Échec scolaire : comment relancer la machine à apprendre ?

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« Au cours de cet exposé, je vais essayer de vous convaincre d’une idée (…), il ne faut plus avoir peur de nos mauvais élèves, c’est sur eux que repose l’espoir d’améliorer l’école.« 

En novembre 2013, le psychopédagogue Serge Boimare était l’invité des assises de l’éducation prioritaire de l’Académie de Lyon pour une conférence sur l’échec scolaire. « Existe-t-il une présentation des savoirs qui permettrait de diminuer l’échec scolaire ?« 

Pour Serge Boimare, la réponse est oui. Auteur de « L’enfant et la peur d’apprendre » (2000), il a consacré un autre ouvrage aux mécanismes que mettent en place certains enfants pour s’empêcher de penser (« Ces enfants, empêchés d’apprendre », 2008). Dans un numéro des Cahiers pédagogiques consacré à la motivation, Serge Boimare revenait sur cette « peur d’apprendre » et les moyens de travailler avec les élèves en grand échec.

« Je suis contrarié à chaque fois que j’entends dire que les enfants dont j’ai la charge ne veulent pas savoir, alors que l’observation vous montre que l’avidité et la curiosité excessive, parce qu’impossible à différer, font partie des causes majeures de leur dysfonctionnement intellectuel. Je l’entends dire par des enseignants qui citent souvent le manque de curiosité comme explication première à ce désinvestissement massif devant les choses de l’esprit. (…)

Plus j’avance dans ce métier et plus je suis persuadé que ces enfants ont envie de savoir, qu’ils souhaitent accéder à la connaissance et qu’ils sont prêts à faire beaucoup pour y arriver, excepté une chose, excepté d’apprendre. Savoir, oui ; apprendre et penser, non ; voilà la gageure que nous imposent ces enfants qui ne veulent surtout pas sortir des chemins directs de la connaissance, qui ne veulent pas aller au-delà du voir et de l’entendre pour savoir.

Et il n’y a pas besoin de les fréquenter longtemps pour s’apercevoir que ce qu’ils ne supportent surtout pas, c’est le flottement, le doute, la suspension du jugement qui accompagnent nécessairement toute recherche aussi élémentaire soit-elle, tout problème posé jusqu’à sa résolution. Ils ne le supportent tellement pas qu’ils vont jusqu’à mettre hors circuit leur fonctionnement mental au moment où ils en auraient le plus besoin, c’est-à-dire quand il faut associer, faire des liens, chercher.« 

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Le constat

Dans sa conférence de 2013, il explique comment se met en place cet empêchement de penser. Partant du constat que des enfants arrivent à l’école sans avoir été préparés à utiliser leurs capacités réflexives (initiation insuffisante à la frustration, manque d’interaction langagière et pas de préparation à l’autonomie), ces derniers sont déstabilisés par les contraintes majeures de l’apprentissage. La machine à apprendre est déréglée, les élèves ont du mal à reconnaître leurs insuffisances et à être patient face au travail demandé. Ils n’acceptent pas les règles et ce temps de solitude, de flottement que requiert l’apprentissage. Face à cette difficulté d’apprentissage sévère, l’école peine à trouver les remèdes. Plus les années passent et plus les écarts avec les autres se creusent. La difficulté sévère se transforme en échec scolaire et en marginalisation.

Une heure par jour pour relancer la machine à apprendre

Pour Serge Boimare, les besoins essentiels des élèves les plus réfractaires aux apprentissages sont aussi d’excellents tremplins pour favoriser la transmission des savoirs pour tous et pour favoriser le fonctionnement de la classe. Alors, quels sont les besoins des empêchés de penser pour se réconcilier avec l’apprentissage sans réduire les exigences de la classe ? Serge Boimare propose une séance d’une heure en trois temps.

1. Un nourrissage culturel qui donne du sens et des racines en étant relié aux questions humaines fondamentales

écouter : 15 à 20 minutes de lecture à haute voix de textes fondamentaux (contes, récits mythologiques, textes fondateurs de religion ou de de civilisation, romans initiatiques ou historiques). Ces textes donnent aux élèves les moyens de résister aux sentiments parasites qui se déclenchent dès qu’il y a apprentissage avec le texte. La lecture à haute voix réussit à capter l’intérêt d’élèves peu concernés par la classe et permet de faire de l’image avec le mot entendu.

2. Un entraînement à communiquer et à argumenter

Parler et écrire : 30 à 40 minutes d’expression orale et écrite où chaque élève est sollicité pour faire part de ce qu’il a compris du texte après la lecture à haute voix. Ensuite, il donne son avis sur une ou des questions mises en débat par la classe.

Un article du Café pédagogique conclut que ce type de séance poursuit plusieurs objectifs : « Intéresser, nourrir les esprits en raccrochant sa propre histoire à celles de ceux qui ont vécu avant soi, faire parler pour resituer et mettre en forme la pensée, relier le savoir aux questions fondamentales de la vie, pour oser aborder l’idée concrète de contrainte, sans laquelle aucun apprentissage n’est possible, lui semblent les questions à aborder pour les pédagogues. »

Pour aller plus loin

« Serge Boimare pratique de la sorte depuis de longues années avec « des enfants empêchés de penser». Et j’ai pu constater au travers du projet expérimental et de ce travail avec les décrocheurs, qu’en effet, bon nombre des élèves en difficulté vivent des situations familiales très complexes et souvent douloureuses. Pas étonnant alors, que leur esprit ne soit pas disponible pour des apprentissages, ou qu’ils se soient protégés par des barrières solides.

Les contes, en ne leur parlant pas directement d’eux à la manière d’un psy, en faisant appel à leur imaginaire, essaient de leur redonner accès à leurs pensées. Bien sûr, il ne s’agit pas pour moi de faire un pseudo travail de psy. Nous débattons ensemble, discutons  de personnages fictifs, de leurs actes et de leurs sentiments. » 

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