps, le vocabulaire de l’éloge. Regrouper thématiquement permet de ne pas se limiter à montrer les redondances de mots ou d’expressions voisines, ce qui est réducteur.
Il était opportun de faire une petite introduction qui présente textes et auteurs en insistant sur les dates d’écriture (et non de parution) puisque ce sont elles qui permettent de postuler la pratique de la réécriture.
En ce qui concerne la réponse, on pouvait faire deux paragraphes : le premier commentant la réécriture dans les textes B et A, le second dans les textes D et C.
Il est efficace de prendre de la distance en conclusion et de commenter la réécriture de façon plus générale (on pouvait notamment revenir sur le fait que le pastiche peut s’effectuer par l’auteur lui-même ou par un tiers, ici Aragon). Il est pertinent de montrer que la réécriture revêt ici deux buts différents : un auteur cherche à améliorer son propre style (A/B), un auteur en prend un autre pour modèle (C/D).
Pistes pour répondre (comparaison B / A) :
- Réécriture par le même auteur : on peut déceler un effort de style dans la version romanesque (texte B)
- Nous sommes face à deux éloges
- Deux scènes de 1ere rencontre (= un cliché dans la littérature)
- Une intrigue quasi identique : la même anecdote. Texte A = perte du manteau, texte B = châle qui s’échappe (plus poétique).
- Récurrence des mêmes détails
- Expressions ou mots proches
On pouvait évidemment montrer en quoi la réécriture était plus riche : structure améliorée (expl : les paroles qui matérialisent le personnage sont reléguées à la fin)
Pistes pour répondre (comparaison C / D) :
- Réécriture qui procède par citations (italiques)
- 2 critiques (nuancées) de la femme mûre
- 2 scènes d’adieu
- Intrigue quasi identique
- Détails proches
- Lexique proche
II – Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points) :
- 1. Commentaire : Vous commenterez le texte d’Aragon (texte D).
- 2. Dissertation : Selon vous, réécrire, est-ce chercher à dépasser son modèle ? Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, ainsi que sur ceux étudiés en classe et sur vos lectures personnelles. Vous pourrez vous intéresser à d’autres genres que le roman.
- 3. Invention : Réécrivez la dernière rencontre de Frédéric Moreau avec Mme Arnoux (texte C), cette fois, sous la forme d’un monologue intérieur de Frédéric qui dévoilera ses sentiments et ses pensées. Vous resterez fidèle au texte de Flaubert en vous gardant, toutefois, d’en recopier des passages.
COMMENTAIRE
Méthode : il ne fallait pas perdre de vue le fait que le corpus relève des objets d’étude « les réécritures » ET « Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde ».
Proposition de plan :
I) UNE PRESENTATION ORIGINALE DU PERSONNAGE
Le chapeau introductif vous mettait sur la voie : « Ce roman brouille toutes les pistes ». La date (1967) pouvait aussi vous évoquer le nouveau roman où les repères habituels (intrigue, personnage) deviennent flous.
Pistes pour les sous-parties :
- Le personnage féminin : nom évocateur de pureté contredit par la description qui en est faite. Ironie du narrateur : Blanche // cheveux blancs.
- Le doute du narrateur = une vision floue de la réalité : récurrence des points de suspension, aveu initial (« est-ce que je n’avais pas rêvé tout ça ? J’avais un peu bu ») qui met en doute ce qui est relaté.
- L’oubli érigé en salut. Voir la fin de l’extrait qui tourne à la poésie : « Les cendres chaudes de l’oubli ».
II) ELOGE OU BLAME ?
Il s’agit de montrer comment le texte hésite entre l’éloge et le blâme, les tendres souvenirs du passé et la triste réalité du moment présent. Ironie du texte.
- Vision positive du retour de la femme
- Critique acerbe qui pointe sous l’éloge
III) UNE REECRITURE QUI DONNE UN AUTRE SENS
Il fallait suggérer que la réécriture de Flaubert avait un but autre que la reproduction d’un texte semblable. C’est une véritable recherche esthétique.
- Reprises et citations de Flaubert. (passages en italique, source citée l.30).
- Une réécriture qui est aussi réinvention de la scène d’adieu de Flaubert : méditation sur l’oubli et la réalité (le réél est-il ce que l’on voit ou ce que l’on croit voir ?)
DISSERTATION
Selon vous, réécrire est-ce chercher à dépasser son modèle ?
Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus ainsi que sur ceux étudiés en classe et sur vos lectures personnelles. Vous pourrez vous intéresser à d’autres genres que le roman.
Méthode : Il s’agissait de discuter la question posée tout en élargissant les références (autres genres que le roman).
Proposition de plan :
I) RÉÉCRIRE POUR IMITER UN MODÈLE
Le terme de « modèle » implique une supériorité de l’œuvre imitée.
- Les réécritures des mythes antiques. L’antiquité est considérée comme un âge d’or perdu, un modèle absolu. (expl : le mouvement littéraire et culturel de la Renaissance fait un retour sur les œuvres de l’Antiquité pour les traduire afin d’en garder les richesses)
- Les pastiches : s’amuser à copier le style d’un écrivain illustre = un jeu éducatif pratiqué en classe.
II) RÉÉCRIRE POUR DÉPASSER SON MODÈLE
- Pour dépasser son modèle
- Pour s’en moquer et le critiquer : la parodie
III) RÉÉCRIRE POUR RENOUVELER LA LITTÉRATURE
- Certaines réécritures visent à renouveler, moderniser des écrits anciens : Œdipe roi de Sophocle modernisé par Cocteau (La Machine infernale) qui va jusqu’à faire parler une voix off au lieu du coryphée dans son prologue !
- Finalement tout acte d’écriture est une réécriture : pour preuve les brouillons d’écrivains qui témoignent de la nécessité de réécrire pour bien écrire. Le style s’apprend.
INVENTION
Réécrivez la dernière rencontre de Frédéric Moreau et de Madame Arnoux (texte C), cette fois sous la forme d’un monologue intérieur de Frédéric qui dévoilera ses sentiments et ses pensées. Vous resterez fidèle au texte de Flaubert en vous gardant, toutefois, d’en recopier les passages.
Méthode :
- Ce qu’il fallait éviter : tenter de « traduire » paragraphe par paragraphe, ou pire, phrase par phrase le texte initial.
- Ce qu’il fallait faire : bien s’imprégner du texte source (Flaubert, texte C), lister les éléments à réutiliser puis s’en détacher pour le réécrire, le transposer sans le recopier.
Analyse du sujet : la contrainte est la réécriture en monologue intérieur. Cela supposait :
- L’usage de phrases courtes, parfois nominales, propres à transcrire des émotions, des pensées.
- Le style heurté marquant la surprise du personnage : questions rhétoriques, phrases en suspension (« … »), ellipses, juxtapositions, …
- Des marques de subjectivité (modélisateurs, exclamations, interrogations, …)
- Des associations d’idées, des images, des analogies



