La techno, ma bataille

Se battre contre son câble VGA, sa télécommande, ses haut-parleurs, c’est le quotidien du prof de langues qui devient, à son insu, un champion et un accroc de la techno. Quand la choré ne prend pas, quand VLC plante, quand la vidéo reste muette, le site convoité sur « erreur 404 », on accuse la technique, et on appelle Guy, l’homme à tout faire à la rescousse.

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Sauf que pour la techno comme pour le reste dans l’enseignement, ce qui compte, c’est l’idée, et l’envie de la faire aboutir. Et il faut se battre encore contre les longues heures de cours à faire et à préparer, les tas de copies ou d’audio à corriger, les « j’ai plus envie », « je peux plus la voir cette classe » et « c’est quand qu’on mange ? »
Voyons dans cette chronique des trucs qui marchent et qui réveilleraient une classe d’élèves catatoniques.

Tout d’abord, même si je suis geek dans l’âme, l’utilisation des outils technologiques au-delà de leurs côtés attirants n’a que deux objectifs : amener les élèves à lire et à écrire.

La tablette, c’est l’écran qui cache la forêt. Alors, ce matin, Shakespeare dans la mallette (en fait j’ai un sac à dos, pour le vélo, mais mallette, ça fait plus sérieux) ma salle d’ordi réservée à côté, mon vidéo-projecteur allumé, j’attends mes élèves d’un pied ferme. Ne doit-on pas être sérieux pour faire rire ?

On va jouer, si si… En lycée, en première L avec des élèves qui ont des difficultés. C’est Kahoot qui est au programme. Kahoot, est un site qui permet de créer des quizz, jusque-là, rien d’extraordinaire… Les élèves ont des smartphones, une connexion 3G : allons-y… Allez, sur Kahoot, tapez le numéro au tableau, entrez le nom de votre équipe (les boss du 59, z’êtes sûrs ?) et on y va…

Les questions à 4 réponses possibles se succèdent, on tape sur la bonne couleur, et les scores apparaissent au tableau. Des cris se font entendre. Trouver la bonne réponse devient une nécessité. Dans ce contexte, comprendre les questions pose no problem, alors que dans un test… Quel est ce mystère ?

C’est incroyable… Comment est-ce possible ? La magie des couleurs peut-être. L’instantanéité des réponses, les scores en milliers de points qui s’affichent sans doute. Et au-delà de cet événement, des liens se créent entre vous et les élèves qui ne comprennent pas bien d’ailleurs ce qui leur arrive.

Je ne les reconnais pas. Hier, la tête dans le sac à mains de créateur pour regarder une notification Instagram et l’air désabusé ; aujourd’hui, l’œil rivé sur le tableau (avant fallait faire des gestes de coach sportif pour qu’ils le regardent) attendant avec angoisse la prochaine question. S’intéresser à ce qui se passe dans la classe, s’investir, chercher, collaborer apporte beaucoup de satisfaction, on avait presque oublié.

La classe, tel un seul homme se dresse et se heurte aux dates. « C’est quoi ça ? Ah non je le crois pas, j’ai oublié sa date de naissance à Shakespeare, je suis déter ! » Qui se soucie que c’est moi qui les ai préparées ces questions pièges mais pas que ? Ca semble magique, même si étonnamment familier.

Car bien sûr, avant, on avait lu la biographie simplifiée de Shakespeare, travaillé sur le contenu de ses pièces et révisé le passé (ah les verbes irréguliers). Là dans ce moment qu’on appelait autrefois « warm up », les élèves s’échauffent les méninges et s’amusent (mal terrible mais parfois nécessaire). Un cours c’est comme une mayonnaise, il ne faut pas laisser l’huile retomber…Il faut battre le fer quand il est chaud…

On fait quoi maintenant ? Ca vous a plu ? Alors on y v a, en équipes, défi Kahoot. Faites un quiz et éblouissez vos camarades. Et c’est parti en salle info. On va se heurter à la difficulté de création des questions, il faut lire les consignes ! Chercher comment ajouter une vidéo, une image… Ca va prendre du temps… Naturellement, manquant d’inspiration, les élèves vont d’eux même chercher dans leurs cahiers (!) et lire les documents ardus que je leur ai confiés. Ils cherchent à déchiffrer le marc de café des expressions latines des pièges pour les comparses. Aussi, grande découverte, ils vont faire des recherches en ligne (je leur balance ma théorie sur la triangulation des informations) et les premières lettres qu’ils tapent ne sont pas Faceb… ou Twit…
Ils sont allés au bout, ont publié leurs quizz, on a révisé pour faire une question, car pour faire il faut bien des outils, genre la grammaire (pouah) !

C’était pas parfait, on s’est amusés, j’ai fait voir cent fois, répété, encouragé ; ils ont fait des montages photos avec ma tête et je me suis retrouvée en couple avec Brad Pitt, on a ri. Après, en contrôle (oh non madame) ils ont eu les mêmes questions pas parfaites et ont dû les corriger. La boucle est bouclée.

Des couleurs, au jeu, en passant par la lecture, la recherche, et en finissant par la publication, les élèves ont fait le tour de ce que j’attendais d’eux. Ils disent au-revoir. Ils demandent « Madame, c’est quand qu’on recommence ? » Bien sûr, pas demain, pas tout de suite. Je soumettrai leurs quizzes à une autre classe, on s’amusera encore, mais différemment.

Faire monter la mayonnaise d’accord, mais varier les plaisirs, toujours.

Amélie

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6 Comments

  1. Amélie Dacheux Silvert 25 septembre 2014
  2. Marie-France Floissac 25 septembre 2014
  3. Amélie Dacheux Silvert 25 septembre 2014
  4. Amélie Dacheux Silvert 25 septembre 2014
  5. clairelire 25 septembre 2014
  6. bsentier 25 septembre 2014

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