Cherchez l'erreur !

Les réactions souvent vives face à la réforme prévue pour 2016 me laissent dans une incompréhension totale.

Nous sommes tous d’accord pour dire que le collège a besoin de changement, que nos résultats ne sont pas satisfaisants, qu’il produit toujours plus d’échec et de fracture sociale, bref, qu’il faut améliorer notre système scolaire.

Fusee

Pourtant, les critiques fusent de tous les côtés et quand ce n’est pas les langues anciennes que l’on veut conserver, ce sont les défenseurs de la langue allemande qui s’élèvent, les professeurs d’histoire qui refusent que le chapitre sur les Lumières soit supprimé (alors qu’il devient juste optionnel), ou encore les journalistes qui se moquent du jargon utilisé dans les programmes. Même Jamel Debbouze est attaqué parce qu’il parle de théâtre d’improvisation… et devrait sans doute défendre le latin ! Bah oui, il a travaillé pour Cléopâtre !

Donner du sens

L’interdisciplinarité est souvent rejetée, alors qu’elle est réclamée depuis si longtemps car elle est un moyen d’améliorer nos pratiques en s’ouvrant aux autres disciplines, en travaillant ensemble et qu’elle permet aux élèves de trouver du sens quand l’enseignement traditionnel en manque cruellement ! Comment rentrer dans les apprentissages quand on pense que « ça ne sert à rien » ? Donner du sens constitue une base de l’apprentissage.

En français, des programmes plus exigeants que les précédents pour le cycle 4, qui reviennent à davantage de cohérence entre lecture-écriture-étude de la langue-oral : l’oral prend de l’importance et si c’est délicat à mettre en oeuvre en classe, il faut reconnaître qu’on n’apprend pas en se taisant ! Des thèmes larges laissent une grande liberté de choix aux professeurs et collent au socle commun. Pour le cycle 3 (cm1 à 6°) des séquences courtes de 2 à 4 semaines ont le mérite de ne pas lasser les élèves. Allez, quand même, quelques regrets sur le côté technique de la langue trop mis en avant, au risque d’oublier le message et la beauté du texte : mais le professeur saura trouver le bon équilibre. On ne fait plus de cours de grammaire pour la grammaire, ce qui me semble au niveau du collège une excellente nouvelle ! Tout doit avoir du sens, être relié à des situations concrètes d’écriture ou de lecture. Et on travaille davantage l’amélioration de son écrit : « C’est moins le produit final, achevé qui est évalué que le processus engagé par l’élève pour écrire« . C’est donc la progression et les efforts de l’élève qui comptent d’abord : génial !

Si les programmes de 2008 faisaient selon moi, un pas en arrière (ou avant vers la tradition), ceux là font deux pas en avant. Pas des pas de géants, des petits pas, raisonnables et prudents. Rien de révolutionnaire mais un peu innovant quand même. De nombreux enseignants sont déjà dans cette dynamique pour mieux répondre aux besoins de leurs élèves. Dans la quête de sens, de concret, de projet, de motivation : ils ont le mérite de se soucier de l’intérêt de l’élève.

Des coups de cœur en parcourant les différents cycles

« Au cycle 2, les élèves ont le temps d’apprendre » : c’est du bonheur pour la graphothérapeute qui râle sans arrêt sur l’exigence de vitesse d’écriture dès le CE1 alors qu’on ne peut chercher la vitesse avant d’avoir automatisé le geste et intégré la structure des lettres!

Bonheur encore en lisant qu’il faut créer un climat de confiance pour les collégiens : ceux qui arrivent dans mon bureau avec une estime d’eux même en dessous de zéro ont bien besoin d’être remis en confiance pour s’autoriser le droit à l’erreur… et parfois même retrouver juste l’envie d’essayer !

La consultation se poursuit

Ces programmes ne sont pour l’instant que des projets, ils vont être retravaillés par le biais de la consultation, en espérant qu’ils ne subissent pas trop la fureur de ceux qui veulent que rien ne change car « c’était mieux avant« . Cette réforme est le fruit d’une consultation, elle n’est pas « inventée » par des personnes « tout là-haut » qui ne sont jamais sur le terrain. Et en plus, des moyens supplémentaires sont déjà prévus pour la mettre en œuvre !

Le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture est simple, clair, proche de l’ancien mais plus adapté aux besoins actuels. Il vise à faire réussir tous les élèves, ce qui est le rêve de chaque enseignant, évidemment. Son domaine 1 : des langages pour penser et communiquer regroupe les deux premières compétences du socle actuel et me semble plus pertinent et plus large puisqu’il intègre les langages mathématiques, scientifiques, informatiques et même des arts et du corps ! N’est-ce pas plus motivant que la « maîtrise de la langue française et la pratique d’une langue vivante étrangère » ?

Le deuxième domaine me séduit particulièrement puisqu’il nous permet d’intégrer enfin un apprentissage primordial, dont les élèves en difficultés ont le plus besoin : les méthodes et outils pour apprendre. Apprendre à apprendre rentre enfin dans l’école ! Si quelques bons élèves n’ont pas besoin de méthodes et d’outils pour apprendre, la plupart en manque terriblement. Savoir que les stratégies d’apprentissage ne sont pas les mêmes pour tous, que chacun doit trouver ses points forts pour développer ses points faibles, que si l’on parvient à s’appuyer sur le visuel et sur l’auditif on enregistre plus facilement, que l’utilisation des cartes mentales peut aider certains, que la confiance en soi est une base pour réussir, que favoriser la communication entre les deux hémisphères cérébraux booste les capacités cognitives… La pédagogie positive et bienveillante va se généraliser à l’école et au collège : n’est-ce pas le meilleur moyen pour lutter contre l’échec ?

Le domaine 3 est aussi remarquable : formation de la personne et du citoyen. Ce domaine nous ramène au Code de l’éducation : « La formation scolaire favorise l’épanouissement de l’enfant, lui permet d’acquérir une culture, le prépare à la vie professionnelle et à l’exercice de ses responsabilités d’homme et de citoyen. »

Les grandes priorités sont là, les grandes valeurs humaines sont défendues. On accorde plus d’importance au numérique, aux besoins spécifiques des élèves, on s’adapte au monde qui évolue, on cherche l’ouverture, la tolérance et l’épanouissement. Alors je ne comprends pas tant de polémiques, tant d’enseignants qui s’élèvent contre cette réforme au moment où elle devient une urgence. Cherchez l’erreur ! Chercher l’erreur ? C’est peut-être ça le souci : les enseignants sont tellement conditionnés à chercher l’erreur, habitués à souligner la « faute« , qu’ils ne peuvent sortir de ce schéma, de cette structure tellement profondément ancrée…

Cette réforme vise à chercher la réussite : c’est le choc de deux mondes !

Une chronique de Claire Nunn

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14 Comments

  1. Claire Nunn 9 mai 2015
  2. Pagnon 8 mai 2015
  3. Flavien 30 avril 2015
    • Claire Nunn 1 mai 2015
  4. Jacques 29 avril 2015
  5. enriqueta 28 avril 2015
    • Claire Nunn 28 avril 2015
  6. anthony 28 avril 2015
  7. JEANNIE 28 avril 2015
  8. delphine 28 avril 2015
  9. Agnès 28 avril 2015
  10. Johan Lindengren 28 avril 2015
  11. blanchard 28 avril 2015
  12. Emmanuelle Eggers 28 avril 2015

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