mar 26 2007

BD Des textes dans les Bulles !

Publié par paulglaudel dans Faire une BD      

bulles en textes

Nous avons récemment parlé de la réalisation d’un strip, «  bande  » dessinée en trois images en moyenne, et aussi du temps créé par le rajout de bulles dans l’article «  Créer du Temps « , celui de la lecture…

Pour compléter ces chapitres où nous reviendront pour approfondir ces sujets, il était temps d’évoquer le symbole et le fer de lance du neuvième Art qu’est la BD : Les BULLES !

La création de la Bande Dessinée fait justement état de sa différence avec les illustrations commentées ou autres publications d’époque, par l’apparition systématique dans une BD outre-Atlantique de «  bulles  » avec des petites queues ! Cette Bande Dessinée s’appelait THE KATZENJAMMERS KIDS ( gamins voleurs de confitures ) crée par Rudolf Dirks en 1897.

Plus connue en France sous le nom de «  PIM PAM POUM « , cette innovation atteint les autres créateurs des publications enfantines et c’est un nouvel Art qui va prendre son essor jusqu’à aujourd’hui, avec Astérix, Titeuf, Akira, Thorgal ou les Pokémons.( Et bien d’autres ! )

Ces bulles ont un sens, une utilité dans une histoire et nous allons voir comment elles sont régentées pour faire fonctionner la lecture de cette BD

Quand on crée une historiette, un strip, une bande, on a déjà à l’esprit le caractère du ou des personnages en scène, et les quelques bribes de dialogues qui nous viennent comme ça. Pourtant, les dialogues se travaillent…On fait plusieurs essais, plusieurs versions, et on se retrouve même à répéter dans un coin quelques phrases apparemment idiotes, comme le faisait PEYO en réalisant les albums des Schtroumpfs : «   Schtroumpf farceur, va donc me chercher le schtroumpf-bouchon, j’ai schtroumpfement soif !  » Et l’autre de répondre : «  Va donc te le schtroumpfer toi-même, espèce de Schtroumpf !  » Et cet auteur de BD croyait schtroumpfement à ses dialogues en les faisant !

On a de plus, le souci de la concision, car les bulles occupent de la place, trop de place occupée, nuisent au dessin et l’étouffe. L’efficacité est donc de mise et chaque mot est pesé et compté.

De plus, comme on essaye d’informer les lecteurs de choses qu’ils ne connaissent pas d’avance, on cible au plus juste, les appellations et terme. Si c’est utile, il faut nommer le ou les personnages qui se parlent, et on peut évoquer aussi ce qu’on ne voit pas mais ce que doit comprendre le lecteur pour la fin du strip. Chaque chose doit être à sa place…

Petit truc pour illustrer cette évocation des bulles : Essayez de vous servir des syllabes pour évoquer des choses cachées, des sentiments ou un caractère. Comme pour donner des sons aux mots. Exemples :

Un gars costaud va s’appeler DUROC, et une boulangère, BLANDINE.

Pour exprimer de la dureté, vous parlerez en utilisant les mots : Robert, Râteau, et d’autres mots commençant ou contenant GR, VR, TR, etc.

Ecoutez les «  sons  » suggérés par les syllabes et recherchez des mots adéquats. Idem pour tous les autres sentiments et traits de caractères que vous voulez suggérer.Bien entendu, il y a les jeux de mots, faits pour rigoler et remarquez que le mot «  Rigolo  » est…rigolo ! C’était quelques bases sur des dialogues BD mais on y reviendra bien sûr, car c’est un Art complexe et il faut longtemps pour tout bien assimiler…

D’ailleurs, petit exercice : Trouvez les textes des bulles vides pour les 4 dessins ci-joints. Creusez-vous la cervelle, amusez-vous et montrez-moi le résultat, via mon blog bd ou un lien sur vos propres blogs !

Bonnes bulles !

planche4dessins coul


mar 11 2007

Faire trois cases, une bande, un strip, une petite BD quoi…

Publié par paulglaudel dans Faire une BD      

strip exemple

En commençant par le commencement, tout commence par la réalisation de petites histoires en quelques cases, celles qu’en langage de spécialiste, on appelle un STRIP !

Trois cases, c’est le gabarit moyen de notre BD, comme Snoopy et les Peanuts, Grimmy, Nimbus, ou Le Chat de Philippe Geluck. Juste de quoi raconter une petite histoire, avec quelques bulles et même sans.

Le rituel est immuable :

1 Trouver une idée.

2 Choisir 3 moments clés de celle-ci, début-corps-chute.

3 La dessiner et l’encrer, puis la colorier en cas de besoin.

Ces 3 cases contiennent souvent des informations types et obéïssent à des règles de narration qui serviront à faire comprendre son contenu aux lecteurs…Elle sont plus ou moins d’égales dimensions, avec variations selon le besoin et l’envie, et voici leurs contenus :

Case 1 : C’est la case d’information générale (plan général). On situe l’action et les personnages. Rien ne doit être inutile.

Case 2 : C’est le plan rapproché (ou gros plan) et on braque le projecteur sur ce que dit le personnage principal.

Case 3 : C’est la chute, la fin, la conclusion de cette mini-BD. Un plan moyen ou américain (au dessus des genoux) peut suffire mais tout est permis…

Voilà, essayez-vous à faire un « Strip » en découpant votre idée en 3 cases. Vous imaginerez aussi les bulles dans les cases, mais ça c’est le sujet de notre prochain article sur comment « faire une BD » !

strip crayon


déc 20 2006

SYNOPSIS, c’est donc une BD !

Publié par paulglaudel dans Faire une BD      

Voici un synopsis d’une Bande Dessinée envoyé  il y a peu à un éditeur…On raconte à la fois l’ambiance et le récit, tout en essayant de séduire et d’intéresser. Le synopsis n’est pas seulement là pour indiquer un contenu BD potentiel mais aussi doit donner le ton et le charme de cette BD…

Ici, c’est un conte et je vous invite à essayer de faire un découpage sur cette histoire ! ( Lanie, une jeune dessinatrice et moi-même avons « pondu » un récit de 4 pages mais je pense qu’on peut faire plus long en développant les séquences de cuisine et de relations entre les personnages principaux ! ) C’est parti…

Question que je me suis posé en écrivant le texte :   « Que font les sorcières la veille de Noël ? »

SYNOPSIS de « L’Heure de l’Homme Rouge » :

Les forêts profondes abritent des animaux terrifiants, des plantes carnivores, des arbres gigantesques, des peuples de petits gnomes et autres êtres extraordinaires. Il y a quelques fois des fées et même des sorcières…

Justement, dans la forêt de Littlelande habite la sorcière VERITAS, faiseuse de maléfices et concoctions, qui prépare à l’instant des gourmandises pour un mystérieux visiteur. Chaque année en effet, un homme rouge lui passe commande de cent paniers de ces délicieux gâteaux dont elle seule a la recette.

«  Voyons, où ai-je pu mettre l’extrait de Malipandre ?  »

Sortant coffrets et flacons, l ’ensorceleuse cherche son ingrédient mais point ne le trouve. «  Enfer et en carton, mais comment vais-je livrer avant minuit mes délices de Noël ?  »

Le chat Filouz est là sur le fauteuil, regardant Véritas tonner et jurer contre le sort. Il a le ventre plein et digère toute la Malipandre qu’il pu avaler avant l’arrivée de la sorcière. C’était si bon, et puis sa maîtresse ne devrait pas s’énerver pour si peu… 

«  Tant pis, s’exclame Véritas, cela aura moins bon goût, c’est tout !  »

Et elle commence sa préparation en jetant dans la marmite bouillonnante : Quelques grenouilles, des pattes d’araignées mais pas trop, des yeux de crapaud centenaire, des rondelles de serpent farci, douze troncs de libellules, un peu de jus de groseille pour remplacer la Malipandre, la pâte à pain bien sûr, quelques œufs de lapin, une poignée de poudre d ‘Escampette, et enfin…

Un éternuement terrible déchira l’atmosphère de la maison et la sorcière sortit un grand mouchoir à carreaux de sa poche. «  …et des postillons de sorcière enrhumée !  » termina-t-elle en souriant…

Après avoir bien remué, elle verse le contenu de la marmite sur un grand linge et commence à répartir à espace régulier des crottes de sa mixture sur des plaques de fer. Une fois remplies, Véritas les met au four à tour de rôle, pour cuire les délicieux délices. C’est beaucoup de travail et comme chaque année, le temps va être compté…

Sous l’œil de Filouz, la sorcière ferme les derniers paniers où sont rangés dans des linges les gâteaux de Noël. Quand on frappe à la porte…

«  C’est moi, Véritas. Vous avez ma commande ? Je suis pressé…  » entend-on à travers la porte.

La sorcière ouvre au visiteur et un homme rouge gigantesque se tient sur le perron. Il ressemble drôlement au Père NOEL et sourit dans une grande barbe blanche.  » Veritas, je ne sais comment je ferais sans vous…Ces gâteaux sont de véritables délices et j’aime en glisser quelques uns dans les souliers de mes enfants !  »

«  Tenez. Goûtez-en un. J’ai changé de recette, une panne de Malipandre…  »

L’homme Rouge croque une bouchée et soupire de ravissement.

«  C’est encore meilleur que la dernière fois ! Vous êtes une fée des fourneaux , sorcière Véritas ! A l’année prochaine, comme d’habitude…  »

Sous les adieux de Véritas qui agite son gros mouchoir à carreaux, l’Homme Rouge est monté dans son traîneau conduit par des rennes. La centaine de paniers chargés à l’arrière, il s’envole vers le ciel en claquant son fouet…

Restée sur le perron et contente d’avoir pu une fois de plus livrer à l’heure sa commande, Véritas regarde son chat Filouz qui se frotte à sa jambe. Une drôle d’odeur monte à ses narines et ça lui rappelle quelque chose…

«  Toi, si tu continue à chaparder ma Malipandre, tu finiras un jour dans une recette de cuisine ou une carpette de salon !  »

Texte final :      

Ne vous fiez pas aux apparences.      

Le monde recèle bien des mystères et la recette des petits bonheurs de l’existence cache parfois des vérités qui ne sont pas toutes bonnes à dire aux enfants…

FIN

Puis, un peu plus loin :

Indications à destination de l’éditeur :

D’autres récits courts pourraient donner suite à ce type de BD, mettant en scène d’autres personnages pittoresques de la forêt de Littleland ( Loup botté, Pères Noël et Fouettards, Mère-grands, Petits gnomes, fées et magi-chiens, etc…) ou même voir le retour de notre Véritas ! Le tout pouvant constituer les chat-pîtres d’un recueil…

1 L’heure de l’homme rouge

2 Le chat du poucet bleu

3 L’histoire qu’on ne raconte pas

4 Le sortilège de Véritas

5 Le rêve du chevalier sans tête

6 Le monde secret de Littlelande

7 La nuit du clafoutis géant

( titres provisoires )

Voilà, c’était un synopsis de BD ! Essayez de créer des histoires de cette manière et faites-en des Bandes Dessinées !

Chiche…

PS : Je montrerais bientôt quelques cases dessinées par Lanie la dessinatrice de « L’heure de l’Homme Rouge » !


déc 18 2006

BD Vidéo: Avant- première pour un ARRIERE-PLAN !

Publié par paulglaudel dans Faire une BD      

Quand on bâtit la mise en scène d’une Bande Dessinée, on a toujours le souci de donner du RELIEF au dessin. Par la perspective, les ombres, les épaisseurs de traits et les plans différents…

Tel un puzzle, on place les éléments de sa case comme un carreleur place ses carreaux, un maçon ses murs et un réalisateur…ses acteurs ! Là, le dessinateur met en avant-plan tel personnage et en arrière-plan tel autre !

Les traitements graphiques sont adaptés à l’utilité de la perception du lecteur et tout est calculé, y compris quelquefois la couleur. On peut aussi mettre de l’effet en noircissant une partie du dessin, ce qui est souvent la seule alternative du dessinateur BD.

Ci-joint un document unique et datant de janvier 2003 : Une mini-vidéo sur votre serviteur au travail…Mauvaise qualité due au matériel de l’époque, mais il reste la fraîcheur et la spontanéité du document, effet « LIVE  » final compris *.  Mettez le son à fond, ambiance garantie ! ( L’extrait encré est joint à cet article. )

glaudel-bd-arriere-plan

Avec un meilleur outil, je renouvellerais bientôt l’opération pour de nouveaux sujets sur la BD !

* La réalisation de cette vidéo est de Claude ECKEN !

nb stef ap


nov 27 2006

BD Créer du temps !

Publié par paulglaudel dans Faire une BD      

 dedicace05

Créer du temps! «  J’avais évoqué cette idée lors d’un précédent article : Créer du temps! Créer du temps de lecture…Lorsque j’ai démarré comme dessinateur de BD, j’étais jeune , moins beau sans doute, et je n’imaginais pas les rouages conscients et inconscients qui régissaient la Bande Dessinée. La force du manque d’habitude guidait mes réalisations et pour moi, les bulles représentaient le moment du bavardage organisé car je n’avais pas encore réfléchi au fonctionnement intelligent des cases dessinées ! Le temps a fait son chemin dans mon activité et j’ai pu en dégager au moins des codes plus évidents…

J’ai envie d’en faire part aujourd’hui et ce blog est l’occasion rêvée de témoigner de mon expérience et de vous livrer des impressions déduites de mon travail sur la BD. Chaque fois que j’ai travaillé sur un scénario, d’un autre ou de moi-même, j’ai été amené à rajouter des bulles, ces bulles intermédiaires ou dérisoires genre  » Quoi, qu’est-ce que vous dites ?  » ou  » Ta bière est fraîche, marchand ! « , voire  » je   sais.  » tout simplement. Oh, c’étaient des petites bulles sans importance et au delà de l’idée de dénaturer le texte original, ce n’était pas mon intention, j’ai remarqué que ces rajouts avaient allongé le temps passé sur la case…

Sans le vouloir, j’avais créé du temps de lecture� ! L’œil avait assimilé cette nouvelle bulle, le cerveau lui avait trouvé un sens et le cours de cette lecture était changé ! Je notais cette conséquence et décidais d’anticiper cet effet sur mes prochaines histoires, surtout les miennes car il n’est pas courtois de jouer avec le temps des autres…

Depuis, quand je réalise une BD, au moment de l’écriture, je calcule ce temps passé à lire ces bulles et essaye de jouer avec…Sautant les  » Pendant ce temps  » ou « Peu après » trop communs et peu efficaces finalement, je me creuse la tête à trouver des formules pouvant « créer du temps  » dans le cerveau du lecteur ! Sans compter le temps passé à sauter d’une bulle à l’autre, et créant encore de ce sacré temps.

Quand on sait qu’un lecteur passe environ les ¾ de son temps à lire les textes quand il lit une BD, il était bien normal qu’un jour, on s’intéresse a son parcours visuel !

Quelquefois, au cours d’un salon ou autre séance de dédicace, je remarque la réaction des lecteurs quand je rajoute des bulles au dessin. D’un coup, l’œil s’éclaire, le visage semble comprendre, l’ensemble vient de prendre un sens et j’ai réellement l’impression d’avoir créé quelque chose…

C’est ça la Bande Dessinée!