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Bac S 2010 – Cours de philosophie – Raison et traditions

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Bac 2010 - Cours de philosophie - Raison et traditions

Nous vous présentons aujourd’hui un billet sur le thème Raison et traditions, regroupant à nouveau une série de sujets potentiels du bac de philo. Il reprend notre Cours de Philosophie, multimédia et historique, qui est la solution idéale pour se préparer parfaitement au bac de philo pendant les dix jours restants avec le dvd complet !

  • Y a-t-il de bons préjugés ?
  • Faut-il respecter les traditions ?
  • Penser, est-ce rompre avec les traditions ?
  • Peut-on tout démontrer ?

1° Eloge du préjugé

Le jugement réfléchi ne joue qu’un rôle secondaire et limité dans nos conduites. Non seulement on ne peut pas en finir avec les préjugés, mais c’est un préjugé de croire que l’homme peut être un pur esprit sans convictions, intuitions, sentiments, donc sans préjugés.

Nos préjugés sont :

  • a) naturels : l’enfant préjuge que ses parents lui disent la vérité
  • b) nécessaires : il faut bien faire confiance en son médecin
  • c) indéracinables : les traditions, les coutumes…

Notre survie et notre adaptation exigent certains préjugés. Nous sommes bien contraints de croire ce que nous voyons quand nous traversons la rue, et généralement, nos sens ne nous trompent pas. De même, nous sommes conduits généralement à faire confiance aux autres. Je fais confiance aux commerçants chez qui je vais faire mes courses, au médecin chez qui je me rends… Une vie de méfiance perpétuelle serait insupportable. Nous ne pouvons vivre en société que parce que nous nous appuyons mutuellement sur les informations que nous nous donnons les uns les autres.

2° L’impératif de se libérer des préjugés

Kant a résumé dans une formule célèbre l’esprit des Lumières : « Ose penser. Aie le courage de te servir de ton propre entendement ». Penser avec sa raison, telle est la devise des Lumières. C’est la raison, toute-puissante, contre la tradition et les coutumes. En effet, depuis Descartes, la rationalité moderne se constitue surtout dans le rejet de la tradition, perçue comme un ensemble de préjugés irrationnels.

Des préjugés ne sont pas des pensées. Ils existent justement parce qu’ils n’ont pas été jugés : les préjugés ne témoignent pas d’une nature viciée, mais d’un jugement qui n’a pas été effectué. En finir avec les préjugés, c’est donc décider de bien juger. Supprimer les préjugés est une affaire de volonté et de méthode, c’est pourquoi le doute méthodique de Descartes pour trouver la vérité est un doute volontaire.
Tout homme est doté d’une « raison » que Descartes appelle aussi « bon sens », c’est-à-dire la capacité de comprendre suffisamment le monde pour se guider soi-même dans sa vie tant privée que publique. C’est cette faculté qui constitue la dignité de l’homme et permet de récuser le « sujet » de la monarchie dépendant et soumis, pour constituer le « citoyen » de la République, autonome et responsable. De son côté, l’attitude scientifique consiste à se défaire de ses propres opinions, à cesser d’adhérer aux vérités admises par l’habitude.

Selon ce point de vue, l’homme serait capable, par sa raison, d’inventer la civilisation, de la construire selon un plan bien déterminé. C’est un rationalisme qui soutient que toutes les institutions humaines utiles sont et doivent être des créations délibérées de la raison consciente : du contrat social jusqu’à l’idée selon laquelle le droit est une création de l’État, en passant par cette conception qui veut que, comme nous avons créé nos institutions, nous pouvons aussi les changer à volonté.

Ce rationalisme des Lumières s’est aussi développé contre la théorie du droit naturel, qui admettait qu’une bonne partie de l’institution de la civilisation n’était pas le fruit d’un dessein humain délibéré.

Autrement dit, le projet d’une maîtrise scientifique de l’univers naturel va se transposer à la société. Les savants vont alors se transformer en ingénieurs sociaux, prêts à remodeler la société pour corriger les inégalités et promouvoir le bonheur collectif.

3° De la nécessité de distinguer les bons et les mauvais préjugés

Croire qu’on peut en finir avec tous les préjugés, n’est-ce pas opter pour un nouveau préjugé ? N’y a-t-il pas un préjugé rationaliste que de croire que la raison pourrait avoir toujours raison ?

  • a) Seuls certains préjugés sont dangereux (les préjugés culturels, l’ethnocentrisme etc.)
  • b) Les préjugés universels sont utiles : le sens moral, les axiomes des mathématiques. Il y a des préjugés à la base de toute pensée. Par exemple : “tout homme est doué de raison”. Ou bien : “le bon sens est la chose du monde la mieux partagée”.
  • c) Toute société a besoin de règles sur lesquelles on s’entend, que l’on considère comme vraies et qui n’ont pas de véritable fondement. On pourrait faire ici une analyse de la politesse. La politesse est ce qui permet de vivre ensemble au sein d’une cité.

« Il y a des préjugés universels, nécessaires, et qui sont la vertu même. Par tout pays on apprend aux enfants à reconnaître un Dieu rémunérateur et vengeur ; à respecter, à aimer leur père et leur mère ; à regarder le larcin comme un crime, le mensonge intéressé comme un vice, avant qu’ils puissent deviner ce que c’est qu’un vice et une vertu. Il y a donc de très bons préjugés : ce sont ceux que le jugement ratifie quand on raisonne. » Voltaire (Dictionnaire philosophique)

Damien Theillier, professeur de philosophie
www.cours-de-philosophie.fr




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