Erratum

L’erreur est humaine, c’est élémentaire, et pourtant !

Je l’observe très souvent. Vous aussi certainement, cette catégorie qui se manifeste, à chaque fois qu’on lance les élèves dans une activité où la réponse n’est pas évidente mais nécessite de leur part une démarche de résolution de problème (en fait assez souvent pour un enseignant de sciences comme moi) : la catégorie des « erratophobiques« .

erratum

Inutile de chercher le mot, je viens de l’inventer.

Derrière ce néologisme, je range tous ceux qui, par peur de l’erreur, n’osent pas se lancer dans une tâche, ou bien le font avec l’idée que se tromper est grave.
En général, ils rédigent tout au crayon de papier, pour pouvoir tout gommer quand viendra la correction, ou attendent inquiets que l’activité se termine pour avoir enfin, Graal absolu, la docte correction du professeur.

Ils bannissent toute perspective de conserver la tâche ignominieuse de leurs échecs successifs, même s’ils leur ont permis d’arriver au résultat.
Non, cela est bien trop difficile à vivre, et puis la connaissance est là, à leur portée, qui va venir, comme par miracle, remplir leur cahier de vérités inaltérables et sûres. De toute façon, au pire, il y a Internet (« Si, Monsieur, c’est vrai, c’est écrit dans un forum« ; « ah alors si « titlilou71 » l’a dit, ça doit sûrement être vrai…« ). Et c’est là que le doudou numérique (comprenez le téléphone portable) vient rassurer notre « homo connectus » en le reliant à la connaissance (si si, il ne s’en sert pas seulement pour envoyer des SMS).

Alors je m’interroge : quel est donc le statut de l’erreur dans nos enseignements pour qu’ils l’aient à ce point en horreur ???

Pourtant comme le dit le dicton : « errare humanum est » . L’erreur est attachée à l’Homme, elle lui est intrinsèque.

Pour résumer : que d’erreurs commises pour arriver jusqu’ici…
En effet, l’erreur est fondamentale en sciences (comme partout, d’ailleurs). Avec elle, que de progrès accomplis. Bien sûr, il ne s’agit pas de rester sur celle-ci, encore faut-il rebondir, en tirer des leçons.

  • Quand elle est identifiée, l’erreur nous permet d’éliminer des hypothèses, des pistes à explorer : Copernic par exemple, en démontrant que le Soleil ne tournait pas autour de la Terre, a opéré une véritable révolution.
  •  Mais l’erreur, et cela est plus subtil encore, peut aussi mener à de nouvelles avancées : songez par exemple à ce qu’il serait advenu si Fleming avait jeté ses cultures de bactéries malencontreusement contaminées par une vilaine moisissure (un penicillium). Eh oui, là, c’est automatique… pas d’antibiotiques.

Car oui, l’erreur est nécessaire. Pas seulement dans les avancées majeures, mais aussi dans l’apprentissage au quotidien. Elle fait grandir, à condition qu’elle soit profitable.
Évidemment, ce n’est pas parce que « plus ça rate et plus on a de chances que ça marche » (voir la célèbre devise Shadok : si vous ne savez pas ce qu’est un shadok allez voir ici : http://www.ina.fr/video/CPF86651821).


Alors à quelle condition l’erreur fait-elle avancer ?

  • Eh bien, tout d’abord, il faut déjà en commettre, c’est évident, mais cela nécessite de se donner le droit à l’erreur et surtout d’être actif. Il faut aussi, et c’est là le paradoxe, agir de la manière qui nous semble la meilleure possible et donc tenter d’éviter toute erreur. Donc il faut aussi être concentré.
    Ça, c’est dans l’action… Et après ?
  • Il faut identifier ses erreurs (c’est dur pour l’amour-propre). Ou pire encore, accepter que d’autres (le prof, les camarades, le correcteur orthographique) le fassent : c’est là souvent qu’une couleur surgit sur la page (souvent le rouge : la blessure qu’il faut soigner).
  • Puis trouver les moyens de les corriger. Une dernière couleur prend sa place (généralement le vert : la couleur de l’espoir, de la jeune pousse qui reprend sa croissance).
  • Et pour finir : on commémore (comme pour tout événement pénible qu’on ne veut pas oublier). « Commémorer » : se rappeler non pas pour se lamenter sur le passé, mais pour que l’erreur soit profitable : c’est ce que certains entendent par « réviser ». Revoir, oui mais surtout retrouver son cheminement, ses difficultés, ses errances et ses victoires qui nous ont permis de les surmonter. Et comment le faire sans les traces de toutes ses étapes ?

Alors, c’est très curieux  – et vous aller me dire : « là il y a erreur » – mais je me bats pour que mes élèves commettent des erreurs, je milite pour qu’ils en conservent la trace dans leurs travaux et je suis le plus heureux des profs… quand ils n’en commettent plus !!!!

Damien THOMAS (erratophile par nature)

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12 Comments

  1. Clémence 10 février 2015
  2. Clémence 10 février 2015
    • Damien THOMAS 10 février 2015
  3. Damien THOMAS 8 février 2015
  4. LOIGNON Jean 8 février 2015
  5. Damien THOMAS 6 février 2015
  6. Marion 6 février 2015
  7. vigouroux 6 février 2015
  8. Claire MAURAGE 6 février 2015
  9. Erratophile 6 février 2015
  10. Chiabrero 6 février 2015
    • Damien THOMAS 6 février 2015

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