Elle regrette l'école élémentaire

Elle est encore plus grande que l’année passée, j’ai cru que c’était sa mère. L’an dernier déjà, au CM2, on aurait dit sa mère. Une grande bringue insolente, adolescente, indolente. Une indolescente. Nos rapports étaient difficiles : elle n’y comprenait rien, mais alors rien, elle entrait dans la classe en disant « au revoir » et n’y voyait pas le mal. Un jour qu’elle avait jonché le sol de papiers sortis de je n’ai pas compris où, je lui ai fait balayer toute la classe et elle m’a remercié parce que c’est ce qu’elle aimait faire, le balai. J’ai pensé que c’était un nouvel accès d’insolence et puis non, vraiment, elle aimait ça.

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Là, elle vient chercher sa petite sœur que j’ai cette année au CE2 un jour par semaine. Sa sœur n’a rien à voir avec elle : elle est gentille, et aime l’école et son Maître. En revanche, elle n’y comprend rien, mais vraiment rien. Je crois qu’elle y comprend encore moins que sa grande sœur. Je ne sais pas ce que ça donnera au CM2.

Bien sûr, on personnalise parce qu’on a un cœur et qu’on essaie de faire notre métier correctement, mais elle ne sait pas bien où écrire la date, déjà. De bon matin. Je lui explique qu’il faut l’écrire au même endroit que la dernière fois, alors elle tourne en arrière les pages de son cahier, retrouve la page de la dernière fois et elle ne comprend pas parce qu’évidemment, il n’y a plus de place pour écrire, dans la page de la dernière fois.

Bref, sa grande sœur est en sixième et au portail. Je lui demande comment elle va, elle me dit bien, je lui demande comment ça se passe au collège, elle me dit mal, je lui demande pourquoi et elle me répond que c’est parce que c’est nul, le collège. Je lui demande ce qui est nul et elle me répond « tout, quoi ».

Il faut bien faire la conversation parce que sa petite sœur est repartie chercher son manteau, en haut. Avant de remonter, elle m’a demandé où elle avait mis son manteau. Je lui ai dit « comme la dernière fois » et j’ai repensé à l’histoire de la date. Je ne suis pas bien sûr qu’elle va retrouver son manteau.

Alors je meuble et je demande à sa grande sœur si elle préférait l’école élémentaire au collège. Elle me répond oui, qu’elle aimait tout, à l’école, je lui demande quoi en particulier, elle me répond, ben… « tout, quoi ».

Sa petite sœur revient enfin, elle a son manteau à la main et le sourire aux lèvres. Elles me disent « Au revoir Maître ». Je les regarde s’éloigner toutes les deux et je me demande bien ce qu’elles vont devenir.

Une chronique de Papalion

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5 Comments

  1. kristen 9 novembre 2015
  2. Daval jacques 9 novembre 2015
    • LouPing 9 novembre 2015
    • Alea 9 novembre 2015
  3. lebiez laurence 9 novembre 2015

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