L'évaluation qui tourne mal…

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Le préfixe et le suffixe devaient passer comme des lettres à la Poste mais il faut reconnaître que le service public fonctionne mal et je n’oublie pas de m’inclure dans ce constat libéralo-fataliste car il y a des petits grands élèves qui n’ont pas tout bien compris, je parle de « S », une petite grande élève de CM2 que j’avais déjà l’an dernier au CM1 et que je quitterai avec soulagement en juillet prochain ; mais juillet c’est encore loin et d’ailleurs il ne faudrait pas qu’elle recogne son CM2. Or à force de jouer à l’imbécile on va finir par la croire idiote, en témoigne cette évaluation sur les préfixes et les suffixes passée comme une lettre à la Poste, mais alors la Poste un dimanche.

La consigne avait beau être simple et la tâche aisée, « S » a sorti une évaluation de gala. Il fallait trouver un nom de métier en ajoutant le bon suffixe à un autre nom. Nous avons lu la consigne et je me suis même fendu d’un exemple pour montrer à quel point c’était finger in the noise, expression que j’évite d’employer pour trois raisons : elle est vulgaire, je ne l’ai jamais comprise et les sacripants seraient capables de la prendre au premier degré. Bon, les gars : musique donne musicien. Ils ont souri, se délectant d’avance d’un 20/20. Profitez les enfants, les notes seront bientôt interdites à l’école !

« S » a pas mal commencé l’évaluation. A la bûche, elle a associé le bûcheron. Bien « S » ! Je me voyais déjà en faire des caisses, la féliciter, point vert et compagnie.

Mais très vite, la chirurgie a donné un chirurgon, l’exploration un exploron et le garage un garageon pour lequel j’ai quand même apprécié l’emploi du « e » sans lequel on lirait garagon, ce qui ne veut plus rien dire du tout.

La petite grande « S », ça ne l’a pas dérangée du tout de me proposer dentier comme métier de la dent ni fleuron pour celui des fleurs. Sait-elle que ces mots existent vraiment ?  Je me serais bien vu lui rendre la monnaie de sa pièce en même temps que son évaluation en lui conseillant de continuer à bien travailler pour espérer devenir un jour chirurgon.

Non, je n’humilierai pas « S » devant ses petits camarades. Je passerai sous silence l’absence parfaite d’effort à cette évaluation car je sais au fond de moi qu’elle l’a fait exprès. Nous nous connaissons depuis deux ans, ça se passe mal depuis deux ans. Elle se fiche du monde depuis deux ans. Elle fiche en l’air sa scolarité depuis deux ans.

Mais en fonction de mon humeur demain, de la météo et des dispositions de la petite grande « S », tout de même, je donnerai peut-être en exemple sa vision du métier qui consiste à écrire des romans. Parce que « romano », ça m’a quand même bien fait rire.

Une chronique de Vincent Papalion

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11 Comments

  1. Aldia 19 mars 2015
  2. Claire 17 mars 2015
  3. Vigi 16 mars 2015
  4. Vincent 16 mars 2015
  5. Emji 16 mars 2015
  6. Emji 16 mars 2015
  7. Baret 16 mars 2015
  8. peyredieu 16 mars 2015
  9. Steph 16 mars 2015
  10. Anso 16 mars 2015
  11. Pruvost 16 mars 2015

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