Tu seras nez mon fils

  • Sofiane : « Vous travaillez dans le secteur secondaire ? »
  • L’invité mystère : « Non »
  • Mélissa : « Travaillez-vous au contact avec des gens ? »
  • L’invité mystère : « Oui »
  • Luna : « Exercez-vous votre métier à l’extérieur ? »
  • L’invité mystère : « Non »
  • Louis « Êtes-vous bien payé ? »
  • Sofiane : « Elle sert à rien cette question pour découvrir le métier, tu nous fais perdre du temps et les autres vont trouver avant nous  ! »

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Ce jeu de questions – réponses se poursuit encore pendant 10 minutes entre les protagonistes. D’un côté, des élèves de Troisième qui ont choisi l’option Découverte professionnelle et qui, durant trois heures hebdomadaires, découvrent des métiers, des filières, des secteurs professionnels, des entreprises et affinent leur projet d’orientation. Le challenge du jour ? Interviewer un professionnel dont le métier n’est pas connu, découvrir son activité avec la contrainte de ne poser que des questions fermées. Un défi supplémentaire : démasquer ce quidam avec un minimum de questions et être plus rapide que le deuxième groupe de la salle d’à côté qui a aussi son invité et les mêmes consignes.

La préparation en amont

La semaine précédente, les objectifs ont été définis. Le groupe a été scindé en deux parties. Chacun a listé des questions, imaginé les réponses ; ensemble, ils les ont triées, hiérarchisées, ont réfléchi à leur pertinence sans perdre de vue l’objectif final. Une réflexion a ainsi été menée sur les critères à retenir pour connaitre un métier. Une stratégie a été définie pour être le plus efficace lors de la confrontation : ordre des questions, réagencement à faire le jour J en fonction des réponses, organisation pour que chacun puisse prendre la parole.

Face à l’invité mystère

Tout le monde est sur le pied de guerre. Une certaine émulation se fait sentir dans les deux groupes. Ils sont répartis dans deux salles différentes dans un premier temps et dès le top départ, les questions fusent. En fonction des oui et des non, des hypothèses s’échafaudent, de nouvelles questions s’imposent, des débats surgissent, il faut s’écouter et être réactif, les esprits s’échauffent, l’entonnoir se resserre, le temps presse. Finalement, au bout de 20 minutes, le premier groupe découvre que l’invité mystère travaille dans le commerce. Reste à affiner le questionnement. Il faut improviser pour trouver le métier et le lieu d’exercice. C’est chose faite quelques minutes plus tard. Dans la deuxième salle, on touche aussi au but mais l’autogestion du groupe est plus laborieuse et les dissensions font perdre de précieuses minutes. La séance se poursuit en réunissant tous les élèves et les deux professionnels : chaque groupe présente à l’autre son invité (pour cette fois, nous avions fait venir dans l’établissement un chef de rayon d’une grande enseigne de magasin de sport et le gérant d’une boutique franchisée de prêt-à-porter). S’en est suivi un échange intéressant avec la possibilité cette fois de poser des questions plus ouvertes, de comparer deux parcours et des carrières dans un même secteur d’activité, de dresser les avantages et les inconvénients des deux situations, de parler salaires, études, adaptabilité selon la situation économique.

En guise de bilan

Tout le monde s’est pris au jeu et a mené sa mission à terme. Pour conclure l’après-midi, chacun a donné son avis sur le déroulement de la séance. Les élèves ont trouvé plus concret d’avoir devant eux des professionnels en chair et en os. «C’est mieux de découvrir un métier comme ça plutôt qu’en regardant des vidéos ou les fiches de l’ONISEP. On recommence la semaine prochaine ? », « C’était bien de poser des questions plutôt que d’écouter seulement la personne parler de son métier en prenant des notes ». Ils ont apprécié le groupe restreint où chacun s’est senti plus à l’aise pour prendre la parole. Les deux intervenants ont été agréablement surpris par la motivation des jeunes et l’engouement à poser des questions. Ils ont pris plaisir à parler de leur métier et à partager leur quotidien professionnel.

Côté organisation

Nullement besoin d’avoir un carnet d’adresses bien rempli pour trouver deux quidams. Puiser dans le riche vivier que sont les parents d’élèves et qui offrent un panel diversifié de métiers. La mise en place de cette action est relativement simple, à condition d’anticiper pour que les invités soient disponibles en même temps. Une contrainte toutefois en cas de renouvellement de l’opération plusieurs années consécutives : changer d’intervenants au-delà de deux reconductions car les élèves parlent entre eux et si l’un connait au préalable le métier concerné, tout tombe à l’eau.

Transpositions et élargissements possibles si on n’a pas en responsabilité l’option DP3

Mener cette action en 4ème ou en 3ème lors des heures de vie de classe si on est professeur principal. Pour gagner du temps et en faire un projet transdisciplinaire, le questionnement peut être travaillé avec le collègue de Lettres par exemple. Selon les objectifs recherchés, les intervenants ne seront pas les mêmes. Choisir par exemple deux infirmiers ou infirmières, un qui travaille en milieu hospitalier et un autre à domicile permettra de montrer qu’une même dénomination et une formation initiale identique peuvent déboucher sur des réalités quotidiennes bien différentes et qu’un métier peut recouvrir des facettes très diverses. Faites venir un maïeuticien et une mécanicienne pour faire bouger les stéréotypes autour des métiers et vous verrez que vos élèves auront plus de mal encore à trouver qui fait quoi. Des débats riches pourront s’ensuivre sur les métiers dits masculins ou féminins avec pourquoi pas une ouverture en Education civique sur les discriminations liées au monde du travail. Si enfin vous souhaitez prouver à vos élèves qu’il n’y a pas que footballeur, coiffeur ou pompier comme perspective d’avenir et qu’il existe mille et un métiers, invitez un nez et un taxidermiste (d’accord, ils ne courent pas les rues mais bon, c’est un exemple) ; vous réussirez peut-être à aiguiser leur curiosité et à les inciter à chercher.

Une chronique d’Agnès Pleutin

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One Response

  1. Martine 18 juin 2015

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *