Inutile de chercher Charlie !

« Madame, Ils ont tué Charlie ! C’est qui Charlie ? Mais c’est où ? ». Voilà ce que des élèves ont demandé à la documentaliste, hier midi. Scotchés sur les réseaux sociaux et sur le web où l’information tournait en boucle, les jeunes attendaient plus que des réponses, ils exprimaient un désarroi et une inquiétude palpables. Ils sentaient que quelque chose d’important venait de se passer, quelque chose d’excitant et d’innommable, quelque chose qui leur échappait et ça leur était insupportable.

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Parce qu’ils doivent « acquérir des méthodes de lecture de l’image » et que des caricatures sont aussi d’excellents outils à utiliser, utilisés pour y parvenir ; parce qu’ils doivent « débattre du rôle des médias du point de vue éthique et civique et des en jeux citoyens de la nécessité d’informer » et que cet attentat ne peut ni être ignoré ni rester inexpliqué ; parce que cet acte insupportable contre Charlie-Hebdo, Charlie, chantre de l’irrévérence mais surtout de la liberté d’expression, est la métaphore de la Liberté assassinée. Comme si l’on avait le droit d’empêcher de réfléchir, de dire, d’écrire, de photographier, de dessiner, pour informer, réagir, résister, pour rire aussi irrévérencieux soit-ce rire, pour pleurer, à condition que ce ne soit pas des larmes de crocodile ! L’insurrection des consciences peut passer par le trait, les hachures, la couleur, autant que par les mots et nous nous devons de ne pas ensevelir l’impertinent Charlie sous un silence accablé et gêné ni laisser l’oubli faire son œuvre.

A nous de mettre à disposition de nos élèves et étudiants une revue de presse conséquente sur cet évènement comme nous le faisons pour tout évènement d’importance, en n’éludant pas les questions, en acceptant d’écouter leurs remarques qui alertent sur une sur-information qui brouille les messages – bruit documentaire et fureur médiatique – ; à nous de leur fournir des outils pour accéder aux connaissances qui complètent l’information ; à nous de les aider à nommer leurs peurs et à mettre des mots et des dessins sur leurs silences.

Car dans l’interpellation des élèves, on peut aussi percevoir le piège tendu, la suspicion et l’amalgame au cœur de leur questionnement, ne pas laisser ce « Ils » devenir « Les musulmans », ne pas laisser creuser un fossé de haine que d’aucuns pourraient combler avec des explications lénifiantes et mensongères, faire le nécessaire pari de l’intelligence quelle que soit la difficulté. Ceux qui ont tué sont des assassins, seulement des assassins, même s’ils ne viennent pas de nulle part et ne sont pas nés de rien ; aux politiques atterrés d’en prendre la mesure, aux musulmans meurtris de montrer que l’islam humaniste est le véritable visage de cette religion.

Nous vivons des moments décisifs qui ne doivent pas donner lieu à une déchirure dans le tissu social ni légitimer des décisions liberticides au nom même de la liberté.
C’est de notre responsabilité à tous ne pas nous laisser déstabiliser, de refuser à résister individuellement et collectivement aux explications simplistes, de lutter au nom des droits humains, de valeurs que nous avons à cœur de transmettre et de faire vivre.
Charlie est ici et maintenant, comme depuis des décennies et pour des décennies encore d’ironie, de satire et de provocation nécessaires parce qu’il n’y a pas une seule manière d’informer.

Alors, inutile de chercher Charlie comme s’il avait disparu, comme s’il pouvait disparaitre ! Car Charlie est là, dissimulé dans la foule rassemblée dans les villes de France et d’ailleurs, il est parmi nous, citoyens ou citoyens en devenir, avec nous, en nous, debout au nom d’une Liberté que nul ne doit pouvoir mettre à genoux.

N. M’D Mounier (Enseignante-Documentaliste)

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5 Comments

  1. Marie 11 janvier 2015
  2. tribeche 9 janvier 2015
  3. F.THIERY 9 janvier 2015
    • lewebpedagogique 9 janvier 2015
  4. Michèle Chiabrero 8 janvier 2015

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