La télévision et les représentations initiales en SVT

Pour beaucoup d’élèves au collège, tout ce qui nage dans l’eau est un poisson, les crabes sont des mollusques et toutes les petites bestioles dans votre jardin ou dans votre maison sont des insectes… Peut-être que l’une de ces affirmations ne vous choque pas plus que cela. Et pourtant …

insecte

Derrière cette expression didactique se cache les idées, tirées de notre vie de tous les jours, qui viennent naturellement sur un sujet donné : lectures, souvenirs, émissions de télévision, rencontres, observations, etc. En tant qu’enseignant, ces représentations initiales sont parfois un frein à l’apprentissage de nouvelles connaissances et c’est pourquoi depuis de nombreuses années nous prenons en compte ces représentations initiales dans nos progressions pédagogiques de SVT : il ne suffit pas d’affirmer quelque chose à un élève pour qu’il en ait une bonne représentation, il faut parfois partir de ses représentations initiales pour les faire évoluer. Le convaincre vraiment !

Heureusement il existe aujourd’hui de nombreuses sources d’informations : internet, magazines ou télévision. Dans le domaine des sciences de nombreuses émissions sur les animaux, les végétaux présentent et expliquent très bien les choses. Certaines affirmations de mes élèves témoignent que la télévision est une bonne source d’information et permet de faire évoluer positivement les représentations des élèves sur tel ou tel sujet. La télévision, internet, partenaire de notre enseignement… On se prend à y croire.

Et puis arrive cette publicité d’un éditeur pour une collection sur les insectes : patatras, mes illusions s’envolent, je suis anéantis ! Comme premier numéro de cette collection, l’éditeur a choisi de présenter le scorpion…. qui n’est pas du tout un insecte !! Cela ne vous semble peut-être pas très grave mais plusieurs milliers d’yeux et d’oreilles ont enregistré cette fausse information qui va s’installer durablement quelque part dans la mémoire de nombreuses personnes, des élèves comme des parents. Pour beaucoup, insecte et scorpion, c’est la même chose.

L’un des objectifs de l’enseignement de SVT est de faire comprendre aux élèves, à travers les exemples étudiés, comment s’organise le monde vivant : présence de cellules chez les animaux comme chez les végétaux ou les êtres humains, la respiration des êtres vivants, leur reproduction… autant de chapitres montrant les points communs et les différences entre les êtres vivants très utiles pour aborder ensuite le dernier chapitre du collège : l’évolution. Le travail en sixième sur la classification des êtres vivants en fonction de leurs points communs est l’une des premières pierres de cette progression. Mais il faut que les bases soient solides.

L’erreur de cet éditeur ne nous aide pas vraiment. Quoique ! Je vais utiliser cette couverture de magazine pour évaluer les compétences des élèves sur la classification et faire travailler leur esprit critique : tout ce qui est dans la presse n’est pas toujours exact ! Ce sera un bon moyen de vérifier si l’élève a compris la signification de la classification emboîtée en sixième : le scorpion possède 8 pattes comme une araignée (une proche parente) ou comme le pseudo-scorpion que des élèves ont trouvé dans le sol d’un sous-bois alors qu’un insecte (coccinelle, mouche, scarabée) possède 6 pattes et… des antennes. Des antennes comme celles des mille-pattes ou des crustacés. Les insectes ont donc plus de points communs avec le crabe qu’avec le scorpion. Merci donc à cet éditeur de me fournir un bon exercice d’application qui permettra de faire évoluer les représentations des élèves tout en leur apprenant à se méfier des nombreuses sources d’informations auxquelles ils ont accès aujourd’hui ! Alors si vous êtes à la recherche en ce moment d’un abonnement utile, je vous conseille à la place de cette collection d’opter plutôt pour … « Charlie Hebdo ».

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