On parle beaucoup des RASED depuis un certain temps. Ils seraient en effet sur le point de disparaître. Nous avons voulu en savoir plus sur les RASED, et pouvoir renseigner clairement les parents sur cette actualité. C’est Stéphanie, enseignante spécialisée à dominante pédagogique, et auteur de deux blogs (Situations motivantes et Aventures mathématiques), qui répond à nos questions…
LeWebPédagogique : Bonjour Stéphanie. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? Quelle est votre profession ?
Stéphanie : Bonjour Marie, je suis professeur des écoles depuis 14 ans. Après 6 ans dans des classes de primaire j’ai décidé de faire une année de formation supplémentaire pour me spécialiser dans l’aide aux élèves en difficulté. En effet, j’en avais marre de ne pouvoir aider efficacement les quelques élèves de ma classe qui n’arrivaient pas à suivre. Quand on a une classe de 25 élèves, ou plus, il est impossible de consacrer plus de quelques minutes par jour à ces élèves, il faut gérer le groupe, faire avancer l’ensemble de la classe. Je suis donc maintenant enseignante spécialisée à dominante pédagogique (appelée aussi maître E) dans un RASED.
LWP : Alors, pour commencer “RASED”, qu’est-ce que ça veut dire ?
Stéphanie : Cela veut dire “Réseau d’Aide Spécialisée aux Élèves en Difficulté”, c’est une équipe d’enseignants spécialisés qui n’ont pas de classe et qui interviennent sur un secteur comportant plusieurs groupes scolaires.
LWP : Depuis quand ces réseaux d’aide existent-ils ?
Stéphanie : Ils existent depuis 20 ans et de nombreux pays nous envient ce dispositif.
LWP : En quoi consistent-ils réellement ?
Stéphanie : Les RASED comportent 3 types de personnes :
- L’enseignant spécialisé à dominante pédagogique (maître E) qui aide les élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages. En utilisant des supports pédagogiques différents de ceux de la classe, il aide les élèves à s’appuyer sur ce qu’ils savent pour dépasser leurs difficultés. L’élève est mis en situation de réussite, il a le temps d’expérimenter, de reprendre confiance, de mettre du sens sur les activités scolaires.
- L’enseignant spécialisé à dominante rééducative (maître G) qui s’occupe des enfants ayant du mal à rentrer dans leur rôle d’élève, ceux qui s’agitent beaucoup, qui n’arrivent pas à se concentrer, qui sont inhibés et s’expriment peu, qui ne comprennent pas ce que l’école attend d’eux et peut leur apporter. Le maître G utilise des supports variés, non scolaires (jeux moteurs, jeux de société, jeux d’imitation, peinture, pâte à modeler…) pour travailler avec l’enfant autour des règles, de l’expression de soi et réveiller le désir d’apprendre.
- Le psychologue de l’Éducation Nationale aide à l’analyse de la difficulté, il prend en compte la dimension psycho-affective et cognitive de l’enfant et son histoire singulière. Il ouvre un espace d’écoute et de parole, propose des entretiens psychologiques et/ou un bilan psychologique. Il participe à la réflexion, il suscite les questionnements, les changements de regard, il apporte ses éclairages dans la compréhension de situations complexes et assure si besoin le lien avec les services extérieurs.
En équipe le RASED, à la demande des enseignants et en collaboration avec eux, étudie la situation de chaque élève en difficulté pour proposer une aide adaptée. Les parents sont toujours informés de cette aide et invités à s’y associer. Les aides se font sur le temps scolaire, en petit groupe ou en individuel.
Le RASED a aussi une mission de prévention de la difficulté, il met en place avec les équipes enseignantes des dispositifs pour éviter l’apparition de difficultés, comme par exemple un travail spécifique en petits groupes autour du langage auprès de tous les élèves de moyenne section d’une ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire).
LWP : Pourquoi les RASED sont-ils aujourd’hui menacés ?
Stéphanie : Le gouvernement a décidé la suppression de 3000 postes de maîtres E et G à la rentrée 2009 puis la suppression des postes restants sur les 2 années suivantes. La formation est d’ores et déjà supprimée à partir de 2009. Je dis bien « supprimés », car si le ministre parle de « sédentarisation » c’est pour jouer sur les mots. Nos postes seront fermés et nous serons remis devant une classe entière et donc dans l’incapacité de travailler spécifiquement avec les élèves en difficulté.
LWP : A-t-on des preuves de leur efficacité ou de leur inefficacité ?
Stéphanie : C’est difficile à prouver, nous travaillons sur de l’humain. Chaque élève qui progresse, qui n’a plus de difficulté est une justification de l’utilité de notre travail, mais il est difficile de démêler ce qui est dû à l’intervention du RASED, à l’attention portée par le maître de la classe, à l’investissement des parents… Je suis néanmoins convaincue que notre rôle est essentiel car le plus souvent il apporte un nouveau regard plus positif sur l’élève, rassure les parents et aide l’enseignant de la classe à mieux accompagner cet élève.
Ce qui est vraiment dommage, c’est que notre suppression ait été décidée sans un travail préalable d’évaluation de notre action. Il y a certainement des choses à améliorer mais personne ne nous a sollicités pour une réflexion à ce sujet. De plus de nombreux spécialistes reconnus, qui travaillent avec nous, nous aident à améliorer sans cesse nos pratiques, affirment haut et fort que la disparition des RASED est une catastrophe. Parmi d’autres, je citerais Jacques Lévine (Sauvons les RASED), André Ouzoulias (Rased : “un saccage incommensurable”) et Philippe Meirieu (Nous sommes tous des “professeurs d’école”). La Ligue des droits de l’homme a aussi pris position pour soutenir notre travail (Mort programmée de l’aide aux enfants en difficulté) ainsi que de nombreuses associations de parents dont celle de parents d’enfants “dys” (voir la lettre adressée à M. Nicolas Sarkozy).
Mon sentiment est que notre disparition est un gros gâchis qui va pénaliser les enfants les plus fragiles et leur famille, c’est vraiment injuste !
LWP : Quelles pourraient être les conséquences de la suppression des RASED ?
Stéphanie : Les élèves qui rencontrent des difficultés n’auront plus la possibilité de sortir de leur classe pour faire un travail spécifique en petit groupe avec un enseignant spécialement formé pour les aider. Les parents vont devoir davantage se tourner vers les structures extérieures à l’école, alors qu’aujourd’hui de nombreux enfants en difficulté trouvent une aide adaptée pendant le temps scolaire et gratuite. Les orthophonistes, les CMPP (Centres Médico Psycho Pédagogiques), les psychologues et pédopsychiatres, déjà débordés, vont avoir un nouvel afflux de demandes. De plus pour certaines familles faire une démarche de consultation extérieure est difficile, cela prend du temps et peut coûter cher.
Cela ne peut à court terme, qu’augmenter le nombre d’enfants en souffrance en classe ce qui va avoir d’inévitables répercussions sur le climat des écoles. A moyen terme le nombre d’élèves arrivant au collège en grande difficulté va croître ainsi que les sorties du système scolaire de jeunes sans qualification. A plus long terme cela risque de coûter très cher à la société…
LWP : Le ministère de l’éducation nationale souhaite-t-il remplacer les RASED par des aides différentes et plus efficaces ?
Stéphanie : Le ministère essaie de faire croire aux parents que les heures d’aide personnalisée assurées par les enseignants des classes à la place du samedi matin vont pouvoir se substituer au travail des RASED. Or cela est faux, cette aide peut s’avérer bénéfique pour des enfants en difficulté légère qui ont besoin qu’on leur ré explique, ou d’un peu plus de temps pour intégrer une notion mais s’avère déjà inopérante sur des élèves qui vivent mal un échec plus important et supportent difficilement d’être en classe pendant que leurs camarades jouent dehors.
C’est comme si on décidait de supprimer tous les médecins spécialistes en disant : « Ne vous inquiétez pas, les médecins généralistes vont pouvoir les remplacer ! » Nos collègues des classes n’ont pas reçu notre formation spécifique et ils vont se retrouver seuls face à leurs élèves en difficulté sans avoir les moyens de les aider efficacement.
LWP : Un dernier mot, pour finir cet entretien ?
Stéphanie : Merci de me donner cette occasion de défendre un travail auquel je crois et que je suis désespérée de voir disparaître…
- Voici lire et signer la pétition pour sauver les RASED, cliquez ici.
- Pour découvrir le blog Situations motivantes de Stéphanie, cliquez là .
- Pour consulter le blog Aventures mathématiques de Stéphanie, cliquez ici.
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