Un Parfum d'herbe coupée

Un Parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle : une madeleine de Proust à consommer sans modération !

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Les Éditions Préludes, dénicheurs de nouveaux talents, vous présentent une trouvaille poétique et philosophique, un premier roman plein d’humour et d’esprit, qui raconte avec brio le prélude d’une vie : l’enfance.

Nicolas Delesalle est grand reporter à Télérama. On retrouve dans ce premier roman autobiographique son talent pour la nouvelle. En effet, le récit de l’enfance du protagoniste, dénommé Kolia, se décline sous forme de fragments bruts de souvenirs qui résonnent comme des anecdotes croustillantes, touchantes, émouvantes et nostalgiques. Les titres de chapitres sont autant de petites énigmes humoristiques à résoudre : la petite histoire qui suit se charge d’en différer agréablement l’élucidation. À la fin de chaque fragment, le titre s’éclaire : ce jeu ne manque pas de dynamiser la lecture.

De surcroît, le fourmillement des images et des sensations transporte le lecteur dans le cocon savoureux des années 70 et 80, à mille lieues de l’enfance d’aujourd’hui parasitée par internet, le « progrès », les réseaux sociaux et les téléphones portables… La narration tisse sa trame au fil des réminiscences. Ce fil rouge est mis en exergue dès la dédicace : le narrateur s’adresse à Anna, sa potentielle future arrière petite fille, entité imaginaire pour laquelle ce témoignage d’une enfance poétique est distillé. Le thème de la transmission est récurrent dans l’œuvre. La quintessence de l’être se raconte dans ses commencements balbutiants, ceux de l’enfance et de l’adolescence mais aussi à travers des témoignages plus graves, ceux des anciens comme la vieille dame qui évoque la rafle du Vél’ d’hiv autour d’une table de mariage décrite comme une « DeLorean ronde », truculente « machine à remonter le temps ».

Ce roman d’apprentissage impressionniste, brossé par touches successives de réminiscences, aborde sans ambages et avec humour les grands thèmes de la vie par le prisme d’une naïveté philosophique : la mort du grand-père et le pessimisme de ses dernières paroles « Tout passe, tout casse, tout lasse » est le programme contre lequel va se rebeller l’auteur à chaque page ! La première communion à l’église se transmue en cannibalisme burlesque tonitruant avec la réplique « Je vais bouffer du Christ ». La première cigarette, les premiers émois, les premières déceptions, la première rupture, bref, le paradigme d’une vie se dessine par le truchement des premières expériences, un « prélude » au sens étymologique, l’enfance, ce « jeu » qui « précède » et scelle la vie de tout adulte.

Certaines parties sont écrites comme des hommages aux personnes qui jalonnent une enfance : aux tendres portraits de famille et aux moments sacrés passés avec les animaux de compagnie, s’ajoute la révérence faite aux professeurs dans les chapitres « Les mots » ou « Lisez-le ». La lecture de Boris Vian fait l’effet « d’une bonbonne de gaz dans [s]on volcan intérieur ». Ces nourritures spirituelles dont se repaît tardivement le collégien et le lycéen sont autant d’os rognés qui rappellent la « substantifique moelle » de Rabelais. L’ancien terme d’ « humanités » qui désignait les études des lettres reprend alors tout son sens dans ces quelques pages. Voici un extrait vidéo qui montre que l’auteur vibre encore au diapason des enseignements de ses professeurs et des pages tournées avec frénésie :

Outre les grandes questions métaphysiques, l’auteur décline avec saveur tous ces petits moments qui font les grandes émotions : la découverte du clip Thriller de Mickael Jackson, un match de rugby aux allures de Waterloo sportif, respirer la pelouse fraîchement coupée, cueillir un champignon, l’acquisition de son premier Walkman : ces micro-événements sont autant de séismes psychologiques, gages de sensations fortes, dans la vie d’un enfant à l’imagination et à la sensibilité débordantes.

Humour et profondeur cohabitent dans les formulations heureuses toujours orientées vers un optimisme radieux : « la vie est courte comme un flash, mieux vaut penser à sourire sur la photo ». Assurément, ces historiettes sont une trentaine de flashs qui ne manqueront pas de vous faire sourire ou d’éclairer votre quotidien d’un parfum d’enfance.

Karel Parmoli, professeur de français.

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