Métaphore rugbylistique !

XV de France et Éducation nationale : chronique d’une défaite annoncée !

Quel point commun entre la défaite/humiliation du XV de France samedi soir (17 octobre) face à la Nouvelle-Zélande (62-13) – meilleure équipe de rugby du monde – et la chute de la France dans les classements PISA publiés en 2013 ? Curieuse question… On est là dans des domaines et des enjeux tellement différents qu’elle pourra apparaître au mieux incongrue, au pire indécente.

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À y regarder de plus près pourtant, en tant que passionné de rugby presque autant que par mon métier d’enseignant, la proximité entre les deux événements est bien plus grande qu’il n’y paraît. Concernant la défaite – prévisible – des rugbymen français, l’ampleur du score a permis de soulever publiquement des difficultés d’ordre systémique. Dit autrement, cela signifie que les joueurs n’étaient pas au niveau de leurs adversaires, car le système ne leur permettait pas de l’atteindre. Or ce système, quel est-il ? Essentiellement, une fédération et une ligue où les enjeux politiques prennent le pas sur toute autre considération. Il apparaît clairement aujourd’hui que cette bérézina est la conséquence des conflits d’intérêt existant entre équipe nationale (représentée par la fédération) et les clubs (représentés par la ligue).

La première impose, par le biais de ses dirigeants – Serge Blanco et Pierre Camou pour ne pas les nommer – ce que les chercheurs en management appellent une politique « top-down » : la fédération sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux et, nonobstant toute question de légitimité de rôle, impose sa conception de la direction sportive, quitte à faire peser sur les clubs le prix de l’absence des joueurs convoqués en équipe nationale et leurs éventuelles blessures. La solution, tout le monde la connaissait avant le match de samedi et tout le monde en parle désormais : que les joueurs internationaux soient salariés de la fédération et/ou que les clubs soient beaucoup plus directement impliqués dans la gestion de l’équipe nationale, en participant par exemple à la nomination du sélectionneur et en définissant collectivement le projet de jeu national, lui-même appliqué au niveau des clubs. Ce deuxième aspect me paraît personnellement le plus prometteur.

Tout cela est bel et bien bon, mais quid des résultats des élèves aux tests PISA évoqués au début de cette chronique ? Le point commun réside dans le caractère systémique du problème. Le ministère de l’Éducation nationale, au même titre que les autres ministères, mais d’une manière beaucoup plus nette du fait du nombre élevé d’individus directement concernés (enseignants, cadres administratifs, élèves, parents…), souffre d’une pathologie de type schizophrénique/bipolaire qui voit se mêler logiques politiques et logiques administratives/bureaucratiques. Ainsi, la création de l’Université impériale par Napoléon en 1806, puis la politique de gestion de masse menée à partir de 1960 par le duo De Gaulle/Capelle, « magnifiquement » symbolisée par l’instauration de l’affectation des enseignants au barème à partir de 1967 – principe qui préside à la souffrance des enseignants aujourd’hui -, constituent en 150 ans le comble du management top-down évoqué plus haut, en même temps que le prolongement d’une tendance centralisatrice amorcée sous Philippe-Auguste dès le XIIe siècle.

La récente « réforme du collège », ou bien le projet actuel de réforme de la carte scolaire, mesure instituée dès 1959, procèdent d’une même logique descendante : le pouvoir politique – pour des raisons obscures – « sait » mieux que quiconque ce qui est bon pour les élèves et leurs enseignants. Longtemps, le côté administratif de l’Éducation nationale s’est partiellement immunisé de l’influence politique, par le biais des réseaux syndicaux et, surtout, de l’Inspection générale, dont les membres ne provenaient très majoritairement pas de l’ENA. Cette étanchéité relative diminue depuis une grosse vingtaine d’années, notamment depuis que les IA-IPR sont placés sous l’autorité des recteurs. Autre signe plus récent de cette perte d’étanchéité : la mise en place par le pouvoir actuel des « grandes régions », sur des territoires dont la taille critique était déjà largement dépassée, n’aura aucun effet économique positif, mais contribuera en revanche à donner plus d’opportunités de carrière aux recteurs ou certains cadres administratifs, et augmentera l’aspect descendant des décisions prises « localement ».

Compte tenu des évolutions sociétales actuelles, rien de bon ne peut plus venir d’une réforme, idéologique ou non, bonne ou mauvaise, élaborée sur le mode « top-down ». Si les évolutions actuelles se confirment, alors les élèves n’auront qu’à retourner à leur échec, les enseignants à leur « burn-out », et les rugbymen tricolores continueront de prendre des raclées.

Une chronique de Stéphane, prof de SES

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  1. PICAUDÉ Bruno 5 novembre 2015

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *