Aider et comprendre les gauchers de nos classes

Aujourd’hui je vais vous parler d’un problème trop souvent négligé ou mis de coté dans nos classes : être gaucher.

En effet, le sujet est peu abordé et étudié dans la formation initiale des professeurs des écoles. Les enseignants se retrouvent désarmés face à l’aménagement de leur pratique pédagogique et ne parviennent pas à imaginer des solutions pour les gauchers.

Je vais donc vous proposer un état des lieux pour une meilleure compréhension de la gaucherie mais aussi des recommandations de spécialistes, des premières approches de solutions et d’aménagement pour votre pratique de classe en espérant que vous y trouviez de la pertinence.

gaucher

1. État des lieux pour comprendre les gauchers

Il y a en France 10 % de la population qui est gauchère contre 73 % de droitier et 8 % d’ambidextre. (Le reste étant indéterminé)

Nous évoluons dans un monde qui « marche à droite » et les gauchers sont pénalisés par le fait d’évoluer dans ce monde qui n’est pas pensé pour eux. Voici quelques exemples significatifs de la vie de tous les jours, pensez aux ouvres-boîtes, aux tourniquets du métro, au levier de vitesse, aux stylos des guichets placés systématiquement à droite et parfois fixés aux comptoirs.

Pourtant les gauchers ne développent pas plus de troubles (sauf quand ils sont « contrariés » avec des troubles comme le bégaiement, la dyslexie et le strabisme) preuve qu’ils sont capables de grandes facultés d’adaptation.

Comme dit Pierre-Michel Bertrand, auteur reconnu du « dictionnaire des gauchers » : « être gaucher, c’est être un droitier de la main gauche, ce n’est ni un handicap, ni une source de fierté, la gaucherie est une spécificité, un signe particulier ».

Le fait d’être gaucher est encore perçu (à tord) comme néfaste pour le développement d’un enfant.

Les expressions courantes sont aussi révélatrices de l’image qu’a la société du gaucher. Ne dit-on pas « se lever du pied gauche« , « passer l’arme à gauche« , ou encore plus péjoratif « être gauche« .

Être gaucher n’est déjà pas évident pour un adulte alors comment pourrait-il en être autrement pour un enfant.

Joëlle Morice Meugnier, psycho-praticienne et spécialiste de la Latérapédgaogie, affirme ainsi: « Même si on laisse l’enfant écrire de sa main gauche, il est contraint de s’adapter à un système où tout est fait pour être écrit, lu, voir même pensé de gauche à droite« 

Alors que faire ? Tout d’abord il faut les reconnaître voir les tester. Puis il faudra agir en aménageant vos pratiques.

 

2. Comment reconnaître un gaucher ? 

L’école doit dès la maternelle tester régulièrement et plusieurs fois dans l’année la latéralité des enfants.

En effet selon des études sur la question 40 % des 4-5 ans sont mal latéralisés et même 30 % des 5-7ans même si on a coutume de dire qu’à 6 ans un enfant est latéralisé.

Il existe en effet des phénomènes de dyslatéralité (latéralité instable et changeante) ou encore de latéralité partielle (l’enfant qui écrit de la main gauche mais tire dans un ballon de football du pied droit)

L’aide d’un psychomotricien peut être la bienvenue quand vous doutez ou que vous ne parvenez pas à cerner la latéralité d’un enfant.

Il vous faudra aussi vérifier la latéralité dans la famille. En effet il existe une prédisposition génétique selon Caroline Larroche auteur du « Livre pour tous les gauchers, petits et grands ». Si l’un des parents est gaucher il y a 17 % de chance que l’enfant le soit et cela monte à 46 % si les deux parents sont gauchers.

Pour tester vos élèves vous pourrez pratiquer ces activités:

  • Faire manipuler des marionnettes (la main non dominante aura tendance à entrainer celle au repos, ainsi un gaucher utilisant une marionnette de la main droite aura tendance à tout de même bouger sa main gauche)
  • Faire distribuer des cartes et prêter une attention particulière à l’aisance motrice du pouce et de l’index dans la distribution.
  • Faire le test plusieurs fois de lui placer un outil scripteur face à lui au milieu de la feuille et voir si la prise de l’outil se fait systématiquement de la même main.
  • Dessiner deux cercles sur une feuille, l’un à gauche de la feuille et l’autre à droite. Placer un crayon à gauche de la feuille et un crayon à droite. Demander à l’enfant de tapoter avec le crayon à gauche de la main gauche  dans le cercle de gauche. Puis dans deuxième temps lui faire le même exercice à droite (crayon de droite, dans le cercle à droite et de la main droite). Enfin vérifiez la « centration » des points dans chacun des cercles et la forme des impacts (points ou traits, précis ou disparate)

Mais vous me direz une fois le gaucher reconnu et avéré, que faire ? La priorité sera d’aménager au maximum votre espace, vos outils et surtout vos pratiques pédagogiques.

3. Conseils d’aménagement de vos pratiques de classe

Dans nos classes en tant qu’enseignant nous nous devons de trouver la meilleure compensation possible pour que les gauchers ne soient pas désavantagés ou négligés.

Après avoir lu les rapports de spécialistes, des mémoires, des dossiers sur la question, des recommandations évidentes m’ont sauté aux yeux:

  • Encourager la position la plus favorable pour concilier confort et lisibilité
  • Apprendre à nos élèves gauchers à placer leur feuille ou leur cahier différemment (en les inclinant légèrement sur la droite, d’environ 30 degrés)

incliner la feuille

  • Les aider à placer leur main sous la ligne où ils écrivent et non au dessus afin de ne pas masquer ce qu’ils écrivent (ni de frotter l’encre encore fraiche)Éviter ce qu’on appelle le masquage et le balayage.

bon positionnement de la main G

  • Les pousser à bien placer et tenir leur crayon dans l’axe main-coude sans poignet tordu.
  • Placer des modèles d’écriture une ligne au dessus et non pas en début de ligne (qui serait masqué) ou en fin de ligne comme on le voit parfois (qui nuit au sens même de lecture et d’écriture conventionnelle)
  • Éviter les cahiers à spirales qui gène la posture d’écriture (pour gaucher comme pour droitier d’ailleurs)
  • Proposer du matériel adapté (paire de ciseaux à lames inversées, taille-crayon à rotation de taille inverse, stylos ergonomiques ou pose-doigts, règle graduée avec le zéro à droite)

regle graduee gaucher

 

yoropen

 

 

 

 

 

 

  • Mieux réfléchir nos plans de classe : les gauchers devraient être placés systématiquement face au tableau et non de coté et sur les tables placées à gauche de ce dernier.
  • Donner la meilleure position à chacun : sur une table de deux placer le gaucher à gauche et le droitier à droite, ça parait évident mais je vois encore de nombreux enseignants qui laissent des élèves jouer à la « bataille des coudes.
  • Penser à tous les champs disciplinaires : la géométrie notamment avec les reproductions sur quadrillages dont le modèle est toujours à gauche de la feuille ou les figures à finir par symétrie dont c’est souvent la partie droite qui manque et qui est à dessiner.

Voilà déjà quelques pistes mais il en existe beaucoup d’autres. Il faut simplement que la gaucherie fasse partie de vos préoccupations à priori, in fine et à posteriori de vos séances. J’ai dans ma classe de CE1 cette année 8 gauchers sur mes 30 élèves  je ne peux pas imaginer une séance sans penser à une adaptation pour eux. Ce serait comme de venir en classe et d’en laisser une partie dehors ou dans un coin et comme le rappelle la loi d’orientation c’est « aux enseignants de s’adapter aux besoins spécifiques et à hétérogénéité de leurs élèves et non l’inverse« 

Voilà j’espère que cette chronique vous aura aidé à y voir plus clair et vous aura donné des pistes ou des solutions si vous vous en sentiez dépourvu.

N’oubliez pas que vous avez la chance d’avoir un nombre saisissant de collègues partout en France et dans la Francophonie, que notre métier est un métier d’échange et de partage de pratiques. Toutes les solutions sont autour de vous dans votre communication avec vos collègues, amis et connaissances de la profession. (et au delà d’ailleurs)

Si vous souhaitez aller plus loin, comme d’habitude je vous laisse une sitographie web un peu plus bas. Cordialement, et au plaisir de nos échanges futurs.

Monsieur Mathieu

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Pour aller plus loin sur la question

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