Nous abordons aujourd’hui avec Damien Theillier le thème de la technique.
C’est un thème intéressant, et moins difficile qu’il n’y paraît. A nouveau, il met en évidence l’importance de se faire une idée globale de la philosophie, de la pensée, des auteurs; et donc tout l’intérêt de l’approche historique de notre Cours de Philosophie, seul vous permettant d’apprendre à faire un bon devoir par vous-même !
Sujets apparentés
- Le développement technique est-il une menace pour la liberté ?
- Peut-on attendre du progrès technique qu’il nous libère du travail ?
- Doit-on avoir peur de la technique ?
- Le progrès technique transforme-t-il les hommes ?
- Une technique se juge-t-elle seulement à son efficacité ?
- Le monde de la technique est-il encore humain ?
- y a-t-il plus à espérer qu’à craindre de la technique ?
- La technique accroît-elle notre liberté ?
- Tous les problèmes peuvent-ils avoir une solution technique ?
A) Une marque distinctive de l’humanité
La technique fait partie des marques distinctives de l’humanité. De tous les êtres vivants l’homme est le seul à produire, par transformation de la nature des instruments qui servent eux-mêmes de moyens dans cette transformation. L’animal se content d’user d’organes spécialisés (le bec, les ailes etc.) ou d’user de la nature sans vraiment la transformer (un bâton, une pierre etc.).
Comparant l’homme et l’animal, Pascal observe que l’animal ne progresse pas, contrairement à l’homme, car il ne raisonne pas mais agit par instinct. Les animaux ont un savoir-faire inné alors que les hommes doivent apprendre pour savoir. La connaissance humaine est cumulative alors que chez l’animal celle-ci est instantanée. L’homme est donc un être qui progresse sans cesse, qui innove toujours à partir de ce qu’il reçoit des autres : l’espèce humaine est vouée au progrès.
B) Une puissance incontrôlable ?
Icare, Prométhée ou Frankenstein, autant de mythes qui soulignent la puissance incontrôlable et destructrice de la technique.
Ainsi la thèse centrale de Heidegger c’est que le monde moderne se caractérise par la disparition de toute forme de réflexion sur les fins au profit d’une préoccupation exclusive des moyens. Il distingue :
- La raison instrumentale, qui calcule l’efficacité des moyens.
- La raison objective, qui fixe des fins.
Dans le monde technicien, seul compte le rendement, c’est-à-dire l’intensification des moyens, quels que soient les objectifs. De là viendrait le sentiment que la technique menacerait de nous échapper et de provoquer la disparition de l’être humain.
C) La technique est un outil moralement neutre
Mais la technique n’est ni bonne, ni mauvaise, c’est un outil. Ce qui est bon ou mauvais, c’est l’utilisation qu’on en fait. Un couteau peut autant servir à cuisiner qu’à tuer.
Tandis que la science est théorique, c’est l’analyse, l’explication de la nature, la technique est pratique, elle est utilitaire : c’est la transformation de la nature. Les buts de la technique sont l’utilité et l’efficacité. La technique est purement un moyen au service d’une fin. Ce n’est qu’un outil, utilisé par les hommes dans leur transformation de la nature, dans leur travail. La technique vise donc à être utile, à être efficace mais aussi à être économe : elle permet de produire un maximum d’effet avec un minimum de moyens. Ce sont ses trois seuls critères.
De sorte que la technique n’a pas besoin d’éthique, ce sont les hommes qui en ont besoin
Pour certains, le progrès technique est foncièrement mauvais, il apporterait l’asservissement de l’homme ; pour d’autres, il apporte les solutions à tous les problèmes de l’humanité et lui permet peu à peu de s’affranchir de toute contrainte. Ces deux positions sont dogmatiques : elles postulent que le progrès technique est nécessairement bon ou mauvais. La technique génère donc de grands espoirs et de grandes peurs.
Or, nous l’avons vu, la technique est amorale : elle ne se soucie pas des fins, des buts, mais seulement des moyens. Le nucléaire est neutre : c’est son utilisation qui est éthique ou non (nucléaire civil, énergie / nucléaire militaire, bombe atomique).
Ce sont donc les hommes qui sont moraux ou immoraux et ce sont les hommes qui ont besoin d’éthique. C’est à eux d’exercer les vertus de prudence et de tempérance.
Si l’on considère que la technique elle-même est amorale, il reste qu’elle doit s’accompagner d’un jugement éthique, pour rester dans les limites de ce qui est conforme au bien humain. Ajouter un jugement éthique, qui dit ce qui est souhaitable et non pas seulement de ce qui est possible (le jugement technique), permet de garder le progrès technique dans des limites éthiques.
Enfin, il faut que l’homme s’assure aussi de contrôler ses créations, pour ne pas céder à la grande peur des inventions qui ont des conséquences incontrôlables, avec le stéréotype des machines qui deviennent autonomes et qui se rebellent contre l’humanité (Voir par exemple le mythe de Frankenstein).
Damien Theillier, professeur de philosophie



Faire un commentaire
Vous devez être connecté pour faire un commentaire.